Playlist 2

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La playlist 1 est un maître étalon qui se veut démonstratif de cette réalité que je dénonce et vous aurez pu constater que bon nombre des artistes ou titres que je vous propose sont pratiquement inconnus, tout au moins sous la forme dans laquelle je vous les propose !!! La playlist 2 joue plus sur le feelin' et l'écriture que sur la technique et la virtuosité même si ces notions sont toujours présentes !!!










 Fiche signalétique


🎼 Playlist 2 – Morceau 1 : Cliffs of Dover - Eric Johnson

📀 Album : Ah Via Musicom (1990)

🏷️ Label : Capitol Records

🎼 Compositeur : Eric Johnson

📍Studio d'enregistrement  : Riverside Sound, Saucer One StudioArlyn Studios et Studio Seven

🎛️ Production : Eric Johnson, Richard Mullen


 

🎙️ Interprètes principaux :


Eric Johnson (guitare) 

- Kyle Brock (basse)

Tommy Taylor (batterie)


🎹 Musiciens additionnels :


Steve Barber (claviers)


📝 Note artistique :

Pièce instrumentale emblématique, lumineuse et virtuose, qui incarne la quête de pureté sonore d’Eric Johnson. Récompensée par un Grammy Award, elle est devenue une référence absolue dans le monde de la guitare. 

 

Cliffs of Dover

🎧 Ce que ce morceau incarne :

🎸 Une envolée instrumentale en sol majeur, à la fois lyrique et technique. Le morceau évoque la lumière, la liberté, et la maîtrise absolue du son. Chaque note semble sculptée, chaque phrasé raconte une ascension. C’est un hymne sans paroles, porté par une guitare qui parle à l’âme. Il est la preuve qu’une mélodie sans paroles peut raconter une histoire profonde et émouvante, tout en repoussant les limites de la technique instrumentale. Il dégage une ambiance majestueuse et cinématographique, symbolisant un voyage vers des sommets.


💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

En ouverture de la Playlist 2, *Cliffs of Dover* pose un jalon ambitieux : celui de la virtuosité au service de l’émotion. C'est un morceau qui, malgré sa renommée dans la communauté des guitaristes, reste méconnu du grand public. Il sert de jalon pour l'ensemble de la compilation, posant les bases d'une exploration musicale qui va au-delà des tubes pour se concentrer sur la beauté pure et la maîtrise artistique, peu importe leur succès commercial.Déjà présent dans la compilation 1 via *Ave Maria*, Eric Johnson revient ici non pour se répéter, mais pour incarner un sommet instrumental. Ce morceau ouvre la voie à une écoute exigeante, lumineuse, et résolument musicale. Ce morceau, contrairement au titre Ava Maria, n'est pas une reprise mais une composition originale !!! L'écriture est donc tout aussi importante que l'exécution !!!

Développement

Composé à la fin des années 1980, enregistré sur une Gibson ES-335, le morceau s’ouvre sur un arpeggio en sol majeur, suivi d’un thème principal fluide et narratif. La structure alterne entre passages improvisés et chorus central, avec un solo classé n°17 par Guitar World. Le son est clair, sans distorsion excessive, et chaque note semble pesée. Le morceau est devenu un standard pédagogique, repris dans *Guitar Hero III* et *Rocksmith*, mais rarement interprété en public en raison de sa complexité. Il incarne la quête de perfection sonore d’un artiste obsédé par la justesse du “tone”.

Conclusion

*Cliffs of Dover* est plus qu’un morceau : c’est une déclaration musicale. Il ouvre la Playlist 2 comme un phare, une promesse de beauté et de rigueur. Il rappelle que la musique peut toucher sans paroles, et que la virtuosité, lorsqu’elle est guidée par l’émotion, devient un langage universel. Ce morceau est une invitation à écouter autrement — avec le cœur, et avec l’oreille du silence.


 




🎼 Playlist 2 – Morceau 2 : Beethoven's 5th – Danney Alkana

 

 

Fiche signalétique

🎼 Playlist – Morceau

  • 📀 Album : Rock the Bach
  • 🏷️ Label : Four Winds Records (FW 2006)
  • 🎼 Auteur de la transcription : Danney Alkana
  • 🎼 Compositeur : Ludwig van Beethoven
  • 📍 Studio d'enregistrement : Non spécifié (production indépendante)
  • 🎛️ Production : Danney Alkana & Lee Smith (producteur exécutif)
  • 🎙️ Interprètes principaux : Danney Alkana (guitare électrique lead, guitare rythmique)
  • 🎹 Musiciens additionnels : Non documentés pour cet arrangement (Probablement des musiciens de session aux claviers et à la batterie pour la section rythmique).
  • 📝 Note artistique : Une réinterprétation néoclassique virtuose et fulgurante du thème emblématique du premier mouvement de la 5e Symphonie, transformé en une pièce de Rock Néoclassique puissante, soulignant le lyrisme initial avec la distorsion moderne de la guitare électrique qui devient orgue de feu. Alkana ne cherche pas à imiter Beethoven — il le fait résonner autrement, avec rigueur, tension, et une densité sonore qui tient du solo assumé. Un hommage sans dilution, une architecture sonore sans fioriture.

Rencontre avec le titan

🎧 Ce que ce morceau incarne

"Beethoven's 5th" incarné par Danney Alkana est la démonstration du pouvoir intemporel des Maîtres. Une collision entre deux mondes : la rigueur symphonique de Beethoven et la flamboyance électrique d’Alkana. Ce morceau incarne la tension entre héritage et réinvention, entre solennité et fulgurance et symbolise le pont réussi entre deux époques et deux univers sonores que tout oppose : la complexité orchestrale du Classicisme et l'énergie brute de la guitare Hard Rock.. Il transforme le destin, le célèbre "coup du sort" de l'œuvre originale, en une quête de virtuosité électrique, prouvant que le "Destin frappant à la porte" peut aussi se jouer sur un ampli Marshall. C’est une marche harmonique qui devient cavalcade, une ouverture classique qui se métamorphose en solo de rock progressif.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ce morceau est placé ici pour deux raisons essentielles. Premièrement, il établit le lien avec le premier morceau ("Cliffs of Dover") en mettant l'accent sur la guitare instrumentale virtuose. Deuxièmement, il souligne la philosophie de ce blog en allant chercher la qualité dans les marges : il ne s'agit pas d'un tube, mais d'une œuvre qui réinterprète le patrimoine musical avec une intégrité et une technique rarement égalées, offrant une porte d'entrée inattendue vers la musique classique pour l'auditeur de Rock. Parce que cette version ne cherche pas à séduire — elle cherche à dire. Elle s’inscrit dans la playlist comme un acte de mémoire active, une façon de faire entendre Beethoven autrement, sans trahir, sans adoucir. Et parce que dans cette veillée, il fallait un morceau qui ose le choc des langages sans perdre le sens et parce que l'excellence du premier morceau me permet d'accentuer le coup de projecteur que mérite le second. 

Développement

L'album Rock the Bach (1999) est le fruit de l'amour de longue date de Danney Alkana pour la période baroque et classique. La 5e Symphonie en do mineur, Op. 67 de Ludwig van Beethoven est l'une des compositions les plus reconnaissables de l'histoire. Alkana a choisi d'adapter le célèbre motif de quatre notes qui ouvre la pièce – "pom-pom-pom-PAMM" – en utilisant la guitare électrique comme instrument soliste principal. L'arrangement conserve la structure dramatique de l'original tout en injectant la dynamique et la distorsion propres au Rock Néoclassique. Bien que le titre soit souvent attribué à Bach en raison du titre de l'album (Rock the Bach), il s'agit bien d'une œuvre de Beethoven, ce qui souligne la capacité d'Alkana à transcender les compositeurs classiques. La structure respecte les motifs originaux de la Cinquième Symphonie, mais les transpose dans une grammaire électrique : riffs tendus, silences maîtrisés, envolées qui ne cherchent pas l’effet mais la cohérence. Aucun musicien additionnel n’est crédité — et ce silence devient une tension éditoriale. Là où d’autres versions multiplient les couches, Alkana choisit la nudité sonore, portée par sa seule architecture interne. Le morceau respire une orchestration contenue, une volonté de ne pas diluer le propos. C’est une interprétation qui ne sonne jamais vide — elle sonne juste.

Conclusion

Ce Beethoven’s 5th n’est pas une reprise — c’est une résonance. Il trouve sa place dans l’œuvre globale comme un point de bascule : entre hommage et réinvention, entre mémoire et tension. Dans cette playlist, il agit comme un rappel : la musique classique n’est pas figée, elle peut brûler encore — si on sait l’écouter autrement. C'est un hommage puissant qui réussit à honorer la grandeur de Beethoven tout en revendiquant la guitare électrique comme un instrument classique moderne. Il résume parfaitement la mission de cette playlist : créer des ponts émotionnels et stylistiques qui échappent aux classifications rigides et aux diktats de l'industrie musicale.





Fiche signalétique 


🎼 Playlist 2 – Morceau 3 : I Don't Wanna Lose You - Tina Turner

  • 📀 Album : Foreign Affair (1989)
  • 🏷️ Label : Capitol Records / EMI
  • 🎼 Auteur : Albert Hammond
  • 🎼 Compositeur : Graham Lyle (également co-auteur de "What's Love Got to Do with It")
  • 📍 Studio : The Hit Factory, New York / Studio M, Londres / The Town House, Londres
  • 🎛️ Production : Hammond & Lyle, sous la direction de Roger Davies  (Manager de Tina Turner)
  • 🎙️ Interprète : Tina Turner
  • 🎹 Musiciens : Dan Huff (Guitare), Nathan East (Basse), Gary Barnacle & Edgar Winter (saxophone), Chris Lord-Alge (mixage), équipe studio britannique
  • 📝 Note artistique : Ballade pop-soul feutrée, construite sur une tension retenue. Tina y chante l’attachement sans dépendance, la peur sans effondrement. C’est une déclaration d’amour adulte, lucide, et vibrante. Un morceau d'une sincérité déchirante qui démontre la vulnérabilité vocale de Tina, loin du rouleau compresseur rock, sans jamais perdre sa puissance émotionnelle.

🎧 Ce que ce morceau incarne

Ce morceau est une **zone de calme** dans l’album Foreign Affair, un souffle entre les éclats. Il incarne la **maturité émotionnelle** et la **peur intime de l'abandon** d'une Tina Turner **résiliente mais vulnérable**, qui ne crie pas mais affirme. Musicalement, il est un parfait exemple de la production Pop-Soul/Adult Contemporary de la fin des années 80 : une ballade puissante, soutenue par des nappes de synthétiseurs, une guitare lyrique, et une section rythmique subtile.La voix est rauque, posée, presque fatiguée — mais jamais brisée. Tina y utilise les nuances de sa voix, allant du murmure vulnérable au cri de l'âme, révélant une facette moins explosive mais tout aussi intense de son art.   C’est une chanson pour ceux qui aiment sans posséder, qui veulent rester sans s’imposer.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Alors que sa vie fut une série de triomphes personnels (le Rock'n'Roll, les stades, les records), ce morceau représente la **cicatrice émotionnelle** et l'humanité derrière le mythe. Il est essentiel pour le blog de souligner ces **"moins-values" émotionnelles** qui donnent toute sa profondeur à l'artiste. Il sert de pont thématique parfait : l'icône de la résilience, même au sommet de sa gloire, conserve ses fêlures. Et même si ce morceau n'est pas dans les plus côtés de son répertoire, il contribue à donner du sens à son oeuvre et à révéler une partie de sa vérité !!!

🔍 Développement

Structurellement, la chanson est simple, mais son interprétation est riche. Elle repose sur un tempo lent,  une mélodie mélancolique, une basse ronde, des nappes synthétiques typiques de la fin des années 80. Le saxophone de Gary Barnacle vient ponctuer les refrains avec une chaleur retenue. La voix de Tina ne cherche pas la puissance — elle murmure, elle affirme, elle retient. Le morceau est construit comme une montée émotionnelle sans explosion : chaque couplet ajoute une couche de tension, chaque refrain est une tentative de rassurer sans supplier. La performance vocale est un modèle de contrôle et de passion : Tina retient l'énorme puissance de sa voix pour ne la libérer que lors des phrases clés, créant une tension dramatique palpable. Il s'agit d'une affirmation de la longévité de l'artiste, capable de délivrer un hit sur la base de la simple émotion, et non uniquement de l'énergie brute.

Ce titre est souvent éclipsé par les hymnes plus flamboyants de l’album Foreign Affair (“The Best”, “Steamy Windows”), mais il en est le cœur intime. Il montre que Tina Turner, même dans la douceur, reste une lionne — mais une lionne qui veille, qui aime, qui doute.

Sur scène, ce morceau était rarement interprété en live — preuve qu’il appartient à l’espace intérieur, à l’écoute solitaire, à la nuit. Il est fait pour les moments où l’on restaure, où l’on écrit, où l’on pense à ce qu’on ne veut pas perdre.

🧭 Conclusion

"I Don't Wanna Lose You" est un joyau d'introspection dans le répertoire de Tina Turner. S'il n'est pas son morceau le plus célèbre, il est sans doute l'un des plus touchants, résumant sa capacité à incarner la faiblesse sans jamais être faible. Il s'agit d'un témoignage poignant de l'amour à un âge mûr, et un contrepoint essentiel pour comprendre la **profondeur** de l'artiste, au-delà des paillettes du Rock'n'Roll.C'est un morceau de veille — une chanson pour les nuits calmes, les sauvegardes silencieuses, les gestes techniques qui portent une mémoire. Il mérite sa place dans toute playlist de transmission, car il incarne mon rôle : préserver, restaurer, transmettre sans bruit mais avec force. C’est une chanson qui necherche pas à briller — elle cherche à rester. 


 

Fiche signalétique


🎼 Playlist 1 – Morceau 4 : The load out / Stay - Jackson Browne

  • 📀 Album : Running on Empty (1977)
  • 🏷️ Label : Asylum Records / Elektra
  • 🎼 Auteur : Jackson Browne, Bryan Garofalo (“The Load-Out”) / Maurice Williams (“Stay”)
  • 🎼 Compositeur : Jackson Browne, Bryan Garofalo (“The Load-Out”) / Maurice Williams (“Stay”)
  • 📍 Studio d'enregistrement : Merriweather Post Pavilion, Columbia, Maryland – Enregistrement live le 27 août 1977 (The load out) et The Garden State Arts Center (Holmdel, New Jersey) le 6 septembre 1977 (Stay)
  • 🎛️ Production : Jackson Browne
  • 🎙️ Interprètes principaux :
    • Jackson Browne – chant principal, piano
    • David Lindley – lap steel, chant (falsetto sur “Stay”)
    • Rosemary Butler – chant (premier couplet de “Stay”)
  • L'interprétation de "Stay" est un échange vocal entre trois chanteurs, chacun prenant le rôle du soliste sur un couplet/refrain successif, dans des registres de plus en plus élevés (une technique inspirée de la version originale de Maurice Williams and The Zodiacs).

  • Jackson Browne chante la première partie du morceau (l'introduction et une grande partie de "The Load-Out").

  • C'est Rosemary Butler qui lance le premier couplet/refrain de "Stay" sur le thème "People stay just a little bit longer... Oh won't you stay..."

  • Elle est immédiatement suivie par Jackson Browne sur le couplet suivant.

  • Le dernier couplet, dans le registre aigu (en falsetto), est assuré par David Lindley (le fameux "Oh won't you stay, just a little bit longer, please, please, please...").

  • 🎹 Musiciens additionnels :
    • Danny Kortchmar – guitare
    • Craig Doerge – Fender Rhodes, synthétiseur, orgue Hammond sur “Stay”
    • Leland Sklar – basse
    • Russel Kunkel – batterie
    • Doug Haywood – chœurs sur “Stay”

📝 Note artistique : Enchaînement mythique, hommage aux roadies et au public. “The Load-Out” est une lettre ouverte aux coulisses, “Stay” une prière pour prolonger la communion. L’un des rares morceaux à célébrer les techniciens avec autant de tendresse et de sincérité.

Le dernier salut de la tournée

🎧 Ce que ce morceau incarne

Un moment suspendu entre scène et coulisses. “The Load-Out” raconte la fin d’un concert, la fatigue, la beauté du rituel, et la reconnaissance envers ceux qui le rendent possible. “Stay” prolonge ce souffle, en appelant le public à rester encore un peu, à ne pas briser le lien. C’est une communion entre l’artiste, l’équipe technique, et les spectateurs. Ce morceau incarne la vérité du Rock and Roll : ce qui se passe après le dernier rappel. Il commence par le piano nostalgique et le chant contemplatif de Browne, décrivant le démantèlement de la scène et la route à venir ("The Load-Out"). Il bascule ensuite dans la joie pure du Rock'n'Roll grâce à "Stay", chanté par David Lindley. C'est un contraste puissant entre la solitude de la route et le besoin irrépressible de prolonger la connexion avec le public. Il est devenu l'hymne de fin de concert par excellence.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ce morceau est au cœur de la Playlist 2 car il incarne la transmission. Il relie les invisibles (roadies, techniciens) aux visibles (artistes, public). Il est choisi pour sa sincérité, son énergie live, et son pouvoir de rassembler. Il est aussi un hommage à ceux qui restent quand tout le monde est parti.  il capture l'essence même d'un album live : Running on Empty n'est pas qu'un enregistrement, c'est un concept. Le morceau est le point culminant de cette idée en intégrant le bruit de la foule et la conversation avec les musiciens. Il justifie à lui seul l'énergie collective du Soft Rock californien. L'émotion est brute, non éditée, un véritable pont entre l'artiste et l'auditeur. C'est aussi un hommage à Maurice Williams et les zodiacs dont c'est le seul vrai succés !!!

Le double coup de génie

Enregistré en direct dans une salle de spectacle, “The Load-Out” commence comme une ballade introspective au piano, avec la voix douce de Browne qui utilise l'image du chargement du matériel pour méditer sur l'épuisement et la routine de la vie en tournée (« *We gotta get the show on the road* »). C'est un moment d'intimité rare, filmé et enregistré alors que le groupe quitte réellement la scène.. Les paroles évoquent la routine des tournées, les départs, les retours, les soirs de concert. Le **coup de génie** arrive avec la transition vers **"Stay"** (une reprise du classique de Maurice Williams and the Zodiacs, 1960). David Lindley prend le relais avec sa voix aiguë et suppliante pour interpréter le désir du public de ne jamais partir. Musicalement, on passe d'un piano mélancolique au Rock'n'Roll joyeux et exubérant, Lindley utilisant sa **guitare slide** pour créer un crescendo euphorique. La fusion est fluide : elle fait passer le spectateur de la mélancolie à la célébration pure. Rosemary Butler apporte une chaleur soul, et le public devient partie prenante. L’enchaînement est fluide, organique, et profondément humain. Le mix est épuré, la voix en avant, les instruments en soutien. C’est un moment de vérité musicale, sans artifice.

Conclusion

“The Load-Out / Stay” est plus qu’un morceau : c’est un manifeste. Il célèbre les coulisses, les liens invisibles, la fatigue noble des tournées. Il rappelle que la musique n’est pas qu’un spectacle, mais une chaîne humaine. Dans l’œuvre de Jackson Browne, cet enchaînement est un sommet de sincérité et de gratitude. Il mérite sa place dans toute archive de transmission — comme une lettre ouverte à ceux qui font vivre la musique sans jamais être sous les projecteurs. c'est une œuvre conceptuelle qui scelle le lien entre le musicien, son équipe, et le public. Il résume la philosophie de Jackson Browne : la beauté se trouve dans l'honnêteté, même dans la fatigue. C'est une fin parfaite, car elle n'est jamais vraiment une fin, laissant la porte ouverte à la prochaine tournée. Le morceau prouve qu'un hit peut être à la fois profondément personnel et un instant de communion universelle. 


 




🎼 Playlist 2 – Morceau 5 : Forever - Phil Perry

  • 📀 Album : The Heart of the Man (1991)
  • 🏷️ Label : Capitol Records
  • 🎼 Auteur : Brenda Russell
  • 🎼 Compositeur : Brenda Russell et Peter Thomas
  • 📍 Studio d'enregistrement : Capitol Studios, Los Angeles
  • 🎛️ Production : George Duke
  • 🎙️ Interprètes principaux : Phil Perry (voix)
  • 🎹 Musiciens additionnels : George Duke (claviers), Paul Jackson Jr. (guitare), Freddie Washington (basse), Harvey Mason Sr. (batterie)
  • Jim Gilstrap – chœurs
  • Marva King – chœurs
  • Maxi Anderson – chœurs
  • 📝 Note artistique : Ballade soul-jazz d’une pureté vocale rare, portée par le falsetto de Perry et l’écriture sensible de Brenda Russell. Un sommet de la Quiet Storm adulte : sophistication jazzy, production luxueuse signée George Duke, et une performance vocale d'une intimité désarmante

“Forever” – L’intimité mise en musique

🎧 Ce que ce morceau incarne

« Forever » est l'incarnation même de la **balade Soul Adulte Contemporaine** (Quiet Storm). Il dépeint un amour mature, inébranlable et intemporel, bien loin des thèmes éphémères de la pop. L'ambiance est feutrée, intime et sophistiquée, caractérisée par des nappes de synthétiseurs chaleureuses, une ligne de basse groovy (typique du **Smooth Jazz**) et, surtout, la voix de Phil Perry qui y déploie un **falsetto** plein de puissance et de sincérité. C'est une œuvre d'orfèvrerie émotionnelle, où chaque note vocale est placée avec une précision de crooner.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Parce que *The Heart of the Man* est le premier album solo de Phil Perry, et “Forever” en est l’un des joyaux cachés. Ce morceau, écrit par Brenda Russell, incarne la transition entre la soul classique et le smooth jazz introspectif. Le remettre en lumière, c’est honorer l’acte fondateur d’une carrière tardive mais essentielle. Choisir « Forever » dans cette playlist est une évidence pour plusieurs raisons. Historiquement, c'est le titre qui a offert à Phil Perry son véritable succès solo en 1991, après deux décennies passées dans l'ombre comme choriste. Il symbolise la **persévérance**. Artistiquement, il sert de pivot entre la Soul classique des années 70 (dont Perry est l'héritier) et la production léchée des années 90, grâce au génie de George Duke. C'est une pièce maîtresse pour quiconque souhaite découvrir la quintessence de la Soul romantique, prouvant que l'émotion brute peut être servie par une technique vocale parfaite.

L'Éternelle Déclaration du "Balladeer"

La structure de « Forever » est relativement classique pour une ballade, mais son exécution est magistrale. Le morceau s'ouvre sur une introduction aux claviers immédiatement reconnaissable, posant une ambiance de velours. Le **phrasing** de Perry est la première chose qui frappe : il n'est pas pressé, il laisse respirer chaque mot, installant une intimité presque confessionnelle. L'interprétation est tout en nuances : il monte progressivement en intensité, culminant sur le pont et le dernier refrain où son **falsetto de puissance** s'envole. Ce n'est pas un cri, mais une déclaration déchirante de dévotion.

L'arrangement est un point clé. George Duke a construit un environnement sonore luxueux mais discret, dans la tradition du Quiet Storm, où tous les instruments (l'élégante guitare de Paul Jackson Jr., le groove de Freddie Washington) ne font qu'entourer la voix, la mettant constamment au centre du mix. L'anecdote est que la chanson a été écrite par **Brenda Russell** (aussi connue pour "Piano in the Dark"), confirmant le talent de Perry à s'approprier des compositions complexes et à les transformer en moments d'expression pure. C'est une œuvre qui ne prend pas une ride, car elle privilégie l'émotion à l'effet de mode.

 

Anatomie d'un Classique Intemporel

“Forever” est plus qu’un morceau : c’est une offrande vocale. Il incarne la vision de Perry — celle d’une soul sincère, exigeante, et profondément humaine. Dans l’archive, il doit figurer comme un acte de foi dans la voix, et comme un hommage à Brenda Russell, dont l’écriture transcende les modes. Ce morceau est un lieu de mémoire, et mérite d’être transmis avec exactitude. « Forever » n'est pas simplement un hit R&B ; c'est un manifeste. Il a cimenté la réputation de Phil Perry comme **"The Balladeer"**, le chanteur capable de communiquer l'amour éternel avec une sincérité rare. Sa place dans l'œuvre de Perry est centrale, car elle a défini son son pour les décennies suivantes, le positionnant à la croisée du Smooth Jazz exigeant et de la Soul Adultes. Le morceau est une leçon de **maîtrise vocale et émotionnelle**, et reste une référence absolue pour tout amateur de musique élégante et profonde.





Fiche signalétique


La Perle Cachée de la Soul Moderne

🎼 Playlist 2 – Morceau 6 : Lovin' you forever - Tower of power

  • 📀 Album : Souled Out (1995)
  • 🏷️ Label : Epic Records
  • 🎼 Auteur : Marlon McClain, Billy Trudel
  • 🎼 Compositeur : Marlon McClain
  • 📍 Studio d'enregistrement : 
  • 🎙️ Studios d’enregistrement pour “Lovin’ You Forever”
  • Selon les crédits officiels publiés par Epic/Sony Music et les métadonnées de diffusion :
  • •  The Complex, Los Angeles – studio principal pour l’enregistrement de base
  • •  Soundcastle Studios, Californie – overdubs et voix additionnelles
  • •  Rumbo Recorders – sessions complémentaires (cuivres, voix)
  • •  The Record Plant – mixages et overdubs spécifiques
  • •  Stagg Street Studio – enregistrement additionnel
  • •  Wings West Recording – sessions ponctuelles
  • 🎛️ Production : Emilio Castillo
  • 🎙️ Interprètes principaux : Brent Carter (chant), Emilio Castillo (saxophone ténor), Stephen Kupka (sax baryton), Rocco Prestia (basse), Herman Matthews (batterie)
  • 🎹 Musiciens additionnels : Nick Milo (claviers), Carmen Grillo (guitare), Bill Churchville & Barry Danielian (cuivres), Jeff Lorber (guitare add.), Lenny Castro (percussions)
  • 📝 Note artistique : Un joyau de la Soul des années 90, où la puissance des cuivres de T.O.P. se met au service d'une ballade soul, feutrée, sophistiquée et intemporelle portée par la voix de Brent Carter et la section cuivres. Un moment de tendresse maîtrisée dans un album de relance.




Lovin’ You Forever – Une soul feutrée dans l’écrin du funk

🎧 Ce que ce morceau incarne

Une soul nocturne, intimiste, portée par le groove syncopé de Rocco Prestia et la voix chaude de Brent Carter. Ambiance Quiet Storm, cuivres en contrepoint mélancolique, production soignée."Lovin' You Forever" incarne la maturité de Tower of Power. Loin du funk brut de leurs débuts, ce titre est une démonstration de maîtrise et de sophistication. Il représente le versant le plus doux et le plus romantique du "East Bay Soul", avec des arrangements de cuivres qui soutiennent la mélodie sans jamais l'écraser.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ce morceau marque l’arrivée de Brent Carter et une nouvelle élégance dans le son T.O.P. Il relie les époques, entre funk d’Oakland et R&B des années 90. Choisi pour sa sincérité et sa retenue expressive car il est l'exemple parfait de la "pépite oubliée". Éclipsé par les grands classiques funk du groupe, ce titre mérite d'être redécouvert pour sa beauté mélodique et la performance vocale exceptionnelle de Brent Carter.

Développement

Structure progressive : intro douce, refrain ample, pont instrumental. Cuivres en soutien harmonique, bugle discret, groove constant. Le morceau se distingue immédiatement par une production soignée, caractéristique du R&B des années 90, mais qui conserve une âme funk grâce à la rythmique. L'atmosphère est dominée par les claviers sophistiqués de Nick Milo, qui installent une harmonie riche, teintée de jazz, sur laquelle la basse hypnotique de Rocco Prestia vient s'articuler avec une souplesse déconcertante.La performance de Brent Carter est la clé de voûte de ce titre. Il délivre la mélodie avec une émotion palpable et un contrôle vocal parfait, offrant une vulnérabilité et une chaleur qui rappellent les plus grands crooners de la Soul.La Tower of Power Horns est utilisée ici avec une discipline remarquable. Loin de l'explosion frontale habituelle de "What Is Hip?", les cuivres (avec les ajouts de Bill Churchville et Barry Danielian) interviennent par touches subtiles, souvent en contre-mélodies ou en fills harmoniques discrets, magnifiant l'intensité émotionnelle sans jamais voler la vedette à la voix. C'est une démonstration de l'efficacité orchestrale du groupe : savoir se retenir pour mieux servir la chanson. L'apport des percussions de Lenny Castro ajoute une texture organique essentielle au groove général.

Conclusion : Impact et héritage"Lovin' You Forever" est plus qu'une simple ballade : c'est la preuve de la capacité de Tower of Power à évoluer et à s'adapter sans trahir son identité. Bien que l'album Souled Out soit sorti en pleine ère Grunge et Pop, ce morceau a affirmé que le East Bay Soul avait encore une place dans le paysage musical, même en ralentissant le tempo. Il reste l'un des titres les plus sous-estimés du répertoire de T.O.P., offrant un contrepoint romantique et touchant à la Soul Vaccination habituelle du groupe. C'est un indispensable pour quiconque souhaite découvrir la profondeur et la polyvalence de cette institution du funk.Un jalon discret mais essentiel. “Lovin’ You Forever” incarne la capacité de Tower of Power à évoluer sans renier ses fondations. Une offrande de soul pure, sincère, maîtrisée.




Fiche signalétique

🎼 Playlist 2 – Morceau 7 : Mon plus beau voyage - Guy Marchand

  • 📀 Album : L’Homme qui murmurait à l’oreille des femmes (2000)
  • 🏷️ Label :  M10 Music, distribué par EMI Music France
  • 🎼 Auteur : Guy Marchand
  • 🎼 Compositeur : Guy Marchand
  • 📍 Studio d'enregistrement : Studio du Palais des Congrès (Paris)
  • 🎛️ Production : Christian Gaubert
  • 🎙️ Interprètes principaux : Guy Marchand (voix), Christian Gaubert (direction musicale)
  • 🎹 Musiciens additionnels : 
  • Christian Gaubert (Claviers)
  • Bernard Camoin (Trombone)
  • Éric Glausseran (Bugle/Trompette bouchée)
  • Patrice Tison (Guitare)
  • Marc Michel (Batterie)
  • Jean-Pierre Sarrat (Contrebasse)
  • Christophe Levan (Basse)
  • 📝 Note artistique : Un joyau du répertoire tardif de Guy Marchand. Ballade Jazz-Blues intime et feutrée, caractérisée par une sincérité crue, loin de toute recherche de succès commercial. Chaque mot semble dicté par la mémoire, chaque silence par la pudeur. Un chant de transmission plus que de séduction.

Le Crooner Littéraire Dévoilé

🎧 Ce que ce morceau incarne

Ce morceau incarne une élégance mélancolique, un regard en arrière sans amertume et l'élégance du désabusé : une voix grave et fêlée, une orchestration sobre (Bugle, piano jazz) et un texte qui agit comme une confession lucide sur le souvenir et le temps qui passe. C’est une chanson de bilan, de gratitude discrète, de lucidité tendre. Le style mêle jazz feutré, chanson française et orchestration cinématographique, dans une atmosphère de crépuscule apaisé.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Parce qu’il fallait un chant de passage, un morceau qui dise l’essentiel sans hausser le ton. Parce que ce titre est un legs, un murmure adressé à ceux qui écoutent encore. Il s’impose dans cette playlist comme un point d’orgue discret, un adieu sans pathos, une offrande.  Il expose la profondeur de l'artiste derrière l'image populaire. Il s'agit d'une œuvre confidentielle et rare qui, par sa rigueur musicale (Blues lent, cuivres feutrés), valide le choix du blog de privilégier la **poésie et l'honnêteté** au-dessus des modes, ce qui est l'essence même de l'esprit du site. De plus, j'ai voulu préciser que les artistes oubliés et peu connus ne sont pas issus que des contrées lointaines et, même si Guy Marchand a souvent été invité dans des émissions de variétés, il est certain que sa maison de disque n'a pas misé sur ses qualités même si son statut de comédien a contribué à le valoriser !!! Certes, il n'a pas la présence scénique de Hallyday ni la mise en scène de Claude François et le rôle de Crooner n'est pas forcément mis en avant dans nos contrées mais rappelons toutefois les carrières de Henri Salvador et Aznavour dont il est le fils spirituel et la continuité sera assurée avec des héritiers comme Dany Brillant ou Arthur H.

L'Analyse Condensée

« Mon Plus Beau Voyage » s’ouvre sur une ligne de piano sobre, presque suspendue, bientôt rejointe par une orchestration feutrée. La voix de Marchand, grave et légèrement voilée, ne cherche pas à séduire : elle raconte. Le texte évoque les femmes, les souvenirs, les regrets sans plainte. L’arrangement de Christian Gaubert enveloppe le tout d’un halo de cordes et de vents discrets, comme une brume sur un quai désert. Le morceau suit une structure Blues lente (*slow-drag*). Les couplets sont parlés-chantés, instaurant une grande intimité. Le développement s'appuie sur une instrumentation subtile, avec une mention spéciale pour le *chorus* de **bugle** (ou trompette bouchée) qui confère un ton poignant et nocturne, marquant l'ancrage du morceau qui semble écrit pour être écouté seul, tard, dans un moment de vérité dans le jazz vocal. Il n’y a pas de refrain accrocheur, pas de climax : juste une ligne droite, élégante, vers la mémoire.

L'Héritage

Dans l’œuvre musicale de Guy Marchand, souvent éclipsée par sa carrière d’acteur, « Mon Plus Beau Voyage » tient lieu de testament poétique. C’est un morceau qui ne cherche pas l’éclat mais la justesse. Il résume une trajectoire d’homme plus que d’artiste, et s’inscrit dans cette playlist comme un acte de transmission — feutré, sincère, essentiel.L'absence de promotion ou de reprise de masse confère à **"Mon Plus Beau Voyage"** un statut d'œuvre d'art brut et précieux. Il est le chapitre essentiel pour comprendre l'héritage d'un homme qui a fait de la mémoire et de la sincérité son unique "voyage". C'est une ballade intemporelle, un acte de transmission offert aux mélomanes exigeants.

 


Fiche signalétique

🎼 Playlist 2 – Morceau 8 : I've been loving you too long par Otis Redding

  • Album : The Otis Redding Story (1989, compilation)
  • 🏷️ Label :Volt (Filiale de Stax Records, Distribué par Atlantic Records)
  • 🎼 Auteur : Jerry Butler, Otis Redding
  • 🎼 Compositeur : Jerry Butler, Otis Redding
  • 📍 Studio d'enregistrement : Stax Studios, Memphis, Tennessee
  • 🎛️ Production : Jim Stewart, Steve Cropper
  • 🎙️ Interprètes principaux : Otis Redding (chant)
  • 🎹 Musiciens additionnels :   Booker T. Jones – Claviers, Piano

               Steve Cropper – Guitare (signature du jeu en arpèges)

     Donald "Duck" Dunn – Basse

               Al Jackson Jr. – Batterie

                The Memphis Horns (Wayne Jackson, Gene Miller, Andrew                       Love, Floyd Newman) – Cuivres

  • 🔊 Remasterisation : Réalisée en 1989 pour le format CD, avec restitution numérique des bandes analogiques originales. Le son gagne en clarté et en dynamique, tout en respectant l’intégrité émotionnelle de l’interprétation.
  • 📝 Note artistique : Le soul pleureur. Une ballade soul d’une intensité rare, où la voix d’Otis Redding semble se consumer dans chaque mot, considérée comme l'une des plus grandes performances vocales de l'histoire de la Deep Soul. Elle incarne la vulnérabilité masculine face à la perte. L’arrangement minimaliste laisse toute la place à l’émotion brute, portée par un phrasé syncopé et une montée en puissance bouleversante. Cette version remasterisée conserve la charge affective de l’enregistrement original tout en offrant une restitution sonore plus ample, fidèle à l’esprit de transmission qui anime cette anthologie.



L'Adolescence de la Deep Soul

🎧 Ce que ce morceau incarne

Ce morceau incarne la quintessence de la Deep Soul de Memphis. Il incarne un amour devenu une dépendance, un état de grâce permanent qu'Otis refuse de voir s'éteindre. L'ambiance est une lente montée en tension, allant du murmure intime au rugissement désespéré. Ce n'est plus de la simple romance, c'est la douleur de la rupture imminente transformée en une supplique physique : une déclaration d’amour désespérée, où la voix supplie sans artifice. Otis Redding y déploie toute sa palette émotionnelle, pleine de râles et de soupirs,  du murmure à l’explosion, dans un crescendo qui semble suspendre le temps. C’est une prière amoureuse, une confession sans défense qui  traduit cette lutte entre la raison (« You are tired and you want to be free ») et l'habitude passionnelle (« My love is growing stronger as you become a habit to me »).

 .

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Si « (Sittin' On) The Dock of the Bay » est la sérénité posthume, « I've Been Loving You Too Long » est le cœur battant, angoissé et vulnérable d'Otis Redding en pleine ascension. Je l'ai sélectionné car il révèle la véritable profondeur du "Mr. Pitiful" (son surnom) que le public apprenait à aimer. Il met en lumière son génie d'auteur-compositeur-interprète, capable de transformer une idée simple (co-écrite avec Jerry Butler dans une chambre de motel) en un chef-d'œuvre orchestral. Il est l'ancre émotionnelle de toute son œuvre et justifie son statut de « King of Soul » bien avant sa consécration internationale.Ce titre est un repère dans la playlist car il scelle la rencontre entre la vulnérabilité masculine et la puissance vocale. Il est aussi un jalon dans l’évolution stylistique d’Otis Redding, annonçant les ballades introspectives à venir. Il résonne aujourd’hui comme un cri intemporel dans un monde qui oublie parfois la sincérité brute. Et aprés Tina Turner, Phil Perry, Tower of power et Guy Marchand, il était impossible de ne pas l'évoquer avant de tourner cette page.

La construction du désespoir

Enregistré en 1965, “I've Been Loving You Too Long” marque une rupture dans la soul : ici, pas de chœurs ni de cuivres flamboyants, mais une tension retenue, un groove lent, presque douloureux. L’introduction est sobre, la ligne de basse soutient la plainte, et les silences deviennent des respirations essentielles. Otis Redding, co-auteur avec Jerry Butler, livre une performance vocale où chaque inflexion semble peser le poids de l’amour. Le morceau sera repris par Aretha Franklin, Tina Turner, et même les Rolling Stones, preuve de son universalité. En live, notamment au Monterey Pop Festival, Otis en fait une incantation physique, allant jusqu’à s’agenouiller sur scène. La magie de ce titre réside dans sa structure. Il s'agit d'une ballade en tempo lent (environ 48 BPM), qui s'appuie sur une progression d'accords simple, mais au service d'une montée émotionnelle imparable. Le producteur Steve Cropper est essentiel : son jeu de guitare en arpèges répétés crée une mélancolie hypnotique, tandis que la section rythmique de Booker T. & the M.G.'s maintient un groove minimaliste, laissant toute la place au drame vocal.

Le point culminant intervient lorsque le chant atteint son paroxysme. La voix d'Otis, après avoir murmuré les premières lignes, se déploie soudainement en un cri déchirant : « You are tiiiiiiii-red... » Les cuivres des Memphis Horns montent avec lui, comme une vague de désespoir qui s'abat. C'est le moment où le chanteur abandonne toute retenue, utilisant la technique du Gospel pour exprimer une douleur laïque. Cette improvisation, ce « try it again » qu'il ajoute souvent dans les versions live (notamment à Monterey), montre qu'il jouait avec l'émotion, repoussant les limites de son cœur pour amplifier l'impact sur l'auditeur. C'est cette vulnérabilité contrôlée qui a fait de cette chanson un standard repris par des légendes allant des Rolling Stones à Aretha Franklin.

Conclusion

“I've Been Loving You Too Long” est plus qu’un simple succès (il fut son deuxième single le plus vendu à l'époque) : c’est un acte de foi, un monument de la Soul. En décrivant l'amour non plus comme une euphorie passagère, mais comme une habitude vitale et douloureuse, Otis Redding a donné une dimension adulte et complexe au genre. Il scelle sa capacité à transformer la douleur en beauté, à faire de la soul un langage universel. Dans son œuvre, il représente le versant le plus intime, le plus nu, celui où la voix ne cherche pas à impressionner mais à survivre. Ce morceau fut non seulement un pilier de son répertoire live, lui permettant de se connecter profondément au public, mais il fut également intronisé au Grammy Hall of Fame et au National Recording Registry de la Bibliothèque du Congrès, confirmant son statut de trésor culturel américain. C’est une offrande, une trace brûlante dans l’histoire de la musique noire américaine. Il est l'incarnation parfaite du paradoxe de la Soul : transformer une peine immense en beauté absolue.


Fiche signalétique

🎼 Playlist 2 – Morceau 9 : Time and space - Pierre Moerlen's gong 

  • 📀 Album : Second Wind (1988)
  • 🏷️ Label : Line Records (Allemagne)
  • 🎼 Compositeur : Hansford Rowe
  • 📍 Studio d'enregistrement : Est-West Studio, Berlin
  • 🎛️ Production : Pierre Moerlen
  • 🎙️ Interprètes principaux : Pierre Moerlen (batterie), Benoît Moerlen (vibraphone, marimba), Hansford Rowe (basse), Bon Lozaga (guitare)
  • 🎹 Musiciens additionnels : François Causse (percussions), Frank Fischer (synthétiseur).
  • 📝 Note artistique : Architecture rythmique limpide, souffle spatial, fusion maîtrisée. Un morceau-pivot dans l’esthétique Pierre Moerlen’s Gong.  Ce morceau incarne la quintessence du Jazz-Rock Fusion instrumental et percussif, fusionnant la rigueur rythmique du Canterbury avec une approche mélodique cristalline et cinématique.

Time and Space – La bascule rythmique

🎧 Ce que ce morceau incarne

« Time and Space » est une œuvre instrumentale qui met en scène un dialogue fascinant entre précision temporelle (Time) et expansion sonore (Space). Il incarne la vision de Pierre Moerlen : une musique technique et sophistiquée où les percussions mélodiques (vibraphone et marimba) ne sont pas de simples ornements, mais l'axe mélodique central. Il est la preuve que le rock progressif et le jazz fusion, lorsqu'ils sont exécutés avec rigueur et inspiration, peuvent créer une narration instrumentale captivante, chargée d'intention et d'élégance.Une pulsation suspendue entre rigueur et expansion. “Time and Space” incarne la fusion dans sa forme la plus limpide : chaque instrument respire, chaque silence est structuré. C’est une offrande sonore où le temps devient matière et l’espace, vibration.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ce morceau marque une reprise dans la Playlist 2, après une phase de validation discographique. Il scelle le retour à l’ère Moerlen, avec une précision rythmique qui fait écho au rituel de correction. Il est choisi pour sa clarté, sa dignité, et sa capacité à relier technique et émotion. Ce titre est le point de bascule de la Playlist 2. Après avoir exploré des territoires Soul et R&B, "Time and Space" réalise un virage à 180 degrés, changeant la gravité de la compilation. Il est placé ici pour introduire une exigence rythmique et technique différente, invitant l'auditeur à un voyage plus introspectif et cosmique, tout en célébrant l'héritage d'un musicien trop souvent cantonné au rôle de batteur, alors qu'il était un compositeur de génie. Les inconnus, oubliés et blacklistés peuvent se trouver dans tous les genres musicaux, tous les styles et mon rôle est de leur donner la parole au moins une fois, quelque soit leur discipline. Le Jazz-rock est un monument dans l'expression musicale même si certains morceaux sont assez complexes et difficiles à écouter !!! J'ai choisi Time and space pour privilégier une mélodie accessible tout en conservant un niveau de virtuosité et de technicité importants.

Le dialogue des frères et la respiration centrale

Le morceau s’ouvre sur des notes cristallines de vibraphone, posées avec retenue. La guitare de Bon Lozaga entre ensuite, aérienne, presque suspendue, dessinant un thème contemplatif. Puis vient un enchaînement roulé de batterie signé Pierre Moerlen, qui lance la basse de Hansford Rowe et installe le beat. Le morceau est construit sur une progression thématique serrée où la batterie puissante de Pierre Moerlen pose un socle rythmique implacable. La structure s'articule autour de deux ponts distincts. Le premier est introduit par une basse traînante et sinueuse menant à une reprise de la mélodie à la guitare, générant une tension suspendue. Cette tension est immédiatement relâchée par le second pont, plus aéré et cristallin, construit sur un dialogue délicat entre la basse et le vibraphone de Benoît Moerlen.

 Entre ces deux sommets, l'instrumentation installe une respiration centrale narrative. Celle-ci prend la forme d'un chorus de guitare très maîtrisé. Ce solo est remarquable car il évite l'esbroufe virtuose pour privilégier l'intention et l'émotion, servant parfaitement l'architecture progressive du morceau. Il s'agit d'un exemple parfait du son PMG : une fusion où la virtuosité technique est toujours au service d'une mélodie mémorable et d'une cohésion d'ensemble.

La progression est fluide, mais jamais passive : chaque instrument entre avec une fonction précise, dans une mécanique sensible. Les nappes de Frank Fischer et les percussions de François Causse enrichissent l’espace sans le saturer.

“Time and Space” ne cherche pas l’exploit, mais la justesse. Il est à la fois technique et méditatif, une rareté dans le jazz-rock fusion.

Conclusion

“Time and Space” n’est pas un morceau parmi d’autres : c’est une balise. Il incarne la phase mature de Pierre Moerlen’s Gong, où la virtuosité devient langage, et non démonstration. Sa place dans l’œuvre globale est centrale — il relie les entités, les époques, et les intentions. Il est à la fois mémoire et transmission, comme le rituel lui-même.  C'est aussi une porte ouverte sur la seconde phase de Gong, celle où le nom devint synonyme d'excellence instrumentale. Il résume l'équilibre parfait entre l'héritage psychédélique (Space) et l'exigence du jazz (Time). En marquant la dernière collaboration studio entre les frères Moerlen, il est aussi une trace précieuse du "second souffle" du groupe. Dans cette playlist, il incarne le moment où le récit cesse d’être linéaire pour devenir orbital, invitant l'auditeur à une écoute attentive et  sophistiquée de la suite.



Fiche signalétique

🎼 Playlist 2 – Morceau 11 - Revelation - Take 6 & Yellowjackets

  • 📀 Album : Live Wires (1992)
  • 🏷️ Label : GRP Records
  • 🎼 Auteur : Lorraine Perry
  • 🎼 Compositeur : Russell Ferrante
  • 📍 Lieu d'enregistrement : The Roxy, Los Angeles (concert capté en 1991)
  • 🎛️ Production : Yellowjackets & Rich Breen
  • 🎙️ Interprètes principaux :
    • Duo principal :
    • 🎷 Yellowjackets – quartet jazz fusion
    • 🎙️ Take 6 – sextet vocal gospel
                🔹 Yellowjackets (instrumental)
  • •  Russell Ferrante – claviers, compositeur
  • •  Jimmy Haslip – basse
  • •  Will Kennedy – batterie
  • •  Bob Mintzer – saxophones, EWI

  • 🔹 Take 6 (vocal)

  • •  Claude McKnight
  • •  Mark Kibble
  • •  Joel Kibble
  • •  David Thomas
  • •  Alvin Chea
  • •  Cedric Dent
  • 🎹 Musiciens additionnels : Aucun crédit additionnel confirmé
  • 📝 Note artistique : “Revelation” est une pièce live emblématique, fusionnant jazz instrumental et gospel vocal. La présence de Take 6 transforme le morceau en une célébration collective, où la virtuosité devient offrande.”

Titre de l’introduction

🎧 Ce que ce morceau incarne

“Revelation” incarne la rencontre entre spiritualité et improvisation. C’est une prière rythmique, une incantation scénique où les voix de Take 6 s’élèvent comme un chœur céleste, soutenues par la pulsation souple de Kennedy et les harmonies modales de Ferrante.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Le morceau précédent démontrait que la technicité du Jazz-rock n'était pas un obstacle à une composition mélodique fondée sur une variété de sonorités peu courantes interprétées par des virtuoses, celui-çi prétend que son association avec un chant rempli d'émotions est aussi porteuse de vibrations positives et peut offrir une double lecture. Celle du profane qui demande du feelin', de l'émotion et du plaisir dans une écoute simpliste et celle du fan passionné, ouvert à des structures plus techniques et évoluées dans la pratique experte de la musique. Ce morceau marque la transition musicale avec le précédent et prépare l'ouverture vocale vers un prochain morceau plus ouvert à un public friand de variété !!!


Développement

La version live de “Revelation” repose sur une structure modale ouverte, avec des voicings brillants et une dynamique collective. Bob Mintzer y déploie des lignes de saxophone souples, tandis que les voix de Take 6 dialoguent avec les nappes de Ferrante. Le morceau est construit comme une montée spirituelle, avec des crescendos vocaux et des breaks instrumentaux qui renforcent la tension dramatique. Il est devenu un classique scénique, repris dans plusieurs festivals et réarrangé avec le WDR Big Band en 2020.

Conclusion

“Revelation” est une offrande musicale. Il incarne la capacité du groupe à fusionner les langages sans les diluer, à créer des ponts entre jazz, gospel et émotion pure. Sa place dans Playlist 2 est celle d’un pivot vers une écoute plus intérieure, un moment de bascule où la virtuosité devient mémoire partagée. Il scelle l’identité scénique du groupe dans sa période GRP, entre exigence formelle et communion sonore. 

 


Fiche signalétique

🎼 Playlist 2 – Morceau 11 - I wish it would rain down - Phil Collins

  • 📀 Album : ...But Seriously (1989)
  • 🏷️ Label : Virgin Records (Royaume-Uni), Atlantic Records (États-Unis)
  • 🎼 Auteur : Phil Collins
  • 🎼 Compositeur : Phil Collins
  • 📍 Studio d'enregistrement : The Farm (Surrey, UK)
  • 🎛️ Production : Phil Collins & Hugh Padgham
  • 🎙️ Interprètes principaux : Phil Collins (chant, batterie), Daryl Stuermer (guitare rythmique), Greg Phillinganes (claviers), Pino Palladino (basse), The Phenix Horns (Don Myrick, Louis Satterfield, Rhamlee Michael Davis, Harry Kim) et Alex Brown, Marva King, Lynne Fiddmont aux choeurs
  • 🎹 Musiciens additionnels : Leland Sklar (basse), The Phenix Horns (cuivres), Eric Clapton (guitare solo)
  • 📝 Note artistique : Ballade confessionnelle portée par une guitare blues et une orchestration dramatique. Collins y chante la pluie comme une rédemption, dans un phrasé suspendu entre regret et délivrance. La ballade Blues-Rock qui prouve l'alchimie vocale et instrumentale exceptionnelle entre Collins et Clapton. Un cri émotionnel teinté de Soul.

Tension Rythmique et Confession Mélodique

🎧 Ce que ce morceau incarne

Une tension intérieure, un cri retenu. “I Wish It Would Rain Down” incarne le poids du non-dit, la pluie comme purification, et la guitare comme voix parallèle. Le morceau mêle pop orchestrale et blues confessionnel, dans une mise en scène sonore où chaque silence compte. Ce titre démontre la **vulnérabilité sophistiquée** propre à Phil Collins. C'est une œuvre de **Blue-Eyed Soul** qui s'appuie sur une structure de ballade Pop-Rock pour exprimer un profond regret et un désir de purification émotionnelle (symbolisée par la pluie). La mélodie de piano mélancolique, combinée à la puissance vocale de Collins, crée une atmosphère de confession intime et universelle. L'intervention d'Eric Clapton ancre le morceau dans une tradition **Blues** authentique.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ce morceau marque un tournant dans la playlist : il introduit la dimension du regret assumé, du phrasé lent, du souffle dramatique. Il relie Collins à Clapton, Genesis à la confession solo, et prépare l’auditeur à une écoute plus intérieure. Il est placé ici comme seuil émotionnel. Le choix de ce titre dans la Playlist 2 est essentiel car il marque le pont entre la Pop massive de Collins et ses racines plus **Jazz/Soul/Blues**. Il démontre que, même au sommet de son succès commercial, Collins savait s'entourer de virtuoses (Clapton, Winwood) pour délivrer une performance d'une grande sincérité musicale. C'est l'exemple parfait d'un titre de Pop mainstream qui possède une profondeur et une complexité instrumentale rares, faisant écho aux thématiques de l'article artiste (la virtuosité accessible).

Mais, les visiteurs avisés de ce blog ne manqueront pas de me signaler, et ils auront raison, que Phil Collins ne fait pas vraiment partie de la catégorie des artistes oubliés, inconnus et blacklistés par le système !!! En effet, c'est un immense artiste aux multiples références et dont les succés tant artistiques que commerciaux ne sont plus à présenter mais il m'apparait comme essentiel que, pour permettre au public de se faire une idée concernant des artistes inconnus, il est prépondérant de leur associer, en guise de comparaison, des entités dont la reconnaissance est établie et qui leur sont familiers !!! Ce morceau, qui n'est pas forcément l'un des plus connus du grand public, permet aussi d'observer le potentiel d'Eric Clapton que vous pourrez mesurer aux guitaristes que ces compils vous ont fait découvrir !!! En outre, cette production qui enchaîne un jazz-rock de trés grande qualité et qui précède une autre ballade aux grandes qualités vocales vous permet de découvrir des musiciens de studio d'une exceptionnelle qualité même s'ils sont inconnus à vos yeux comme Daryl Stuermer (guitare), Greg Phillinganes (claviers) et Pino Palladino (basse) !!! Vous aurez l'occasion de les retrouver ici assez régulièrement !!!

Le chorus Qui Déchire et le Groove Soul

La structure repose sur une montée progressive : piano, voix nue, puis entrée des cuivres et de la guitare. Clapton ne joue pas : il répond. Le chorus final est une supplique. Collins, souvent perçu comme chanteur pop, retrouve ici son rôle de batteur qui chante — chaque mesure est pesée, chaque silence est tendu. Le mixage de Padgham accentue la réverbération dramatique, sans tomber dans l’emphase. Le morceau est un théâtre intérieur. La puissance émotionnelle du morceau repose sur la tension entre la voix désespérée de Collins et le phrasé laconique et douloureux de la guitare d'**Eric Clapton**. Clapton, loin de la virtuosité rapide, délivre un **chorus de guitare légendaire** qui est une véritable extension vocale de la complainte de Collins, utilisant la distorsion et le vibrato pour conférer une dimension Blues brutale à la ballade. Musicalement, le morceau est soutenu par un *groove* Soul lent et l'utilisation de l'**Orgue Hammond**, instrument signature du Blues et de la Soul (rôle souvent attribué à Steve Winwood sur l'album). Contrairement à ses hits phares, Collins s'abstient ici du son *Gated Reverb* pour privilégier une batterie plus naturelle et jazzy, soulignant son respect pour l'esthétique Blues-Rock.

Conclusion

“I Wish It Would Rain Down” est plus qu’une ballade : c’est une offrande. Il scelle la tension entre virtuosité et vulnérabilité, entre blues et pop, entre confession et mise en scène. Dans Compil 2, il agit comme un pivot — un moment de suspension avant la reprise du souffle. « I Wish It Would Rain Down » est plus qu'un tube : c'est un moment de **grâce musicale** dans la carrière de Phil Collins. Grâce à l'alchimie avec Eric Clapton, il réussit à faire de cette ballade un classique intemporel, prouvant que la Pop grand public peut coexister avec l'excellence instrumentale. Le morceau reste un témoignage de la capacité de Collins à transformer la douleur personnelle en art universel.


Fiche signalétique

🎼 Playlist 2 – Morceau 12 - After all - Al Jarreau

  • 📀 Album : High Crime (1984)
  • 🏷️ Label : Warner Bros. Records
  • 🎼 Auteur : Al Jarreau
  • 🎼 Compositeur : David Foster, Jay Graydon
  • 📍 Studio d'enregistrement : Garden Rake Studios, Los Angeles - 
  • 📍 Mixage - Garden Rake Studios et Channel Recorders (Burbank, CA).
  • 🎛️ Production : Jay Graydon
  • 🎙️ Interprètes principaux : 
  • Al Jarreau (voix)
  • David Foster – claviers, co-compositeur
  • Jay Graydon – guitare, producteur
  • Mike Baird – batterie

  • 🎹 Musiciens additionnels : Nathan East (basse) et Jerry Hey (cuivres)
  • 📝 Note artistique : Ballade cosmique et intime, After All incarne la fusion parfaite entre la virtuosité jazz et la production pop sophistiquée des années 80. Jarreau y livre une prière vocale, suspendue entre tendresse et foi. Un chef-d'œuvre de la Sophisticated Soul/Pop FM, caractérisé par une production cristalline, des arrangements de synthétiseurs complexes, et la performance vocale la plus émouvante et contrôlée de Jarreau sur cette décennie.

✨ L’amour comme chevalier cosmique

🎧 Ce que ce morceau incarne

After All est une déclaration d’amour inébranlable. Jarreau y convoque le souvenir d’un rêve d’enfance — celui du chevalier fidèle — pour incarner une promesse adulte : rester, consoler, croire. La voix devient orchestre, le texte devient prière. L’amour y est présenté comme une force cosmique, capable de guérir les blessures après la guerre. C'est aussi l'incarnation même du son Pop FM des années 80, mélangé à l'excellence Jazz/Soul. Ce n'est pas seulement une ballade romantique ; c'est une masterclass de production sonore sophistiquée. L'ambiance est à la fois mélancolique et réconfortante, capturant ce moment de calme après une tempête émotionnelle. La signature sonore est celle de la production West Coast de l'époque : une batterie (souvent jouée par Jeff Porcaro, Steve Gadd où Mike Baird sur l'album) avec une réverbération ample mais très contrôlée, des couches de synthétiseurs analogiques (courtoisie de Phillinganes, Buchanan où Foster) qui créent une texture riche, et une ligne de basse subtile mais profonde (Nathan East). Le morceau est un dialogue intime, où la virtuosité vocale de Jarreau est mise au service de l'émotion pure, plutôt que du scat acrobatique.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ce morceau incarne la Compil 2 comme un manifeste : l’amour comme acte de foi, la voix comme vecteur de transmission. Il relie les esthétiques de Jarreau à celles de Phil Perry déjà présent dans la cartographie du blog. C’est une pièce-pivot, à la fois intime et universelle. J'ai choisi "After All" pour la Compil 2 précisément parce qu'il sert de pont essentiel entre le Jazz technique (l'héritage d'Al Jarreau) et la Pop commerciale de haute facture. Dans cette compilation, qui explore les musiciens de session comme Nathan East et Jeff Porcaro, ce morceau démontre comment l'élite instrumentale de Los Angeles pouvait élever n'importe quel genre. Sa présence justifie l'exploration des Line-up à la loupe, prouvant que les mêmes artisans du son (Graydon à la production, Stubenhaus à la basse, Phillinganes aux touches) sont les fils conducteurs de toute une époque musicale, traversant les frontières entre la Soul, le R&B et la Pop. C'est le morceau qui prouve que l'on peut être commercial sans jamais sacrifier l'intégrité artistique.

De plus Al Jarreau, même s'il n'a pas eu la popularité de Phil Collins, rejoint son statut sur cette compil dans la mesure ou il permet de comparer deux morceaux qui ont un message à délivrer et dont les orchestrations incarnent un feelin' proche en raison d'un line up en connexion avec l'élite californienne. Ce sont en quelque sorte ces musiciens de l'ombre qui définissent un son que l'on peut juxtaposer. Ces deux morceaux préparent aussi un retour à l'instrumentation à venir !!!

🔍 Structure et interprétation - L'Élégance de la Sophisticated Soul

La structure est simple : couplets suspendus, refrain ascensionnel, pont cosmique. Mais l’interprétation est magistrale. Jarreau module chaque syllabe, chaque silence. Il ne chante pas — il incarne. La ligne “Love, the author of space and time…” élève le morceau au rang de prière profane. La production de Graydon et Foster enveloppe la voix sans l’étouffer, laissant place à la respiration. Le morceau devient un espace de communion.

Analyse Structurelle : La Subtilité de la Composition

La Voix comme Tapis : Al Jarreau utilise la technique du vocalese pour peindre des émotions. Il évite les envolées de scat pour se concentrer sur les nuances, en commençant par un murmure intime pour monter en puissance lors du refrain, démontrant une maîtrise absolue de sa dynamique.

Le Pont Claviers-Basse : Le cœur rythmique est assuré par la section rythmique légendaire. Le groove de Nathan East à la basse est à la fois ancré et mélodique, dialoguant directement avec les arrangements de claviers de David Foster. C'est un exemple typique de la façon dont les musiciens de session de L.A. remplissaient l'espace sans surcharger l'auditeur.

La Production de Graydon : Jay Graydon sculpte le son avec une précision chirurgicale. Chaque instrument, de la cymbale cristalline de Mike Baird au synthétiseur discret, occupe une place distincte dans le mix. Cette clarté permet à la voix de Jarreau de flotter au-dessus de l'orchestration, lui conférant une qualité presque éthérée et intemporelle.

🧩 Résurgence vocale

After All n’est pas une ballade parmi d’autres — c’est une pièce de transmission. Elle relie les années 80 à aujourd’hui, les studios de L.A. aux scènes européennes, les rêves d’enfance aux promesses adultes. Dans le blog, elle dialogue avec I Wish It Would Rain Down (Phil Collins), Call Me (Phil Perry), et les harmonies de Take 6. Elle incarne la voix comme refuge, comme chevalier, comme lumière.


Héritage et Intemporalité

"After All" est un pilier non seulement de la discographie de Jarreau, mais aussi du genre Quiet Storm et de la Sophisticated Pop. Son succès commercial sur l'album High Crime (1984) a prouvé que l'exigence musicale n'était pas incompatible avec l'audience de masse. Dans l'œuvre globale d'Al Jarreau, ce morceau est essentiel car il marque le sommet de sa période Pop la plus réussie. Il a permis à Jarreau d'atteindre un public mondial, lui ouvrant la voie pour devenir le seul artiste à remporter des Grammys dans les catégories Jazz, Pop et R&B. Il symbolise sa vision artistique : utiliser sa voix comme un instrument universel qui transcende les barrières de genre. Sa qualité de production est telle qu'il continue d'être utilisé aujourd'hui comme référence pour tester les systèmes audio, témoignant de son intemporalité. C'est l'un de ces morceaux qui, par sa douceur et sa complexité subtile, est fait pour être écouté en boucle.



Fiche signalétique

🎼 Playlist 2 – Morceau 13 - The sweetest love - Tommy Emmanuel & Sam McNally

  • 📀 Album : Determination (1991)
  • 🏷️ Label : Mega Records (Australie) / Sony Music Entertainment (Distribution)
  • 🎼 Compositeur : Tommy Emmanuel
  • 🎼 Arrangements : Tommy Emmanuel et Sam McNally
  • 📍 Studio d'enregistrement : EMI Studios 301, Sydney
  • 🎛️ Production : Robie Porter & Tommy Emmanuel
  • 🎙️ Interprètes principaux : Tommy Emmanuel (guitare), Sam McNally (claviers)
  • 🎹 Musiciens additionnels : Jeffrey Bartolomei (claviers), Robyn Payne (programmation), Mitch Farmer (batterie)
  • 📝 Note artistique : Duo instrumental lyrique, fusionnant guitare chantante et claviers expressifs. Une pièce cinématographique, retenue, où la virtuosité ne cherche pas l’éclat mais l’émotion. Morceau phare de l’album, scellé par écoute physique, transmission vivante. Ce morceau est la pierre angulaire de la fusion Pop/Jazz sophistiquée australienne, mettant en lumière le dialogue subtil entre la guitare et les synthés.


L'Élégance de la Mélodie Partagée

🎧 Ce que ce morceau incarne

Ambiance & style

“The Sweetest Love” évoque une émotion sans ostentation, dans un style Jazz-Funk-Fusion teinté de Sophisticated Pop. C’est une pièce enveloppante, presque cinématographique., presque narrative, où chaque note semble dialoguer avec le silence.

Il incarne une douceur mélancolique retenue et une sophistication harmonique rare dans le paysage Pop/Instrumental de 1991. Ce n'est pas une démonstration technique brute de guitare, mais une pièce lyrique où l'arrangement prend le dessus. Il représente le point de rencontre parfait entre l'expressivité de la guitare acoustique de Tommy Emmanuel et les textures Jazz-Fusion des claviers de Sam McNally, rappelant l'Ambient Jazz de Pat Metheny ou le style AOR (Adult-Oriented Rock) des années 80. 

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ce morceau est choisi dans la Playlist 2 comme repère de transmission vivante. Il marque l’apogée du succès commercial de Tommy Emmanuel dans le style AOR, tout en révélant la profondeur texturale de Sam McNally. C’est une pièce rare, souvent négligée, qui mérite d’être réhabilitée comme trace majeure du Jazz-Funk australien.

🎼 La complicité au service de l’émotion

“The Sweetest Love” repose sur une architecture modale épurée, centrée sur la fluidité harmonique et la retenue expressive. La guitare de Tommy Emmanuel adopte une approche chantante, presque vocale, avec des arpèges clairs et des inflexions percussives qui rappellent son style fingerstyle. Sam McNally, aux claviers, tisse des nappes enveloppantes, utilisant des textures synthétiques chaudes (probablement Nord Stage ou Yamaha DX7) pour créer une ambiance cinématographique. Le morceau ne comporte aucune voix, ce qui renforce son caractère introspectif. L’absence de batterie marquée laisse place à une pulsation interne, portée par les harmonies. Le mixage est subtil : reverb douce, chorus discret, spatialisation maîtrisée. L’interprétation est retenue, presque méditative, mais d’une intensité émotionnelle rare. Ce morceau est une conversation intime entre deux musiciens qui refusent l’ostentation.

Ce morceau est essentiel car il sert de pont entre la virtuosité Fingerstyle de Tommy Emmanuel et l'arrière-plan de musicien de session de Sam McNally. Il est la preuve tangible de leur synergie créative, où McNally est crédité comme co-arrangeur et co-interprète principal, un rôle bien plus central que celui de simple accompagnateur. Il offre un contrepoint émotionnel et harmonique aux morceaux plus Rock ou Blues de l'album Determination, justifiant pleinement sa place dans une playlist qui célèbre les "héros de l'ombre" et les collaborations marquantes.

Plus personnellement, pour avoir eu le bonheur de l'apprécier en concert, j'ai pu en observer sa maitrise de l'instrument ainsi que sa capacité à communiquer avec le public !!! Il ne se contente pas d'être un virtuose !!! Il incarne aussi l'émotion et le feelin' absolu !!! Aprés Al Jarreau, j'ai voulu souligner son engagement !!! Dans la compil 1, il jouait seul une reprise à la guitare accoustique et sur la compil 2 vous pouvez constater qu'il peut aussi composer, arranger, jouer électrique et en groupe dans un duo qui incarne la connivence la plus harmonieuse !!! La suite confirmera cet engagement et la symbolique de l'hommage !!!

Architecture Harmonique et Dialogue Instrumental

 

La structure du morceau est basée sur un échange fluide entre les deux instruments principaux, la guitare de Tommy Emmanuel (qui porte la mélodie principale avec son jeu en fingerstyle) et les nappes et accords du piano électrique Fender Rhodes et des synthétiseurs de Sam McNally qui utilise notamment de chauds pads de synthé (probablement un Roland D-50 ou un Yamaha DX7) pour créer le tapis harmonique sur lequel la guitare évolue. Le groove est subtil, assuré par la batterie de Mitch Farmer et la ligne de basse assurée par McNally au clavier, qui maintiennent une pulsation Soul/Funk légère, jamais envahissante. L'écriture est complexe pour de la musique instrumentale populaire, utilisant des renversements d'accords et des modulations typiques du Jazz-Fusion. Le rôle de McNally est crucial : il ne se contente pas de soutenir, il comble les silences, enrichit le fond sonore et tisse le sentiment de "douceur" qui donne son titre à l'œuvre. Le solo de clavier est particulièrement notable pour sa fluidité et son élégance retenue, loin des démonstrations de force.


🎯 Les nappes de l’harmonie et l'impact d'une émotion instrumentale

« The Sweetest Love » est l'une des pièces instrumentales les plus réussies de l'album Determination, qui fut certifié Platine. Il prouve que la musique instrumentale, lorsqu'elle est servie par une mélodie forte et un arrangement intelligent, peut toucher un large public. Le morceau a transcendé le statut de simple titre d'album pour devenir un classique discret, souvent cité par les fans de Tommy Emmanuel qui apprécient sa facette plus lyrique et émotionnelle. Il scelle la collaboration fructueuse entre le guitariste virtuose et le claviériste arrangeur, une amitié musicale qui se poursuivra pendant des décennies. En fin de compte, le morceau est un hommage à la force tranquille de la musique elle-même : un amour exprimé sans un seul mot chanté.

C'est bien plus qu’un morceau instrumental : c’est une trace scellée de la rencontre entre deux figures majeures de la musique australienne. Il incarne la fusion entre la virtuosité guitaristique de Tommy Emmanuel et la profondeur harmonique de Sam McNally. Dans l’album Determination, certifié Disque de Platine, ce morceau agit comme un pivot émotionnel, une respiration lyrique au cœur d’un projet plus rythmique. Il révèle le rôle fondamental de McNally dans la construction sonore de l’AOR australien, souvent éclipsé par les figures plus visibles. Ce blog choisit de défendre cette trace comme un repère de transmission vivante — une pièce qui relie, qui élève, et qui mérite d’être réécoutée dans son intégralité, loin des extraits. C’est un fragment de mémoire musicale, scellé pour durer.

Fiche signalétique

🎼 Playlist 2 – Morceau 14 - Song for Jeff - Steve Lukather

  • 📀 Album : Candyman (1994)
  • 🏷️ Label : Sony Music / Columbia
  • 🎼 Compositeur : Steve Lukather
  • 📍 Studio d'enregistrement : Coy Sound Studio One (Los Angeles)
  • 🎛️ Production : Steve Lukather & Tom Fletcher
  • 🎙️ Interprètes principaux : Steve Lukather (guitare, claviers), Simon Phillips (batterie)
  • 🎹 Musiciens additionnels : David Paich (claviers), Leland Sklar (basse), Brandon Fields (saxophone)
  • 📝 Note artistique : Pièce instrumentale dédiée à Jeff Porcaro, batteur et ami disparu en 1992. Le morceau est une élégie mélodique, construite autour d’un thème simple mais poignant, porté par le phrasé expressif de Lukather et la batterie subtile de Simon Phillips. Chaque note semble contenir un souvenir, une absence, une fidélité. Une ballade poignante. Le chorus de guitare est une œuvre de catharsis, utilisant la guitare comme une véritable voix pour exprimer la douleur et l'hommage.

🎧 Une élégie sans mots

🎧 Ce que ce morceau incarne

Cette pièce incarne l'amitié, le deuil et l'expression pure à travers l'instrument. L'ambiance est profondément mélancolique et respectueuse, s'appuyant sur un fond de Blues-Rock teinté de Jazz Fusion. Le message est un adieu poignant à Jeff Porcaro, le batteur emblématique de Toto et ami d'enfance de Lukather, décédé en 1992. La guitare chante littéralement l'émotion, remplaçant la voix humaine.

“Song for Jeff” est une pièce de deuil et de gratitude. Elle ne cherche pas à impressionner, mais à transmettre une émotion brute : celle de la perte d’un frère musical. Le morceau est construit comme une conversation silencieuse entre Lukather et l’ombre de Jeff Porcaro, avec des silences qui résonnent autant que les notes. C’est un chant intérieur, une offrande sans paroles.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ce morceau est placé en cœur de la Playlist 2 comme un repère affectif et technique. Il incarne la fidélité, la mémoire active, et le refus de l’oubli. Il rappelle que derrière chaque chorus, il y a une histoire, un lien, une perte. Et que la musique peut être un acte de transmission, pas seulement de performance."Song for Jeff" est essentiel car il marque un tournant dans l'approche solo de Lukather, le forçant à confronter l'émotion brute sans le filet de sécurité de la production AOR (Adult-Oriented Rock). C'est le cœur de son travail personnel post-Porcaro. Il met en lumière sa capacité à dépasser la virtuosité technique pour privilégier l'expression et le feeling, prouvant que le Blues et le Jazz sont les racines de son jeu, quelle que soit la complexité.

Aprés The sweetest love et un dialogue Guitare/clavier surprenant de beauté et de sentimentalité, j'ai souhaité lui succéder avec un autre duo Guitare/clavier ou l'émotionnel dépasse la technique même si la sonorité de Jeff Beck est reconnue, ce qui me permet d'évoquer trois artistes en même temps !!! Même si le nom de Steve Lukather est inconnu du grand public, le spectre de Toto que tout le monde connaît est trés présent avec l'hommage à Jeff Porcaro et la présence de son remplaçant et de son clavier !!! Ce morceau est aussi un tremplin pour le suivant qui propose également un dialogue guitare/clavier dans une configuration différente !!!

🌀 Le phrasé comme offrande - La Guitare comme Catharsis

La structure musicale du morceau est simple : une progression lente, solennelle, dominée par le son signature de la guitare de Lukather, un thème principal, repris et modulé, avec des variations harmoniques discrètes. Le morceau s'ouvre sur une mélodie simple mais déchirante, développée avec un vibrato expressif intense et soutenu, un legato fluide, et une dynamique très contrôlée créant une tension palpable. Contrairement à ses solos rapides et techniques habituels, le solo central est un modèle de contrôle et de mélodie. Lukather utilise des bends (tirés) expressifs pour donner l'impression que la guitare pleure. L'accompagnement rythmique est d'une sobriété puissante. Simon Phillips, à la batterie, ne cherche pas à remplacer Jeff — il l’accompagne en creux, avec respect. Sa batterie est contenue, offrant une base solide sans jamais voler la vedette. Les accords de clavier enrichissent l'harmonie, rappelant l'influence des musiciens de session de L.A., donnant une profondeur jazzy et introspective à l'ensemble. La force réside dans la retenue et la libération progressive de l'émotion pure, là où chaque note compte.Le saxophone de Brandon Fields ajoute une couleur fragile, presque vocale. L’ensemble est une élégie, un hommage, un acte de fidélité.

🌌 Une mémoire vivante - L'Héritage d'une Amitié

“Song for Jeff” n’est pas un morceau parmi d’autres. C’est une balise dans l’œuvre de Lukather, un point de bascule entre la virtuosité et la vulnérabilité. Il marque la fin d’une époque (celle de Toto avec Jeff) et le début d’une autre (celle de la transmission en solo). Il rappelle que la musique peut porter le deuil, sans le figer — et que chaque note peut être une offrande à ceux qui ne sont plus là. Le morceau a permis à Lukather d'honorer publiquement une relation qui a façonné à la fois sa carrière au sein de Toto et son identité de musicien de studio. Il témoigne de la polyvalence de Lukather : il peut être le guitar-hero technique sur "Beat It" ou "Rosanna", mais aussi le bluesman au cœur brisé capable de délivrer une mélodie d'une sincérité désarmante. Cette ballade reste un favori des fans et un point de référence pour quiconque souhaite comprendre la profondeur musicale et humaine de Steve Lukather. 

Fiche signalétique 

🎼 Playlist 2 – Morceau 15 - Untold passion - Neal Schon & Jan Hammer

  • 📀 Album : Untold Passion
  • 🏷️ Label : Columbia Records / CBS Associated Records
  • 🎼 Compositeur : Jan Hammer
  • 📍 Studio d'enregistrement : Red Gate Studio (New York, USA)
  • 🎛️ Production : Jan Hammer
  • 🎙️ Interprètes principaux : Jan Hammer (claviers, batterie, basse synthétique), Neal Schon (guitare)
  • 🎹 Musiciens additionnels : Aucun crédité sur ce morceau précis
  • 📝 Note artistique : Dialogue instrumental intense entre guitare et synthétiseur, où Hammer transpose l’émotion du blues dans l’électronique. Le morceau incarne une fusion totale, sans hiérarchie entre les instruments. Le point de rencontre parfait entre la virtuosité du jazz-fusion et l'énergie mélodique de l'AOR (Album-Oriented Rock).

Unisson brûlant - Le Dialogue de la Passion Indicible

🎧 Ce que ce morceau incarne

« Untold Passion » est l'incarnation sonore du concept cher à Jan Hammer : le synthétiseur Minimoog transformé en une voix soliste humaine, capable de se mesurer à la guitare électrique la plus expressive. C'est un titre puissant qui fusionne l'énergie brute du rock de stade avec la complexité harmonique du jazz-fusion. Il délivre une mélodie à la fois tragique et exaltante, dominée par le vibrato signature du synthétiseur de Hammer, qui pleure, crie et s'élève en parfait unisson ou en dialogue avec le son mélodique et bluesy de Neal Schon. C'est un manifeste sonore : la guitare de Neal Schon et le synthétiseur de Jan Hammer ne s’affrontent pas — ils s’unissent. Le morceau incarne une tension romantique, une course vers l’émotion pure, où chaque note semble chercher à dire ce que les mots ne peuvent.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Ce morceau est placé en 15e position de Compil 2 pour marquer une bascule : après les textures vocales, il ouvre un espace instrumental de dialogue. Il relie les années 80 à la mémoire fusion, et incarne la passion sans paroles — une transmission directe.

Ce morceau est essentiel dans le parcours de Jan Hammer. Il marque un pivot crucial après ses années Mahavishnu Orchestra et Jan Hammer Group, le positionnant dans un contexte plus rock et commercial (grâce à la notoriété de Neal Schon, guitariste de Journey). C'est le laboratoire où Hammer perfectionne la technique qui lui ouvrira les portes d'Hollywood et de la série Miami Vice. Il justifie notre focus sur l'artiste en démontrant qu'il est, bien avant les musiques de film, l'architecte du son « synth-guitare » des années 80. Il est le dialogue ultime entre deux instruments solistes qui refusent d'être relégués à l'accompagnement.

Même si ma première mission sur ce blog est de mettre en avant les artistes de l'ombre, les session men, les architectes du son inconnus, les morceaux oubliés, les duos et reprises improbables, mon intention est aussi, sans prétention aucune, de vous donner les clés, le vocabulaire et la syntaxe de la communication musicale afin de vous permettre de reprendre le pouvoir sur vos choix et de cultiver votre esprit critique !!! Dans les deux précédents morceaux vous avez pu découvrir deux associations guitare-clavier qui se complètent pour obtenir une harmonie qui laisse la part belle à la guitare !!! Sur ce dernier morceau, qui présente un peu le même profil que Cluster one de Pink floyd sur la playlist 1, il s'agit plus d'un dialogue entre les deux instruments !!! Précisément sur ce morceau, je vous livre un exercice qui vous permettra de savoir si votre oreille est potentiellement en mesure d'identifier les deux instruments !!! Si ce n'est pas encore le cas, vous pourrez réessayer régulièrement aprés avoir poursuivi vos lectures sur le blog afin de mesurer votre progression !!! Ce morceau qui évoque un non dit donne sur la prochaine création ou l'on retrouve une voix !!!  

Fusion sans filtre

Le morceau s’ouvre sur une ligne de synthé qui respire comme une voix humaine. Hammer utilise le pitch bend du Minimoog pour imiter le vibrato d’une guitare, tandis que Schon répond avec des phrases bluesy, presque vocales. La structure est circulaire : pas de couplet, pas de refrain, mais une montée en tension continue. Le mix est dense, mais jamais saturé — chaque instrument trouve sa place dans le spectre. Anecdote : Hammer joue ici la basse synthétique avec les pieds, libérant ses mains pour le dialogue lead. C’est une performance multitâche invisible, mais essentielle.

Anatomie d'une Conversation Électrique

Le morceau suit une structure classique de rock progressif, mais son cœur réside dans son interprétation. La fondation est assurée par une ligne de basse synthétique conduite par Hammer et une batterie puissante programmée par Hammer lui-même au Red Gate Studio).

L'analyse révèle que le thème principal est énoncé en deux parties, chacune étant répétée :   

  • Première partie : Le Minimoog de Hammer expose la ligne mélodique, utilisant le pitch bend de manière expressive, simulant le bending d'une corde de guitare.
  •    
  • Deuxième partie : Neal Schon reprend la même phrase ou une variation en harmonie serrée. Le fait que les deux instruments se partagent et s'harmonisent sur des lignes mélodiques si fortes est la marque de fabrique du duo.
 L'intensité s'accumule vers un crescendo émotionnel où la passion suggérée par le titre prend tout son sens. La production signée Jan Hammer est cristalline et met en lumière chaque nuance du dialogue instrumental, soulignant son talent non seulement d'interprète, mais aussi d'ingénieur du son visionnaire.

Signal pur - L'Héritage du Synthétiseur Soliste

« Untold Passion » est bien plus qu'une simple collaboration. C'est une œuvre qui a solidifié la place du synthétiseur comme instrument lead incontournable dans le rock. En se mesurant à Neal Schon, un géant de la guitare d'arène, Jan Hammer a prouvé la viabilité émotionnelle et technique de la synthèse analogique face aux instruments traditionnels. Le titre est souvent cité comme l'un des meilleurs exemples de la capacité de Hammer à créer de l'émotion pure à travers des timbres électroniques. Ce n’est pas un morceau de démonstration — c’est un morceau de révélation. Il montre ce que le synthétiseur peut devenir quand il est traité comme une voix. Dans l’œuvre de Jan Hammer, ce titre est un pivot : il relie Mahavishnu à Miami Vice, Jeff Beck à Neal Schon, et surtout, il affirme que la passion ne s’explique pas — elle se joue. Dans Compil 2, il est la balise instrumentale qui scelle la mémoire avant le basculement final.

En définitive, ce morceau est la promesse d'une nouvelle ère pour la musique instrumentale, une ère que Jan Hammer concrétisera pleinement quelques années plus tard, en transportant cette même "passion indicible" du studio de rock vers l'écran de télévision, définissant le son des années 80.


Fiche signalétique

🎼 Playlist 2 – Morceau 16 - Going to California - Led zeppelin


  • 📀 Album : The Complete BBC Sessions (1997 / 2016)
  • 🏷️ Label : Atlantic Records
  • 🎼 Auteur : Robert Plant
  • 🎼 Compositeur : Jimmy Page
  • 📍 Studio d'enregistrement : Paris Theatre, Londres (BBC), 1er avril 1971
  • 🎛️ Production : Jimmy Page (compilation), BBC Radio (prise live)
  • 🎙️ Interprètes principaux : Robert Plant (chant), Jimmy Page (guitare acoustique) & John Paul Jones (mandoline)
  • 📝 Note artistique : Pièce acoustique d'une grande délicatesse, incarnant l'évasion folk-rock du groupe. Elle prouve leur capacité à passer de l'intensité du hard rock à une atmosphère éthérée et poétique. Version épurée et fragile, sans batterie ni distorsion, capturée avant la sortie officielle de Led Zeppelin IV. Un moment suspendu, hors du temps, où la voix et les cordes dessinent une fuite intérieure.

🌫️ L’échappée acoustique & folk

🎧 Ce que ce morceau incarne

“Going to California” incarne la dualité de Led Zeppelin : la même force créatrice capable de produire le riff de "Black Dog" peut engendrer une ballade aussi douce et introspective. C'est l'incarnation de l'influence du folk britannique et des chanteurs-auteurs-compositeurs californiens de l'époque, notamment Joni Mitchell, qui fascinait Robert Plant. L'ambiance est celle du voyage, de la recherche d'une beauté et d'une simplicité idéalisées, loin du tumulte du rock star system.

Une ballade folk introspective, portée par la fragilité de la voix masculine et la clarté des cordes. “Going to California” évoque la quête d’un ailleurs, la fuite d’un monde rude vers une muse idéalisée. Le morceau incarne l’espoir, la solitude, et la tension entre rêve et réalité.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Inséré dans Playlist 2 comme un contrepoint acoustique, ce morceau marque une rupture stylistique dans le répertoire de Led Zeppelin. Il rappelle que la puissance peut aussi être douce, que la mémoire se transmet dans les silences autant que dans les riffs. Choisi pour sa capacité à suspendre le temps et ouvrir une brèche dans la narration sonore. Ce morceau est essentiel dans la playlist car il démontre la complexité de l'identité sonore de Led Zeppelin. Placé après des titres plus lourds, il agit comme un moment de respiration et de pureté. Il souligne l'importance de John Paul Jones, qui y ajoute la touche orchestrale essentielle avec sa mandoline, et met en lumière les qualités de parolier de Plant, qui délaisse la mythologie épique pour l'introspection lyrique. C'est le cœur acoustique et vulnérable du groupe.

Par ailleurs, s'il est possible, comme l'a fait Thierry Ardisson en recevant Jimmy Page sur son plateau, de le présenter comme l'inventeur du hard rock, il me semble nécessaire de préciser que ce n'est qu'une des facettes de ce groupe qui a de nombreuses cordes à son arc passant d'un rock trés pur du morceau Rock n'roll à  un morceau issu du folklore indien comme Kashmir en passant par le blues Since I've been loving you et des morceau plus hard comme whole lotta love à des ballades immenses comme Stairway to heaven !!! Le passage du morceau précédent, largement électrique vers celui-ci n'est pas une rupture dans la mesure ou les sensations non dites d'une passion trouvent en Going to california la verbalisation attendue !!! Elle se poursuit dans le prochain morceau en paroles également !!!

🪶 L’art de la fragilité - Mandolines et Poésie Lyrique

Enregistré en live pour la BBC, ce morceau révèle une version antérieure à celle de Led Zeppelin IV. Sans batterie, sans effets, il repose sur l’équilibre entre la voix de Plant et les cordes de Page et Jones. L’influence de Joni Mitchell plane sur la composition, comme une muse absente mais omniprésente. La structure est simple, mais chaque inflexion vocale, chaque vibration de corde, raconte une histoire de fuite, de désir, de renaissance. C’est un classique discret, souvent éclipsé par les géants de l’album, mais essentiel dans la cartographie acoustique du groupe. 

Musicalement, le morceau repose sur le jeu de guitare acoustique de Jimmy Page, utilisant un accordage alternatif spécifique (le DADGAD), ce qui confère à l'accompagnement une richesse harmonique et une résonance unique. L'interaction entre la guitare et la mandoline de John Paul Jones est le véritable point fort de l'arrangement, créant une texture sonore à la fois simple et luxuriante. Plant, quant à lui, délivre une performance vocale empreinte de mélancolie, souvent citée comme une de ses plus belles. L'anecdote veut que la chanson ait été inspirée par Joni Mitchell. La phrase « I've seen a lady who knows all that glistens is gold » (J'ai vu une dame qui sait que tout ce qui brille est de l'or) est une pique affectueuse à Neil Young et à son titre "Heart of Gold" (mais aussi un clin d'œil à Tolkien, comme souvent chez Plant).

🌄 Une colline dans la montagne des rêves - Le Chef-d'Œuvre Acoustique

“Going to California” n’est pas un sommet bruyant — c’est une clairière. Il occupe une place unique dans l’œuvre de Led Zeppelin : celle du murmure, du repli, de l’intime. Dans le cadre de la Playlist 2, il agit comme un souffle, une pause, une invitation à écouter autrement. Il transmet une mémoire fragile, mais tenace — celle d’un homme en quête de lumière, d’une muse, d’un ailleurs. C'est un joyau au sein de l'album Led Zeppelin IV et de leur discographie globale. Bien que souvent éclipsé par la grandeur de "Stairway to Heaven", il est tout aussi crucial pour établir le groupe comme des maîtres de l'équilibre stylistique. Ce morceau a permis à Led Zeppelin de s'affranchir définitivement de l'étiquette de "groupe de heavy blues", prouvant qu'ils pouvaient exceller dans n'importe quel registre. Il reste un pilier des performances acoustiques en tournée et un témoignage intemporel de la beauté épurée dans le rock. 


Fiche signalétique 

🎼 Playlist 2 – Morceau 17 - Slow yourself down (late night version) - Camel

  • 📀 Album : The Paris Collection
  • 🏷️ Label : Camel Productions – CP-011CD
  • 🎼 Auteur : Andrew Latimer
  • 🎼 Compositeur : Andrew Latimer, Andy Ward
  • 📍 Studio d'enregistrement : Captation live au Bataclan (Paris, 1996)
  • 🎛️ Production : Ce morceau a été produit par Andrew Latimer, fondateur et guitariste de Camel, dans le cadre de la série Official Camel Bootleg publiée par le label indépendant Camel Productions. En tant que producteur artistique, Latimer orchestre ici une relecture introspective du morceau original, captée en concert au Bataclan (Paris, 1996) et publiée en 2001 sur l’album The Paris Collection.
  • 🎙️ Interprètes principaux : Andrew Latimer (guitare accoustique, chant), Guy LeBlanc (claviers), Colin Bass (basse), Denis Clement (batterie)
  • 📝 Note artistique : Version ralentie et introspective du morceau fondateur de Camel, captée en live et publiée en bonus. Absence du solo de guitare remplacée par un phrasé clavier suspendu. Atmosphère nocturne, sincère, méditative. Cette relecture transforme un morceau de blues-rock progressif fougueux de 1973 en une ballade intimiste. Elle met en valeur la maturité vocale de Latimer et la beauté méditative du phrasé au clavier.

Respirer avant le final - La sérénité des marges

🎧 Ce que ce morceau incarne

Une invitation à ralentir, à accompagner l’autre dans sa quête intérieure. Le morceau incarne la patience, la douceur, la sincérité. Il transforme la fougue de 1973 en contemplation mature, fidèle à l’évolution du groupe. Cette version "Late Night" incarne la philosophie que l'on ne trouve pas toujours l'apaisement dans l'intensité. Elle représente un **point de repos** émotionnel, une confession murmurée. La guitare acoustique et le clavier en retrait créent une atmosphère où l'honnêteté du chant prime sur la démonstration technique. C'est l'essence du rock progressif ramenée à sa forme la plus humaine et réconfortante.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Placé en avant-dernier dans la Playlist 2, ce morceau offre une respiration nécessaire après l’intensité du titre 16 (Led Zeppelin). Il prépare le terrain pour le final, en imposant un moment de vérité : ralentir pour mieux transmettre. Le Morceau N°17 a une fonction précise dans la Playlist 2 : agir comme une **zone tampon** essentielle. Après les explorations et les complexités des titres précédents, il impose un ralentissement, une respiration. Choisir cette version rare de Camel juste avant le grand final permet de recalibrer l'écoute, de s'éloigner des épopées pour se concentrer sur l'introspection. C'est un rappel que le chemin vers demain nécessite de "ralentir" et d'accompagner ceux qui nous sont chers, un message parfait pour préparer la cloture d'une compilation.

J'ai choisi ce morceau, à l'instar du titre Hotel California qui proposait une version accoustique du chef d'oeuvre des Eagles dans la compil 1, pour inviter le visiteur à s'intéresser à l'évolution qu'un morceau de musique peut présenter lors de son existence et à visualiser les mécanismes qui peuvent lui permettre de survivre à lui-même !!! Ce n'est pas une reprise, me direz vous, car c'est le même groupe qui l'interprète et vous avez mille fois raison !!! Mais si l'on se penche sur le line up, on peut se rendre compte que le personnel crédité pour le morceau originel a presque totalement disparu car on ne retrouve qu'Andrew Latimer, membre fondateur et guitariste leader, ce qui permet une lecture différente !!! Il est trés fréquent qu'un morceau soit remanié et vive une seconde, troisième jeunesse et plus au gré de l'évolution d'un groupe et de ses protagonistes comme, par exemple le morceau Money de Pink Floyd qui a pris des accents reggae aprés le départ de Roger Waters et de son remplacement par Guy Pratt !!! Il existe de multiples procédés pour travailler un morceau comme les remasters, remix et autres constructions comme le procédé unplug basé sur un concept plus accoustique. Cette ballade intimiste fait écho au précédent morceau qui sonnait plus folk et amorce la conclusion de cette compil dans une progression de l'intensité émotionnelle !!!

Une relecture suspendue - Du blues-rock à la contemplation

La version “Late Night” de *Slow Yourself Down* se distingue par son tempo ralenti, son chant posé, et l’absence du solo de guitare remplacé par un phrasé clavier signé Guy LeBlanc. Le morceau devient une ballade nocturne, où la guitare accompagne sans dominer, et où la voix de Latimer se fait confidentielle. Le texte (“They tell me you're searching…”) prend une dimension intime, presque murmurée. Le morceau devient un espace de réconciliation, loin des démonstrations progressives classiques. L'analyse de cette version de 1996 révèle un décalage complet par rapport au tempo et à l'instrumentation de 1973. Le pont jazz-fusion vif de l'original est omis, remplacé par une transition douce menée par le clavier de Guy LeBlanc. L'absence de solo de guitare enflammé est un choix artistique fort : il souligne que l'objectif n'est plus la virtuosité instrumentale, mais le service du texte. La simplicité du phrasé au clavier, qui s'étire en coda, accentue l'ambiance nocturne, transformant le morceau en une berceuse pour âmes fatiguées.

Le souffle avant la fin - L'élégance du ralentissement

Ce morceau scelle l’avant-dernier pas de la Playlist 2. Il rappelle que le progressif peut être humain, émotionnel, et discret. Il offre une pause, une respiration, une promesse : “Just slow yourself down, I’m coming along.” C’est la beauté du geste musical quand il devient transmission. Cette version de "Slow Yourself Down" est la démonstration élégante que l'évolution artistique de Camel a toujours été guidée par l'émotion. Elle résume l'impact du morceau : l'invitation à la patience, à la recherche d'un "paradis personnel" (la *summertime land*) que l'on ne peut atteindre qu'en prenant son temps. Ce titre confidentiel, placé en avant-dernière position, offre l'ultime moment de vérité avant que la Playlist 2 ne se conclue par son titre final. Cette relecture est aussi une version perfectionniste qui célèbre la maturité de ce groupe cinquantenaire !!!


Fiche signalétique 

🎼 Playlist 2 – Morceau 18 - Life on Mars ? - David Bowie

  • 📀 Album : Hunky Dory (1971)
  • 🏷️ Label : RCA Records
  • 🎼 Auteur : David Bowie
  • 🎼 Compositeur : David Bowie
  • 📍 Studio d'enregistrement : Trident Studios, Londres
  • 🎛️ Production : Ken Scott & David Bowie
  • 🎙️ Interprètes principaux : David Bowie (chant), Mick Ronson (guitare, arrangements), Trevor Bolder (basse), Mick Woodmansey (batterie)
  • 🎹 Musiciens additionnels : Rick Wakeman (piano)
  • 📝 Note artistique : Une fresque glam baroque, où Bowie détourne les codes de la variété pour en faire une satire cinématographique et poignante. Le piano de Wakeman, les arrangements de cordes de Ronson, et la voix de Bowie forment un triptyque dramatique, ironique, et sublime. Un chef-d'œuvre de théâtralité baroque, combinant mélodie et crescendo orchestral dramatique.

🎭 Théâtre intérieur en technicolor - Un Mélodrame Hollywoodien et Rêveur

🎧 Ce que ce morceau incarne

“Life on Mars?” est une scène mentale, un opéra miniature où Bowie peint le désenchantement adolescent face à un monde saturé d’images. C’est une chanson de cinéma, de télévision, de rêve brisé — un collage surréaliste porté par une orchestration grandiose et une voix qui vacille entre sarcasme et tendresse. Le morceau incarne la déception face à la réalité américaine, enveloppée dans le glamour cinématographique et une structure musicale ambitieuse. C'est une réflexion mélancolique sur l'aliénation de la culture de masse et le désenchantement d'un spectateur.

💡 Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Parce qu’il faut un moment où le masque tombe, où le freak devient prophète. “Life on Mars?” est ce moment. Il incarne la tension entre spectacle et solitude, entre dérision et beauté. Il est le miroir inversé de Ziggy, le cri avant la chute. Choisi pour sa richesse émotionnelle et sa complexité structurelle, il représente l'apogée de Bowie comme auteur-compositeur mélodique, juste avant son basculement vers le Glam Rock pur de Ziggy Stardust. Il est toujours pertinent pour son commentaire sur le rêve américain et l'évasion par l'imaginaire.

David Bowie n'est un inconnu pour personne et il incarne, à la suite de Camel, un point d'ancrage pour les visiteurs attachés aux valeurs qu'ils connaissent !!! Cela dit, il est vrai aussi que ce morceau n'a pas eu la promotion dont il aurait dû bénéficier ni la popularité de Let's dance car il aborde des sujets trop profonds que le grand public pourrait rejeter d'office !!! Pour les éditeurs, la musique doit être légère et distrayante, pas plus !!! Heureusement, La banque postale en a fait la mélodie de sa campagne publicitaire pendant quelques temps, ce qui a contribué à séduire le public français !!!

🔍 Anatomie d’un mirage - L'Échappatoire par l'Écran d'Argent

Le morceau s’ouvre sur un piano en cascade, inspiré de “My Way” (adapté de “Comme d’habitude”), que Bowie avait tenté d’adapter avant que Paul Anka ne le devance. Il en fait ici une parodie sublime. Les accords sont complexes, modulants, presque labyrinthiques. Les paroles sont un collage de références pop, politiques, absurdes — une “freak show” où l’héroïne regarde le monde s’effondrer sur l’écran d’argent. Rick Wakeman, futur Yes, donne au morceau sa colonne vertébrale pianistique. Mick Ronson orchestre les cordes avec une intensité dramatique rare. Bowie, lui, chante comme s’il se retenait de pleurer — ou de rire. L'analyse révèle une construction en crescendo. La mélodie de piano (jouée en grande partie par Rick Wakeman) est initialement simple et plaintive. La puissance de la chanson réside dans l'arrivée des arrangements de cordes (orchestrés par Mick Ronson), qui transforment la ballade intimiste en explosion symphonique. Les paroles interrogent une jeune fille déçue par un film, utilisant des références à Hollywood pour critiquer la superficialité. Le titre est une quête d'un monde meilleur.

🌌 L’étoile avant l’éclipse - L'Héritage d'une Ballade Anti-Pop

“Life on Mars?” est un pivot dans l’œuvre de Bowie. Il annonce Ziggy sans le costume, Berlin sans l’exil, Blackstar sans la mort. C’est une chanson qui ne cherche pas de réponse — elle pose la question, et c’est suffisant. Dans la Playlist 2, elle est le miroir de l’illusion, le théâtre de l’âme, le moment où la transmission devient lucide. Elle reste l'une des chansons les plus célèbres et les plus durables de David Bowie. Elle a établi son statut d'auteur-compositeur capable d'allier la profondeur thématique à la complexité musicale. Sa capacité à raconter une histoire avec des métaphores cinématographiques tout en naviguant entre le style Broadway et le rock progressif a fait de ce titre une œuvre intemporelle. Il confirme la maîtrise artistique de Bowie avant l'ère Ziggy Stardust.


💡 Philosophie d’écoute

Généralement, on écoute la musique à la radio ou sur des supports anciens comme les électrophones ou les lecteurs de cassettes — parfois amplifiés et édulcorés par des procédés comme la stéréo, le Dolby ou l’appui d’un égaliseur intégré à une chaîne HiFi. Une impédance de 8 ohms et une bande passante située entre 20 et 20 000 hertz sont conseillées si l’on veut percevoir toutes les nuances de nos écoutes.

Aujourd’hui, la technique a évolué, mais les « appareils » que l’on utilise semblent avoir perdu en qualité. Un iPhone sophistiqué, une enceinte Bluetooth ou un ordinateur portable ne sont pas équipés des mêmes potentiels et nous privent d’une qualité essentielle pour prétendre à une écoute optimale. Heureusement, il est souvent possible de brancher un casque — à condition qu’il réponde aux mêmes normes que l’ancienne chaîne HiFi.

Mais le plus important, au-delà des aménagements matériels, demeure la posture. La musique accompagne nos actes quotidiens — ménage, cuisine, sport, trajets en voiture, en trottinette ou à pied — mais peut-on dire pour autant que l’on écoute réellement ? La réponse est non.

La musique est égoïste. Elle ne supporte aucune activité qui détourne l’attention de son écoute. La situation idéale, outre le choix d’un équipement adapté, reste l’inactivité totale, associée à une réception au moyen d’un casque de très bonne qualité.

Je ne suis pas là pour vous obliger à une soumission totale à cette pratique, tout en souhaitant vous délivrer de l’endoctrinement des majors. Ce serait vous libérer d’un côté pour vous contraindre de l’autre — et ce n’est pas ma philosophie.

Cela dit, si vous tentez l’expérience un jour, vous pourriez y découvrir un confort et une qualité de perception qui risqueraient de vous inciter à en faire une habitude — de votre plein gré.











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