SOLLY'S BEARD

Playlist 3 - titre 16 "Solly's Beard" de Yes sur l'album "9012Live: The Solos"



🎧 Introduction

  • Genre musical : Rock progressif instrumental live, solo acoustique virtuose avec influences flamenco, classique et folk. Enregistré lors de la tournée mondiale 90125 de Yes en 1984, ce morceau constitue la contribution personnelle de Trevor Rabin au mini-album "9012Live: The Solos", projet atypique conçu comme vitrine des talents individuels de chaque membre du groupe. Contrairement aux compositions collectives habituelles de Yes, "Solly's Beard" se présente comme une pièce soliste quasi-intégrale pour guitare acoustique, ponctuée discrètement par les nappes synthétiques de Tony Kaye, offrant ainsi un moment de contemplation intimiste au cœur d'une tournée marquée par le gigantisme commercial et la surproduction électronique caractéristiques de l'ère MTV. Cette performance instrumentale, captée le 24 juin 1984 à la Westfalenhalle de Dortmund en Allemagne devant plusieurs milliers de spectateurs, révèle une facette méconnue du guitariste sud-africain, davantage célébré pour ses riffs électriques saturés et ses solos harmonisés que pour sa maîtrise de l'instrument acoustique. Rabin, formé au piano classique dès l'enfance avant de découvrir la guitare à douze ans, mobilise ici l'ensemble de son bagage technique accumulé au fil d'une carrière débutée en 1968 avec The Conglomeration, poursuivie avec le groupe sud-africain Rabbitt dans les années 1970, avant son intégration fracassante dans Yes en 1982-1983.
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  • Album / parution : "9012Live: The Solos" (Atco Records/Atlantic Records, novembre 1985). Mini-album live atypique publié deux ans après le triomphe commercial de "90125" (1983), cet EP constitue un objet éditorial singulier dans la discographie pléthorique de Yes, groupe légendaire du rock progressif britannique dont l'histoire tumultueuse s'étend sur plus de cinq décennies et une vingtaine d'albums studio. Contrairement aux albums live traditionnels qui capturent l'énergie collective d'un groupe en représentation, "9012Live: The Solos" adopte une approche fragmentaire et analytique en isolant les performances solistes de chaque musicien — Jon Anderson au chant, Trevor Rabin à la guitare, Chris Squire à la basse, Tony Kaye aux claviers, Alan White à la batterie — enregistrées lors de dates distinctes de la tournée mondiale 1984. Le titre "Solly's Beard" provient spécifiquement du concert du 24 juin 1984 à Dortmund, alors que d'autres morceaux comme "Hold On" et "Changes" furent captés le 28 septembre 1984 au Northlands Coliseum d'Edmonton au Canada, concert également filmé pour le documentaire vidéo "9012Live" commercialisé parallèlement sur support VHS. Cette stratégie éditoriale éclatée témoigne d'une volonté de documenter exhaustivement la tournée tout en offrant aux fans collectionneurs des moments exclusifs absents du film officiel. L'album se classe modestement à la 44e place du UK Albums Chart britannique et à la 81e position du Billboard 200 américain, performances honorables mais éloignées du succès phénoménal de "90125" qui avait atteint la 5e place aux États-Unis avec plus de trois millions d'exemplaires vendus et un triple disque de platine décerné par la RIAA en 1998. La réédition japonaise de 2009 enrichit le tracklisting original de deux titres bonus — "City of Love" et "It Can Happen" — portant la durée totale à environ quarante-cinq minutes, transformant rétrospectivement ce mini-album en produit plus substantiel pour les marchés asiatiques traditionnellement friands d'éditions augmentées et de versions alternatives.
  • Particularité : "Solly's Beard" représente l'unique contribution acoustique solo de Trevor Rabin au répertoire officiel de Yes, contraste saisissant avec les innombrables pièces acoustiques de son prédécesseur Steve Howe dont les intermèdes contemplatifs — "Clap", "Mood for a Day", "The Clap" — constituaient depuis 1971 des moments emblématiques des concerts du groupe, attendus rituellement par le public comme autant de respirations poétiques au sein de suites progressives souvent marathoniennes. L'arrivée de Rabin en 1982-1983 dans ce qui s'appelait initialement Cinema avant de redevenir Yes marqua une rupture esthétique radicale : là où Howe privilégiait une approche érudite mêlant influences folk celtique, musique baroque et jazz manouche dans la lignée de Django Reinhardt, Rabin apportait un bagage rock sud-africain teinté de hard rock, de pop sophistiquée et de fusion technique héritée de ses années avec Rabbitt. Cette divergence stylistique cristallisa immédiatement les tensions au sein de la communauté des fans puristes qui perçurent l'album "90125" comme une trahison commerciale des idéaux progressifs, reproche injuste tant cet album démontre une sophistication compositionnelle et arrangementale comparable aux chefs-d'œuvre des années 1970 malgré une production résolument contemporaine signée Trevor Horn. "Solly's Beard" fonctionne ainsi comme un pont symbolique entre deux ères de Yes, Rabin s'appropriant le format du solo acoustique cher à Howe tout en lui insufflant une personnalité radicalement différente : tempos plus rapides, arpèges flamenco spectaculaires, démonstration technique virtuose privilégiant la vélocité sur la méditation contemplative. Le titre énigmatique "Solly's Beard" — littéralement "la barbe de Solly" en français — d'après son chien Solly. Cette opacité sémantique contraste avec la transparence technique de l'exécution musicale elle-même, tour de force digital capté en conditions live sans possibilité de correction studio, démontrant la maîtrise instrumentale absolue acquise par Rabin au fil de seize années de carrière professionnelle entamée à l'adolescence dans les townships de Johannesburg.
  • Statut : Pièce mineure mais significative dans la discographie tentaculaire de Yes, "Solly's Beard" occupe une position paradoxale : universellement reconnue par les critiques spécialisés et les fans hardcore comme démonstration technique impressionnante de Trevor Rabin, elle demeure largement méconnue du grand public qui découvrit Yes via "Owner of a Lonely Heart" sans nécessairement explorer le catalogue live du groupe. L'album "9012Live: The Solos" lui-même constitue un objet éditorial controversé, certains commentateurs y voyant une opération commerciale opportuniste destinée à rentabiliser une tournée triomphale, d'autres saluant au contraire l'ambition documentaire du projet qui offre une fenêtre inédite sur les talents individuels souvent noyés dans la complexité des arrangements collectifs. Les critiques contemporaines de 1985 se montrèrent globalement tièdes : le magazine Prog Archives nota que "Solly's Beard est intéressant par endroits mais à 4:40, beaucoup trop long", opinion révélatrice d'une époque dominée par MTV où toute pièce excédant trois minutes risquait de perdre l'attention volatile des auditeurs formatés par le clip vidéo. Rate Your Music observa plus charitablement que "le choix par Rabin de la guitare acoustique est notable, son solo remplaçant celui de Steve Howe dont les solos acoustiques étaient (et sont redevenus) un point culminant des spectacles de Yes", soulignant ainsi la dimension successorale et l'ombre portée du prédécesseur illustre. Quarante ans après sa parution, "Solly's Beard" a acquis un statut culte auprès des collectionneurs et des guitaristes techniques fascinés par la vélocité digitale de Rabin, plusieurs vidéos pédagogiques sur YouTube proposant des transcriptions détaillées et des ralentis analytiques pour décortiquer les passages les plus ardus. La pièce figure régulièrement dans les palmarès informels des meilleurs solos acoustiques du rock progressif aux côtés de "Clap" de Steve Howe, "Classical Gas" de Mason Williams ou "Mediterranean Sundance" d'Al Di Meola, témoignage de sa pérennité malgré sa relative confidentialité commerciale.

🪞 Contexte & genèse

Pour appréhender pleinement la genèse de "Solly's Beard" et comprendre pourquoi cette pièce acoustique de moins de cinq minutes revêt une importance symbolique démesurée par rapport à sa modestie formelle, il convient de reconstituer minutieusement le contexte historique extraordinairement complexe qui entoura la résurrection de Yes au début des années 1980, période charnière où le groupe mythique du rock progressif britannique, donné pour mort après l'échec relatif de l'album "Drama" (1980), connut une renaissance commerciale spectaculaire aussi inespérée qu'improbable grâce à l'arrivée providentielle d'un guitariste sud-africain de trente ans quasiment inconnu du public anglo-saxon, Trevor Rabin, dont la rencontre fortuite avec les rescapés du naufrage Yes — le bassiste Chris Squire et le batteur Alan White — allait accoucher de l'album "90125", phénomène planétaire vendu à trois millions d'exemplaires rien qu'aux États-Unis et propulsé par le single "Owner of a Lonely Heart", premier et unique numéro un du Billboard Hot 100 dans toute l'histoire du groupe pourtant vieille de quinze ans en 1983.

L'histoire débute réellement en décembre 1980 lorsque Yes achève sa tournée nord-américaine et britannique de promotion de "Drama", dixième album studio enregistré avec une formation transitoire réunissant Chris Squire à la basse, Steve Howe à la guitare, Alan White à la batterie, ainsi que deux nouveaux venus issus du groupe new wave The Buggles — Trevor Horn au chant et aux basses additionnelles, Geoff Downes aux claviers. Cet album, bien que salué rétrospectivement par les critiques pour son énergie nerveuse et ses arrangements sophistiqués, ne parvint pas à reconquérir le public massif perdu après les départs successifs de Rick Wakeman et Jon Anderson en 1979-1980, figures tutélaires inséparables de l'identité sonore de Yes depuis le début de la décennie précédente. Le groupe se dissout donc officiellement début 1981, chacun repartant vers des projets individuels : Trevor Horn embrasse une carrière fulgurante de producteur qui le mènera à collaborer avec Frankie Goes to Hollywood, Art of Noise, Seal et tant d'autres ; Steve Howe et Geoff Downes co-fondent Asia aux côtés de John Wetton (King Crimson, UK) et Carl Palmer (Emerson Lake & Palmer), supergroupe progressif immédiatement couronné de succès avec un album éponyme multi-platine en 1982 ; Rick Wakeman poursuit sa carrière solo prolifique entamée dès 1973 ; Jon Anderson collabore avec le compositeur grec Vangelis, duo donnant naissance au hit "I Hear You" en 1980.

Restent Chris Squire et Alan White, section rythmique historique de Yes depuis respectivement 1968 et 1972, qui refusent obstinément de baisser les bras et tentent désespérément de maintenir une activité musicale commune. Ils enregistrent ensemble le single de Noël "Run with the Fox" en 1981, morceau anecdotique rapidement oublié, puis explorent diverses pistes de reformation sous des configurations inédites. La plus ambitieuse concerne le projet XYZ — acronyme désignant "eX-Yes & Zeppelin" — qui aurait réuni Squire, White et le guitariste légendaire Jimmy Page dans une improbable fusion hard prog dont les sessions exploratoires de mars 1980 n'accouchèrent finalement d'aucun résultat concret, Page préférant poursuivre son deuil créatif post-Led Zeppelin dans un semi-retrait médiatique. En 1982, le destin intervient sous la forme d'un hasard biographique providentiel : Chris Squire, installé à Los Angeles pour raisons familiales et professionnelles, reçoit par l'intermédiaire de contacts communs dans l'industrie musicale californienne une cassette démo envoyée par un guitariste, chanteur, compositeur et producteur sud-africain en quête de contrat discographique après avoir été brutalement largué par le label Geffen qui jugea son matériau "trop avant-gardiste pour le marché actuel" et lui suggéra condescendantement "d'écrire des chansons qui sonnent davantage comme Foreigner", conseil aussi humiliant qu'absurde pour un musicien de la trempe de Trevor Rabin.

Ce dernier, né le 13 janvier 1954 à Johannesburg en Afrique du Sud dans une famille de musiciens classiques — son père Godfrey était premier violon de l'Orchestre Philharmonique de Johannesburg —, avait reçu une formation pianistique rigoureuse dès l'enfance avant de découvrir la guitare à douze ans sous l'influence conjuguée des Beatles, Jimi Hendrix et Cliff Richard & the Shadows. Enfant prodige formé également à l'orchestration à l'Université de Johannesburg, il démarra sa carrière professionnelle à quatorze ans avec The Conglomeration en 1968, puis connut la célébrité locale avec Rabbitt, groupe de rock progressif sud-africain qui remporta un équivalent du Grammy Award en 1977 pour l'album "A Croak and a Grunt in the Night" co-produit par Rabin lui-même. Rabbitt obtint un contrat de distribution avec le label américain Capricorn mais ne parvint jamais à percer internationalement, victime du boycott culturel pesant sur l'Afrique du Sud de l'apartheid qui rendait quasiment impossible toute tournée européenne ou américaine malgré la qualité musicale indiscutable des productions. Frustré par ce plafond de verre géographique, Rabin émigra à Londres en 1978 où il enregistra son premier album solo "Beginnings" (commercialisé simplement sous le nom "Trevor Rabin" avec un tracklisting légèrement différent selon les territoires), puis deux autres albums pour le label Chrysalis avant d'être approché par Geffen pour un deal d'écriture et de développement artistique qui nécessita son déménagement à Los Angeles.

La cassette démo écoutée par Chris Squire en 1982 contenait notamment des ébauches de ce qui deviendrait "Owner of a Lonely Heart", "Changes", "Hold On", compositions rejetées par Geffen mais qui frappèrent immédiatement Squire par leur sophistication harmonique, leur sens mélodique acéré et leur potentiel commercial évident. Rabin possédait exactement ce que Squire recherchait : un talent compositionnel hors norme doublé d'une polyvalence instrumentale rare — guitare électrique et acoustique, basse, claviers, chant — héritée de ses années sud-africaines où l'isolement géographique imposait aux musiciens locaux de maîtriser plusieurs instruments faute de collaborateurs disponibles. Les deux hommes se rencontrèrent, congénièrent instantanément, et décidèrent d'unir leurs forces avec Alan White pour former un nouveau groupe baptisé Cinema, nom choisi pour marquer symboliquement la rupture avec le passé Yes et éviter les comparaisons inévitables avec la période glorieuse 1970-1977. Ils recrutèrent Tony Kaye, claviériste original de Yes viré en 1971 après l'album "The Yes Album" et remplacé par Rick Wakeman, qui n'avait cessé depuis de ruminer amèrement son éviction malgré une carrière solo respectable avec Badfinger et Detective. Trevor Horn fut approché pour la production, son expérience récente avec "Drama" garantissant une familiarité avec l'univers sonore Yes, et le matériau composé majoritairement par Rabin commença à prendre forme en studio au cours de huit mois intenses de travail entre la fin 1982 et le printemps 1983.

La suite des événements tient du conte de fées improbable parsemé d'embûches bureaucratiques et de conflits d'ego. Au printemps 1983, alors que l'album Cinema approche de l'achèvement, Chris Squire croise par hasard Jon Anderson lors d'une soirée mondaine à Los Angeles et, pris d'une impulsion nostalgique, lui fait écouter les bandes en cours. Anderson, subjugué notamment par "Leave It" qu'il juge "absolument brillant", demande à rejoindre le projet. Sa présence change immédiatement la donne : avec quatre anciens membres de Yes (Anderson, Squire, White, Kaye) réunis autour des compositions de Rabin, le groupe Cinema devient de facto une reformation de Yes, que Rabin le veuille ou non. Ce dernier résiste initialement farouchement, craignant légitimement d'être perçu comme le simple remplaçant de Steve Howe plutôt que comme membre à part entière d'un groupe nouveau, mais finit par accepter sous la pression conjuguée du label Atlantic/Atco Records — qui flaire le jackpot commercial d'une reformation Yes — et de ses partenaires eux-mêmes convaincus que le nom Yes constitue un atout marketing inestimable. Plusieurs autres groupes nommés Cinema menacent simultanément d'intenter des procès pour usage abusif du nom, argument juridique supplémentaire plaidant pour un retour à l'appellation Yes. Le nom Ice est brièvement envisagé avant que la raison pragmatique ne l'emporte définitivement.

Le changement de nom s'accompagne de turbulences humaines considérables. Tony Kaye, déjà fragile psychologiquement après vingt ans d'errance post-Yes, entre en conflit ouvert avec Trevor Horn qui juge ses parties claviers insuffisamment modernes et sophistiquées pour un album destiné à concurrencer les productions pop-rock rutilantes de 1983 — année dominée par Michael Jackson ("Thriller"), The Police ("Synchronicity") et justement Asia ("Alpha"). Horn suggère poliment mais fermement à Kaye de quitter temporairement le projet le temps des enregistrements, proposition que l'intéressé perçoit légitimement comme une humiliation supplémentaire. Kaye claque la porte, laissant Rabin et Horn — ce dernier excellent claviériste formé au sein de Buggles — assurer l'essentiel des parties claviers de l'album, Rabin jouant même davantage de synthétiseurs que de guitares sur certains morceaux tant sa polyvalence instrumentale s'avère providentielle. Eddie Jobson, virtuose des claviers passé par Roxy Music, Frank Zappa et UK où il côtoya notamment John Wetton et Allan Holdsworth, est approché pour la tournée et accepte, apparaissant même dans le clip vidéo de "Owner of a Lonely Heart" réalisé par Storm Thorgerson. Mais les tiraillements politiques internes au management du groupe, associés à l'ego froissé de Jobson qui n'a pas participé aux sessions studio de "90125" et refuse catégoriquement de partager les claviers live avec Kaye si ce dernier revient, provoquent son départ précipité après seulement trois mois de répétitions intensives.

Brian Lane, manager historique de Yes depuis les débuts, parvient finalement à négocier le retour de Tony Kaye pour la tournée moyennant des concessions financières et une réhabilitation symbolique publique. Kaye accepte, avalant sa fierté pour ne pas manquer le train d'une reformation qui s'annonce triomphale. L'album "90125" — titre énigmatique correspondant simplement au numéro de catalogue 90125 attribué initialement par Atco Records, puis conservé comme nom définitif dans un geste minimaliste typiquement années 1980 après qu'une erreur administrative ait rendu indisponible le numéro 90104 initialement prévu — sort le 7 novembre 1983 et explose littéralement tous les plafonds commerciaux : cinquième place du Billboard 200 américain, seizième place du UK Albums Chart britannique, triple disque de platine RIAA, plus de cinq millions d'exemplaires vendus mondialement. "Owner of a Lonely Heart" devient le 14 janvier 1984 le premier et unique numéro un de Yes dans le Billboard Hot 100, exploit inimaginable pour un groupe de rock progressif réputé hermétique et élitiste, restant au sommet deux semaines consécutives avant d'être détrôné par "Karma Chameleon" de Culture Club. Les singles suivants — "Leave It", "It Can Happen", "Changes" — se classent honorablement dans le top ten des charts rock, confirmant que "90125" n'était pas un coup de chance isolé mais bien une réinvention réussie du son Yes pour l'ère MTV.

Le succès commercial phénoménal impose mécaniquement l'organisation d'une tournée mondiale d'envergure, la plus ambitieuse jamais entreprise par Yes depuis les tournées stadiums de 1977-1978. Entre février 1984 et novembre 1985, le groupe enchaîne plus de cent cinquante dates à travers l'Amérique du Nord, l'Europe, le Japon et l'Amérique Latine, jouant devant des audiences massives dans des arenas et amphithéâtres de dix à vingt mille places, remplissage systématique témoignant de l'appétit retrouvé du public pour Yes. La scénographie, conçue par des spécialistes des concerts stadium, privilégie le gigantisme spectaculaire typique des années 1980 : scène circulaire centrale permettant une visibilité à 360 degrés, batteries de projecteurs asservissants, écrans vidéo géants diffusant des images psychédéliques synchronisées avec la musique, effets pyrotechniques ponctuant les climax orchestraux. Le setlist mêle habilement morceaux de "90125" et classiques du répertoire 1971-1977 réarrangés selon l'esthétique Rabin — "Yours Is No Disgrace", "I've Seen All Good People", "Starship Trooper", "And You and I", "Roundabout" —, démontrant que le nouveau Yes n'a aucune honte à assumer son héritage glorieux tout en le réinventant audacieusement.

C'est dans ce contexte de triomphe commercial et de validation publique massive que s'inscrit l'enregistrement du concert de Dortmund le 24 juin 1984. La Westfalenhalle, salle polyvalente de la Ruhr inaugurée en 1952 et régulièrement utilisée pour les concerts rock depuis les années 1960, accueille environ dix mille spectateurs pour cette soirée retransmise ultérieurement en différé par la radio allemande RKO FM. Le concert, l'un des jalons européens d'une tournée essentiellement nord-américaine, bénéficie d'une captation audio professionnelle de haute qualité commanditée par Atlantic Records qui envisage déjà la commercialisation d'un produit live pour capitaliser sur le succès de "90125". À mi-parcours du spectacle, après "I've Seen All Good People" et avant "Changes", intervient le moment ritualisé des solos individuels où chaque membre du groupe dispose de quelques minutes pour démontrer sa virtuosité technique en conditions live, tradition héritée des concerts prog années 1970 où Rick Wakeman déployait régulièrement ses cathédrales de claviers pendant quinze minutes ininterrompues tandis que les autres musiciens prenaient une pause bien méritée en coulisses.

Trevor Rabin, conscient qu'il remplace symboliquement Steve Howe dont les solos acoustiques — "Clap", "Mood for a Day" — constituant depuis 1971 des moments emblématiques attendus religieusement par les fans puristes, choisit délibérément d'occuper ce créneau acoustique tout en lui insufflant une personnalité radicalement différente. Là où Howe privilégiait une approche méditative et érudite mêlant influences folk celtique, musique baroque et jazz manouche dans la lignée de Django Reinhardt, Rabin apporte son bagage sud-africain teinté de flamenco espagnol, de guitare classique virtuose et de démonstration technique spectaculaire privilégiant la vélocité digitale sur la contemplation poétique. "Solly's Beard", composition originale écrite spécifiquement pour ce slot de concert, offre ainsi quatre minutes quarante-cinq secondes d'exhibition pure et assumée : arpèges descendants fulgurants, passages en trémolo évoquant les rasgueados flamenco, harmoniques naturelles cristallines, modulations harmoniques audacieuses explorant des tonalités éloignées, tout cela exécuté avec une précision chirurgicale malgré la pression psychologique considérable d'une performance solo devant dix mille personnes sans aucun filet de sécurité électronique ni possibilité de correction post-production. Tony Kaye intervient discrètement avec quelques nappes synthétiques éthérées qui enveloppent les arpèges de guitare sans jamais les étouffer, ajoutant une profondeur atmosphérique bienvenue tout en respectant scrupuleusement le primat absolu de l'instrument à cordes.

La captation de Dortmund révèle un détail scénographique fascinant rapporté par plusieurs témoins oculaires présents ce soir-là : Rabin portait un costume entièrement rouge écarlate, scène plongée dans l'obscurité à l'exception d'un unique projecteur jaune focalisé sur lui, créant ainsi un tableau visuel frappant amplifiant considérablement l'impact dramatique de la performance. Cette mise en scène soignée témoigne de la compréhension intuitive par Rabin et le management de Yes des codes du spectacle rock années 1980 où la dimension visuelle rivalisait désormais avec la dimension purement musicale, MTV ayant définitivement bouleversé les attentes du public en transformant chaque concert en expérience multisensorielle totale. Le public allemand, traditionnellement connaisseur et exigeant en matière de rock progressif — l'Allemagne constituait depuis les années 1970 le deuxième marché européen de Yes après la Grande-Bretagne —, réserve à "Solly's Beard" une ovation chaleureuse audible sur l'enregistrement, applaudissements spontanés ponctuant la fin de la pièce avant que le reste du groupe ne revienne sur scène pour enchaîner avec "Changes".

🎸 L'album controversé et le contexte de sortie

9012Live: The Solos est l'un des albums les plus controversés de la discographie de Yes. Sorti le 7 novembre 1985 par Atco Records, ce mini-LP de seulement 33 minutes est conçu comme un companion piece du film concert 9012Live, réalisé par Steve Gottenburg avec plus de 60 effets visuels dernier cri. Le film, nominé pour divers prix, capture la tournée 90125 dans toute sa splendeur high-tech.

Mais l'album, lui, fait un choix éditorial étrange : plutôt que de présenter un concert complet ou une sélection des meilleurs morceaux du groupe, il se concentre sur les solos de chaque membre. La tracklist comprend :

  • Face A :
    • "Hold On" (avec intro de batterie d'Alan White) - morceau complet du groupe
    • "Si" - solo de synthétiseur et orgue de Tony Kaye (citant la Toccata et Fugue en ré mineur de Bach)
    • "Solly's Beard" - solo de guitare acoustique de Trevor Rabin
    • "Soon" - Jon Anderson accompagné de Tony Kaye aux claviers (arrangement de la section finale de "The Gates of Delirium" de 1974)
  • Face B :
    • "Changes" - morceau complet du groupe
    • "Amazing Grace" - interprétation de Chris Squire à la basse
    • "Whitefish" - instrumental de Chris Squire et Alan White (médley d'éléments de "The Fish", "Tempus Fugit" et "Sound Chaser")

La plupart des morceaux ont été enregistrés le 28 septembre 1984 au Northlands Coliseum d'Edmonton, Alberta, Canada, dans le cadre de la bande-son du film. Seuls "Si", "Solly's Beard" et "Soon" proviennent du concert de Dortmund du 24 juin 1984.

La réaction des fans et critiques est mitigée, voire négative. 33 minutes pour un album live à l'époque du CD (qui peut contenir 74 minutes) ? C'est perçu comme un "foutage de gueule" par beaucoup. Les critiques soulignent que les solos sont intéressants pendant un concert - moment pour aller chercher une bière ou discuter avec des amis - mais les avoir sur disque ? C'est une autre histoire. Un critique de ProgArchives résume : "Je ne trouve aucune raison pour quiconque d'acheter cet album, à moins d'être dans les catégories collectionneurs/fans/complétistes."

Cependant, certains défendent l'album pour sa valeur de showcase technique. "Solly's Beard" est régulièrement cité comme le meilleur des solos, même si un critique note qu'à 4:40, c'est "trop long". Le choix de Trevor Rabin d'utiliser une guitare acoustique est souligné comme notable, puisque son solo remplace celui de Steve Howe, dont les solos acoustiques étaient (et sont redevenus) un moment fort des concerts Yes.

🎸 Version originale et évolutions (en vidéos)

La nature même de "Solly's Beard" — solo acoustique éphémère conçu pour un contexte scénique spécifique, jamais enregistré en studio dans des conditions contrôlées, dépourvu de version canonique de référence — complique considérablement l'établissement d'une chronologie évolutive traditionnelle. Contrairement aux compositions de Yes habituellement peaufinées méticuleusement en studio puis adaptées sur scène avec variations d'interprétation selon les soirs, "Solly's Beard" fut créé directement pour et par le concert, son existence discographique ne résultant que d'une captation fortuite documentaire plutôt que d'une intention compositionnelle préméditée. Cette inversion du processus créatif habituel — du live vers le studio plutôt que l'inverse — confère à la pièce un statut ontologique particulier dans la discographie de Yes, davantage document ethnographique témoignant d'un moment historique précis que composition achevée destinée à la postérité.

Néanmoins, plusieurs versions live de "Solly's Beard" circulèrent au fil des décennies suivantes, permettant de mesurer l'évolution de l'approche interprétative de Rabin vis-à-vis de cette pièce initiale. Durant toute la tournée 90125 entre février 1984 et novembre 1985, Rabin exécuta quotidiennement son solo acoustique, chaque soir variant subtilement les ornementations, les tempos, les dynamiques selon son inspiration du moment et l'ambiance spécifique de la salle. Des enregistrements pirates captés par des fans munis de magnétophones analogiques dissimulés attestent de cette variabilité : le concert du 7 mai 1984 au Brendan Byrne Arena d'East Rutherford dans le New Jersey révèle une version légèrement plus longue (cinq minutes) avec davantage d'improvisations modales au milieu de la pièce ; le concert du 28 septembre 1984 au Northlands Coliseum d'Edmonton au Canada — celui filmé pour le documentaire vidéo "9012Live" bien que "Solly's Beard" n'apparaisse pas dans le montage final du film — propose une exécution plus nerveuse et tendue, probablement influencée par le stress additionnel des caméras omniprésentes. Ces variations micro-interprétatives, invisibles sur partition mais audibles à l'écoute attentive des enregistrements comparés, témoignent de la nature fondamentalement performative et improvisée du solo acoustique rock, genre musical où la spontanéité créative prime sur la reproduction mécanique d'un texte figé.

Après la dissolution de facto de cette incarnation de Yes en 1995 suite aux tensions croissantes entre membres culminant lors de l'album "Talk" (1994) et de sa tournée éprouvante, Trevor Rabin entama une carrière solo fructueuse doublée d'une activité intense de compositeur pour le cinéma hollywoodien, signant notamment les bandes originales de blockbusters produits par Jerry Bruckheimer — "Armageddon" (1998), "Ennemi d'État" (1998), "60 secondes chrono" (2000), "Bad Boys II" (2003). Durant cette période 1995-2015, Rabin n'interpréta quasiment plus aucun morceau de Yes publiquement, se concentrant exclusivement sur son travail de studio et refusant systématiquement les sollicitations pour participer à diverses reformations du groupe pourtant lucratives. Ce n'est qu'en 2003 qu'il publia "Live in L.A.", album live enregistré au mythique Roxy Theatre de Los Angeles fin 1989 en tout petit comité devant une centaine de spectateurs triés sur le volet, concert intime offrant une relecture acoustique et dépouillée de son répertoire solo et Yes. Cet album contient une version de "Solly's Beard" d'une durée de 4:42, quasiment identique à l'original de 1984 mais bénéficiant d'une prise de son audiophile infiniment supérieure à la captation live en conditions de concert stadium, révélant des détails techniques — attaques précises des cordes, harmoniques subtiles, respirations entre les phrases — inaudibles sur les enregistrements antérieurs noyés dans le brouhaha ambiant des foules massives.

La résurrection la plus spectaculaire survint en 2016-2017 lors de la reformation du trio Jon Anderson / Trevor Rabin / Rick Wakeman sous l'acronyme ARW, baptisé ultérieurement "Yes Featuring Jon Anderson, Trevor Rabin, Rick Wakeman" après pressions juridiques du camp Yes officiel dirigé par Steve Howe refusant catégoriquement toute utilisation non autorisée du nom Yes. Cette tournée mondiale célébrant le cinquantième anniversaire du groupe original permit à Rabin de réinterpréter quotidiennement son répertoire Yes 1983-1994, incluant sporadiquement "Solly's Beard" lorsque le contexte s'y prêtait. Les captations fan circulant sur YouTube révèlent un Rabin sexagénaire toujours techniquement impressionnant malgré l'inévitable usure digitale liée à l'âge, conservant l'essentiel de sa vélocité juvénile tout en enrichissant son interprétation d'une maturité émotionnelle acquise au fil de quatre décennies de carrière. L'intronisation de Yes au Rock and Roll Hall of Fame en avril 2017 réunit symboliquement sur scène l'ensemble des incarnations du groupe — Anderson, Squire (décédé en 2015, représenté par son remplaçant Billy Sherwood), Rabin, Howe, Wakeman, White, Bruford — offrant aux fans le spectacle surréaliste d'une réconciliation partielle après des années de guérillas juridiques et de déclarations médiatiques acerbes. Cette soirée historique ne comporta malheureusement aucun solo acoustique, les organisateurs privilégiant logiquement les hymnes collectifs fédérateurs au détriment des démonstrations individuelles.

Vidéos disponibles :

La documentation vidéographique de "Solly's Beard" s'avère paradoxalement lacunaire pour une pièce issue de la tournée la plus médiatisée et filmée de l'histoire de Yes. Le documentaire vidéo "9012Live" commercialisé sur VHS en 1985 puis réédité en DVD enrichi en 2006 omet délibérément tous les solos individuels, privilégiant les morceaux collectifs et les moments de communion avec le public, stratégie éditoriale compréhensible visant à maximiser l'impact dramatique du film mais privant les collectionneurs d'images officielles haute qualité de ces performances solistes. Cette absence frustrante explique pourquoi l'essentiel de la documentation vidéo disponible provient d'enregistrements amateurs pirates captés clandestinement par des fans équipés de caméras VHS analogiques dissimulées, images souvent tremblotantes, mal cadrées, avec une qualité sonore approximative mais constituant néanmoins des témoignages historiques précieux d'une époque révolue où les smartphones n'existaient pas encore et où filmer un concert nécessitait un courage certain face aux vigiles tatillons des salles.

Conformément à la philosophie de ce blog qui privilégie la mise en lumière d'artistes authentiques parfois injustement sous-diffusés, il convient de noter que la relative rareté des captations vidéo de "Solly's Beard" ne traduit nullement un manque d'intérêt du public mais résulte davantage de choix éditoriaux discutables privilégiant la rentabilité commerciale immédiate sur la documentation exhaustive patrimoniale. Les quelques vidéos circulant sur YouTube et Dailymotion témoignent au contraire de l'attachement persistant des fans à cette pièce mineure mais significative du répertoire Rabin-era Yes.

Il convient également de mentionner l'existence sur Internet Archive de la captation audio intégrale RKO FM du concert de Dortmund du 24 juin 1984, diffusée initialement en différé sur les ondes allemandes puis archivée numériquement par des collectionneurs méticuleux. Cette source, librement accessible en streaming et téléchargement sur archive.org, offre une alternative de qualité comparable à la version commerciale de "9012Live: The Solos" tout en restituant le contexte global du concert complet, permettant d'apprécier comment "Solly's Beard" s'insère organiquement dans la dramaturgie globale du spectacle plutôt que comme pièce isolée extraite artificiellement de son environnement narratif naturel.

🎼 Analyse musicale

  • Structure : Architecture formelle relativement traditionnelle pour un solo acoustique de guitare, articulée autour d'une succession de sections thématiques contrastées reliées par des transitions modulantes, le tout s'inscrivant dans une durée totale de 4 minutes 45 secondes, format compact imposé par les contraintes pratiques du concert live où un solo instrumental dépassant cinq minutes risquerait de lasser l'attention volatile d'un public stadium habitué aux formats radio calibrés MTV. La pièce débute par une introduction exposant le motif thématique principal en arpèges descendants, cellule mélodico-harmonique de quatre mesures en mi mineur qui établit immédiatement l'atmosphère contemplative tout en annonçant subliminalement la virtuosité technique à venir via la vélocité digitale déjà perceptible dès ces premières secondes. Cette introduction, d'une durée approximative de trente secondes, fonctionne comme un préambule poétique invitant l'auditeur à quitter temporairement l'univers saturé et électrifié du concert rock pour pénétrer dans une bulle acoustique intimiste, micro-cosmos sonore où règnent la délicatesse du bois vibrant et la fragilité cristalline des cordes nylon ou acier — l'enregistrement ne permet pas de déterminer avec certitude absolue le type de cordes utilisées bien que les harmoniques brillantes suggèrent plutôt de l'acier. Trevor Rabin, formé au piano classique avant d'embrasser la guitare à douze ans, mobilise ici toute sa culture musicale académique pour construire une architecture harmonique sophistiquée évitant soigneusement les clichés progressifs habituels — accords de septième diminuée, progressions modales prévisibles — au profit d'enchaînements plus singuliers empruntant simultanément à la musique baroque (basse obstinée descendante chromatiquement), au flamenco espagnol (rasgueados abrégés suggérés par les accélérations rythmiques soudaines) et au jazz fusion (substitutions tritoniques ponctuelles créant des couleurs harmoniques inattendues).

          Le développement central, cœur nerveux de la composition durant approximativement deux                  minutes trente, explore systématiquement différentes tessitures de l'instrument : registre grave              avec ligne de basse marchante imitant un contrepoint baroque, registre médium où s'épanouit la              mélodie principale portée par des accords arpégés complexes à six notes, registre aigu où éclatent           des harmoniques naturelles et artificielles évoquant les sons de cloche des carillons médiévaux ou           les timbres cristallins du clavecin. Cette exploration systématique des possibilités timbrales de la           guitare acoustique témoigne d'une maîtrise technique absolue de l'instrument, chaque registre                  nécessitant une position de main gauche spécifique et une attaque de main droite adaptée pour              obtenir l'équilibre sonore optimal entre clarté articulatoire et richesse harmonique. Rabin n'hésite           pas à déployer l'arsenal complet des techniques étendues guitaristiques : tapping à deux mains              créant des lignes polyphoniques impossibles en jeu conventionnel, slapping percussif                              transformant ponctuellement la caisse de résonance en instrument de percussion, glissandos                  ascendants et descendants évoquant les sirènes lointaines ou les cris d'oiseaux exotiques. Ces                  effets spéciaux, loin de relever du gadget gratuit destiné à impressionner vulgairement le public,              s'intègrent organiquement dans le discours musical global, chaque intervention justifiée par une              logique narrative interne plutôt que par une volonté exhibitionniste de démonstration technique              pure.

          La section centrale comporte également un passage en trémolo fulgurant d'environ vingt secondes           où la main droite de Rabin exécute des oscillations rapides entre pouce et index créant un effet de           trille continu, technique empruntée directement au répertoire flamenco où elle porte le nom de              trémolo espagnol, consistant à jouer alternativement une note de basse au pouce suivie de trois ou           quatre répétitions de la note aiguë aux doigts annulaire-majeur-index dans un mouvement                      circulaire ininterrompu générant l'illusion acoustique d'un sustain infini alors que les notes                      individuelles sont en réalité très brèves. Cette prouesse, redoutable sur le plan purement                          physiologique — le moindre déséquilibre musculaire produit immédiatement des irrégularités                  rythmiques audibles —, révèle l'influence du flamenco sur la formation guitaristique de Rabin,              influence surprenante pour un musicien sud-africain mais s'expliquant aisément par la présence              historique d'une importante communauté ibérique en Afrique du Sud coloniale ayant importé ses           traditions musicales méditerranéennes. Le trémolo de "Solly's Beard", exécuté en conditions live           sans filet de sécurité ni possibilité de retouche post-production, témoigne d'une maîtrise technique           que seuls quelques guitaristes au monde peuvent revendiquer : Paco de Lucía dans le domaine              flamenco pur, Al Di Meola dans le jazz-fusion, John McLaughlin dans l'avant-garde électrique.

          La réexposition finale, durant environs une minute quinze, reprend le thème initial en le variant              subtilement : tempo légèrement accéléré créant une tension dramatique croissante, ornementation           mélodique enrichie de trilles et mordants suggérant l'urgence émotionnelle, dynamique amplifiée           culminant dans un fortissimo conclusif où tous les registres de l'instrument sont mobilisés                      simultanément dans un accord de mi majeur avec quinte augmentée ajoutant une couleur                          harmonique ambiguë, ni pleinement consonante ni franchement dissonante, laissant l'auditeur sur           une interrogation suspendue plutôt que sur une résolution tonale catégorique. Cette ambiguïté                  conclusive évite intelligemment le piège de la fin tonitruante attendue — roulement de tambour              métaphorique, accord massif plaqué fortissimo — au profit d'une dissolution progressive où les              harmoniques naturelles continuent de résonner plusieurs secondes après l'attaque initiale, créant              un fondu enchaîné acoustique naturel vers le silence précédant le retour du groupe complet et la              reprise du concert électrifié. Tony Kaye, discret durant l'essentiel de la pièce, intervient                          furtivement durant cette coda avec une nappe de synthétiseur Oberheim ou Roland Jupiter-8 —              les timbres analogiques caractéristiques de l'époque rendent l'identification précise malaisée —              créant un halo éthéré qui enveloppe les dernières notes de guitare dans une aura mystérieuse,                  transition symbolique entre l'acoustique et l'électrique, entre l'intimité soliste et la puissance                  collective du groupe reconstitué.

"Solly's Beard" est un tour de force technique de guitare acoustique qui démontre l'étendue des capacités de Trevor Rabin au-delà de son jeu électrique rock sur 90125. Le morceau s'ouvre avec des arpèges rapides qui établissent immédiatement le ton : ce ne sera pas un solo contemplatif à la Steve Howe, mais un exercice de virtuosité pure.

La structure est libre, suivant une forme improvisée typique du jazz fusion. Rabin alterne entre plusieurs sections distinctes :

  • Section d'ouverture (0:00-1:00) : Arpèges rapides en picking alterné, établissant le motif mélodique principal. Influences flamenco évidentes dans les patterns rythmiques et les ornementations.
  • Section médiane (1:00-2:30) : Passages de speed-picking où Rabin démontre sa technique de jeu rapide. Influences Al Di Meola très présentes - ces cascades de notes rapides qui définissaient le guitar hero jazz fusion des années 70. Tony Kaye ajoute des nappes de synthétiseur subtiles qui créent une profondeur harmonique.
  • Section contemplative (2:30-3:20) : Ralentissement du tempo, mélodies plus espacées. Moment de respiration avant l'assaut final. Rabin explore des harmonies plus complexes, démontrant sa maîtrise des accords jazz.
  • Finale (3:20-4:40) : Retour au speed-picking avec intensité accrue. Climax technique où Rabin enchaîne les difficultés : hammer-ons, pull-offs, slides rapides. La pièce se termine sur une résolution harmonique satisfaisante.

Ce qui frappe dans "Solly's Beard", c'est la propreté de l'exécution. Malgré la vitesse vertigineuse de certains passages, chaque note est claire, articulée. C'est le résultat de décennies de pratique - Rabin a commencé le piano classique à 6 ans, la guitare à 12 ans, et était déjà musicien de session recherché en Afrique du Sud à 17 ans. Cette formation classique se ressent dans la structure formelle du morceau et la précision du jeu.

L'influence de John McLaughlin (Mahavishnu Orchestra) et Al Di Meola est indéniable, mais Rabin y ajoute sa propre sensibilité. Là où McLaughlin est spirituel et Di Meola est méditerranéen, Rabin apporte une énergie rock plus directe, moins exotique. C'est du jazz fusion filtré à travers la sensibilité d'un rocker sud-africain ayant grandi en écoutant Hank B. Marvin des Shadows.

L'accompagnement de Tony Kaye est discret mais crucial. Ses nappes de synthétiseur créent un lit harmonique qui empêche le solo de guitare de sonner trop nu. C'est un équilibre délicat : assez de support pour enrichir la texture, mais pas assez pour distraire de la performance de Rabin. Kaye, qui n'était pas particulièrement enthousiaste à l'idée de faire des solos sur scène (comme le notent plusieurs critiques), semble plus à l'aise dans ce rôle de soutien.

  • Ambiance & style : Atmosphère globale oscillant perpétuellement entre contemplation méditative et démonstration technique virtuose, tension dialectique caractéristique du solo instrumental rock où l'interprète doit simultanément servir la beauté intrinsèque de la musique et satisfaire les attentes spectaculaires du public payant venu précisément pour assister à des prouesses d'exception. "Solly's Beard" négocie habilement cet équilibre précaire en alternant sections lyriques privilégiant l'expressivité mélodique — phrases chantantes en registre médium évoquant une voix humaine désincarnée, legato onctueux suggérant les violoncelles baroques — et éclats techniques fulgurants où la vélocité digitale confine à l'acrobatie pure — gammes chromatiques ascendantes à vitesse maximale, sauts intervalliques vertigineux explorant l'intégralité du manche en quelques secondes. Cette alternance structurante évite la monotonie inhérente au format solo instrumental qui, sans vigilance compositionnelle, peut rapidement sombrer dans la répétition mécanique d'exercices techniques dépourvus d'âme musicale véritable. Le style général s'inscrit résolument dans la lignée du guitar hero rock années 1970-1980 — Eddie Van Halen, Steve Vai, Joe Satriani, Yngwie Malmsteen — tout en conservant une élégance mélodique et une sophistication harmonique héritées de la formation classique de Rabin, évitant ainsi le piège de la surenchère technique gratuite où la quantité de notes prime sur leur pertinence musicale intrinsèque.

L'influence du flamenco espagnol transparaît ponctuellement via l'utilisation de rasgueados abrégés — balayages rapides des cinq doigts de la main droite créant des accords explosifs —, de golpes — percussions sur la table d'harmonie imitant les cajones flamenco —, et surtout via l'emploi du mode phrygien caractéristique, échelle modale privilégiée par la musique andalouse traditionnelle dont l'intervalle de seconde mineure entre tonique et sus-tonique génère cette saveur orientale immédiatement reconnaissable évoquant les muezzins arabes et les chants séfarades. Cette coloration exotique, inattendue dans le contexte d'un concert de rock progressif britannique, témoigne de l'éclectisme culturel de Rabin dont la biographie cosmopolite — naissance à Johannesburg, formation musicale européenne classique, carrière sud-africaine puis londonienne puis californienne — a façonné une identité artistique composite refusant l'assignation à une tradition unique. La musique classique européenne affleure également constamment : progressions harmoniques empruntées à Bach (mouvement de basse descendant chromatiquement du premier au cinquième degré), ornementations mélodiques baroques (trilles, mordants, appogiatures), structure formelle ternaire A-B-A' héritée de la sonate classique. Même le jazz fait de brèves apparitions via quelques substitutions d'accords tritoniques créant des couleurs harmoniques inattendues, clin d'œil subtil aux années de formation de Rabin où il accompagnait régulièrement des formations jazz et jazz-rock sud-africaines avant l'aventure Rabbitt.

L'ambiance émotionnelle demeure globalement lumineuse et extravertie malgré la tonalité mineure initiale, évitant soigneusement le pathos romantique et la mélancolie appuyée qui auraient pu facilement dériver vers le sentimentalisme facile. Rabin privilégie l'énergie dynamique positive, le mouvement perpétuel ascendant, la célébration virtuose de la maîtrise instrumentale plutôt que l'introspection tourmentée ou l'épanchement émotionnel narcissique. Cette approche hédoniste et solaire reflète probablement autant le tempérament personnel du musicien — interviews et témoignages concordent pour dépeindre Rabin comme personnalité joviale, optimiste, peu encline au spleen mélancolique — que le contexte spécifique du concert où un solo dépressif et lent risquerait de briser dangereusement l'élan collectif de la soirée. Le public stadium vient chercher l'exaltation, la communion festive, l'évasion cathartique temporaire hors du quotidien prosaïque, pas la confrontation douloureuse avec les abîmes existentiels ou les névroses personnelles. "Solly's Beard", tout en démontrant une sophistication musicale indéniable, assume pleinement cette fonction de divertissement spectaculaire éclairé, refusant la fausse dichotomie entre exigence artistique et plaisir immédiat.

  • Instrumentation : Guitare acoustique non amplifiée électroniquement mais captée via microphones de proximité placés stratégiquement devant la rosace et le chevalet pour obtenir un équilibre tonal optimal entre chaleur des basses et brillance des aigus. L'identification précise du modèle exact de guitare utilisée par Rabin lors du concert de Dortmund s'avère malaisée faute de documentation visuelle haute résolution, mais les caractéristiques sonores audibles sur l'enregistrement — sustain généreux, projection puissante, équilibre tonal homogène entre registres — suggèrent fortement un instrument de facture professionnelle haut de gamme, probablement une Martin D-28 ou D-45 (standards absolus de la guitare acoustique folk depuis les années 1930, privilégiés par des générations de guitaristes du John Denver à Neil Young), ou éventuellement une Taylor — marque californienne émergente dans les années 1980 réputée pour son confort de jeu et sa stabilité d'accordage — voire une guitare classique espagnole de luthier si Rabin cherchait délibérément la sonorité nylon typique du répertoire flamenco et baroque. Les interviews ultérieures de Rabin mentionnent régulièrement une Alvarez signature model développée spécifiquement pour lui dans les années 1990, ainsi qu'une Washburn signature plus récente, mais il est peu probable que ces modèles existassent déjà en 1984. Le plus vraisemblable demeure une guitare empruntée pour l'occasion au backline fourni par le loueur de matériel de la tournée, pratique courante pour les instruments acoustiques rarement utilisés durant le spectacle principal et ne justifiant donc pas le transport d'un instrument personnel précieux exposé aux aléas logistiques d'une tournée mondiale.

Tony Kaye intervient ponctuellement avec des nappes synthétiques discrètes jouées probablement sur un Roland Jupiter-8, Oberheim OB-Xa ou Yamaha DX7 — synthétiseurs analogiques et numériques emblématiques de l'ère 1980-1985 omniprésents dans les productions pop et rock de l'époque. Ces nappes, programmées pour des timbres éthérés évoquant les cordes orchestrales ou les vents lointains, enveloppent les arpèges de guitare dans un halo atmosphérique ajoutant de la profondeur spatiale sans jamais étouffer l'instrument soliste qui demeure constamment au premier plan sonore. L'approche de Kaye témoigne d'une intelligence musicale et d'une humilité ego salutaires : plutôt que de chercher à imposer sa présence ou à rivaliser techniquement avec Rabin, il accepte le rôle serviciel de faire-valoir discret créant un écrin sonore valorisant la guitare. Cette abnégation surprend d'autant plus que Kaye avait précisément été écarté des sessions studio de "90125" pour insuffisance créative selon Trevor Horn, humiliation profonde qui aurait pu légitimement générer ressentiment et sabotage passif-agressif. Au contraire, Kaye démontre ici un professionnalisme exemplaire, preuve que les tensions studio n'affectèrent pas nécessairement les relations humaines en contexte live où prévalent d'autres dynamiques de groupe fondées sur la solidarité professionnelle face aux défis immédiats de la performance publique.

Le positionnement microphonique de la guitare acoustique en conditions concert stadium représente un défi technique considérable souvent sous-estimé par les auditeurs profanes. Contrairement au studio où l'on peut multiplier les prises et ajuster infiniment les placements jusqu'à obtention du timbre idéal, le live impose des contraintes brutales : impossibilité de repositionner les micros entre morceaux sans interrompre le flux du spectacle, larsen potentiels si le volume de retour scénique (les enceintes « monitors » dirigées vers les musiciens leur permettant de s'entendre mutuellement) s'avère excessif, risque d'interférences avec les fréquences basses du système de diffusion principal créant un bourdonnement désagréable masquant les détails subtils. Les ingénieurs son de la tournée 90125, vraisemblablement des professionnels aguerris habitués aux exigences des productions stadium, parvinrent manifestement à négocier victorieusement ces écueils puisque l'enregistrement de Dortmund capte avec une fidélité remarquable l'intégralité du spectre sonore de la guitare, des basses profondes aux harmoniques cristallines en passant par les médiums chauds et enveloppants. Cette réussite technique, invisible aux yeux du public mais déterminante pour la qualité de l'expérience d'écoute, mérite d'être soulignée car elle conditionne directement l'impact émotionnel de la performance : une prise de son médiocre aurait réduit "Solly's Beard" à un exercice technique aride et ennuyeux, là où la captation impeccable révèle toute la richesse expressive et la sensibilité musicale de l'interprétation.

  • Voix : Absence totale de chant, la pièce constituant un pur instrumental où la guitare assume intégralement le rôle mélodique habituellement dévolu à la voix humaine. Cette substitution instrumentale de la voix, tradition ancienne remontant aux origines mêmes de la musique occidentale (les ricercares et fantaisies instrumentales de la Renaissance remplaçaient déjà les polyphonies vocales par des instruments à cordes ou à vent), fonctionne particulièrement bien dans le contexte rock progressif où le groupe Yes avait depuis longtemps démontré sa capacité à créer des textures purement instrumentales denses et narrativement cohérentes — "On the Silent Wings of Freedom" sur l'album "Tormato" (1978), la section instrumentale centrale de "Close to the Edge" (1972). Trevor Rabin, guitariste mais également chanteur talentueux capable d'assurer occasionnellement le chant lead sur certains morceaux de Yes ("Changes", "Shoot High Aim Low"), choisit délibérément ici le mutisme vocal pour laisser parler exclusivement son instrument, décision artistique cohérente avec le format du solo spotlight où chaque musicien démontre sa virtuosité technique sur son instrument de prédilection plutôt que sa polyvalence multi-instrumentale. Néanmoins, la ligne mélodique principale de "Solly's Beard", portée par les arpèges en registre médium, possède indéniablement une qualité vocale, un phrasé « chantant » évoquant une voix humaine désincarnée : respirations implicites entre les phrases musicales, courbes mélodiques épousant les inflexions naturelles de la parole, ambitus restreint privilégiant la tessiture confortable d'un ténor ou baryton plutôt que les sauts intervalliques vertigineux impossibles à chanter. Cette « vocalité » instrumentale, caractéristique du meilleur jeu de guitare lyrique, transforme l'instrument en substitut émotionnel satisfaisant de la voix absente, l'auditeur ne ressentant aucun manque malgré l'absence objective de texte chanté.
  • Solo : Le solo est, comme son nom l'indique, une partie d'un morceau de musique qui propose une improvisation individuelle interprétée par un seul artiste sur un seul instrument ou ensemble d'instruments. Quand une telle pièce est accompagnée par un ou plusieurs autres instruments, elle est qualifiée de chorus même si il y a une domination manifeste. L'intégralité de la pièce constituant elle-même un chorus de guitare, la notion traditionnelle de « chorus » comme moment d'exhibition ponctuel au sein d'une composition collective perd ici sa pertinence habituelle. Néanmoins, on peut identifier au sein de "Solly's Beard" des micro-solos internes, passages d'intensification technique où la virtuosité digitale atteint des paroxysmes démonstratifs dépassant le niveau moyen déjà élevé du reste de la pièce. Le plus spectaculaire survient approximativement à mi-parcours, section de trente secondes où Rabin enchaîne arpèges descendants fulgurants couvrant l'intégralité du manche en quelques mesures, tapping bimanuel créant des lignes polyphoniques impossibles en technique conventionnelle, harmoniques artificielles générant des sons de cloche éthérés évoquant les carillons médiévaux ou les gamelan indonésiens. Cette accumulation vertigineuse de difficultés techniques, exécutée apparemment sans effort malgré la complexité objective des gestes requis, provoque invariablement l'admiration stupéfaite des guitaristes professionnels conscients de l'abîme séparant la conception théorique d'un passage et son exécution pratique impeccable en conditions live devant dix mille personnes sans possibilité de retouche post-production. Les non-guitaristes, bien qu'incapables d'apprécier techniquement la performance, ressentent néanmoins intuitivement l'extraordinaire maîtrise déployée via les ovations spontanées audibles sur l'enregistrement, réaction viscérale universelle face à l'excellence artistique transcendant les barrières culturelles et les connaissances spécialisées.
  • Points saillants : Plusieurs moments particuliers méritent une attention analytique spécifique tant ils cristallisent les qualités exceptionnelles de cette interprétation historique. Le premier survient dès les toutes premières secondes lorsque Rabin, seul sur scène dans un silence religieux troublé uniquement par les respirations collectives de dix mille spectateurs, attaque les premiers arpèges descendants avec une assurance tranquille témoignant d'une maîtrise technique et psychologique absolue : aucune hésitation, aucun tremblement perceptible malgré la pression considérable, juste une exécution limpide et confiante établissant immédiatement une autorité artistique indiscutable. Cette entrée en matière parfaite conditionne favorablement la réception du reste de la pièce, l'auditeur comprenant instantanément qu'il assiste à une performance d'exception plutôt qu'à un remplissage conventionnel. Le deuxième point saillant se situe lors du passage en trémolo flamenco, prouesse technique déjà commentée précédemment mais dont l'impact émotionnel mérite insistance : la régularité métronomique absolue des oscillations main droite pendant vingt secondes ininterrompues, sans la moindre irrégularité rythmique audible, confine au prodige physiologique tant cette technique exige une détente musculaire parfaite et une économie gestuelle optimale. Le troisième moment remarquable intervient lors de la transition entre section médiane et réexposition finale, modulation harmonique audacieuse abandonnant temporairement mi mineur pour explorer brièvement sol dièse mineur — tonalité éloignée de trois altérations — avant de revenir à la tonique initiale via une progression chromatique ascendante créant une tension dramatique palpable résolue magistralement lors du retour thématique conclusif. Cette sophistication harmonique, invisible aux auditeurs profanes mais immédiatement perceptible par les musiciens formés, témoigne de la culture classique solide de Rabin et de son refus des facilités tonales paresseuses privilégiant la routine prévisible sur l'aventure modulante.

🎸 Analyse technique et interprétation

  • Style de jeu : Trevor Rabin adopte un style fingerpicking précis, combinant bois chaleureux et clarté des harmoniques naturelles, contrastant avec son jeu électrique habituel dans Yes.
  • Techniques utilisées :
    • Arpèges rapides en position ouverte
    • Hammer-on et pull-off pour enrichir les phrases mélodiques
    • Slides fluides pour des transitions expressives
    • Utilisation fréquente d’harmoniques naturelles et artificielles
    • Accords plaqués ponctuels pour accentuer la dynamique
  • Gestion de la dynamique : Alternance entre passages doux et plus accentués, créant un relief sonore qui maintient l’attention.
  • Placement rythmique : Usage de syncopes et légers décalages rythmiques pour éviter la monotonie et donner une sensation de "respiration" dans le morceau.
  • Impact émotionnel : La combinaison de virtuosité et de simplicité harmonique donne au morceau un caractère intime et sincère, renforcé par la dédicace personnelle à son fils.
  • Comparaison stylistique : Ce morceau évoque certains éléments du folk acoustique et du fingerstyle moderne, tout en restant ancré dans le langage harmonique du rock progressif.

🎶 Analyse des motifs musicaux & annotations

  • Motif principal : Arpèges doux et réguliers en tonalité majeure, installant une atmosphère chaleureuse. Temps ternaire implicite, créant une impression de ballade libre.
  • Variations : Introduction de phrases rapides en fingerpicking pour créer de la tension. Alternance entre basses martelées au pouce et aigus légers à l’index et au majeur.
  • Développement : Le thème initial subit plusieurs transformations rythmiques : ralentissements expressifs, accélérations soudaines et changements subtils de dynamique.
  • Technique utilisée : - Hammer-on et pull-off pour fluidifier les lignes mélodiques. - Utilisation partielle de barrés pour enrichir l’harmonie. - Notes tenues en résonance (open strings) pour ajouter de la profondeur.
  • Annotation rythmique : Bien que le tempo soit relativement stable, Trevor Rabin applique un rubato léger, donnant au morceau un caractère vivant et spontané.
  • Clôture : Retour au motif initial, joué plus doucement, créant une impression de conclusion intime et personnelle.

🎭 Symbolisme & interprétations

📜 Contexte historique et culturel

  • Période : Joué principalement lors de la tournée Union Tour de 1991, qui réunissait deux formations de Yes (la formation "classique" avec Jon Anderson, Chris Squire, Rick Wakeman, Steve Howe et la formation des années 80 avec Trevor Rabin, Tony Kaye, Alan White).
  • Place dans le concert : Ce morceau servait de parenthèse acoustique dans un set dominé par compositions rock progressives massives. Il marquait une pause calme et technique, mettant en avant le talent de guitariste de Trevor Rabin.
  • Évolution : Bien que jamais publié sur un album studio officiel, *Solly’s Beard* figure dans l’album live Union Live et sur certaines captations vidéo de la tournée. Son caractère improvisé rend chaque interprétation unique.
  • Dimension culturelle : - Humanisation du concert par un moment intime. - Respect et valorisation des racines familiales dans un contexte rock mondial. - Rareté d’un tel clin d’œil personnel dans un groupe de cette envergure.
  • Réception du public : Ce passage est apprécié pour sa virtuosité mais aussi pour la sincérité qu’il dégage. Dans une tournée marquée par la réunion exceptionnelle des membres, il reste un souvenir marquant pour de nombreux fans.

L'absence de paroles chantées pourrait suggérer superficiellement que "Solly's Beard" échappe à toute lecture symbolique ou herméneutique approfondie, le morceau se réduisant alors à sa pure matérialité sonore dépourvue de signification transcendante. Cette conclusion hâtive méconnaîtrait cependant la capacité de la musique instrumentale à véhiculer des contenus sémantiques complexes via des procédés extra-linguistiques — rhétorique musicale, topiques stylistiques, connotations culturelles historiquement sédimentées — que la musicologie contemporaine s'attache précisément à décrypter depuis les travaux séminaux de Leonard Ratner sur les topiques classiques et les recherches ultérieures de Raymond Monelle, Robert Hatten ou Kofi Agawu. Appliquée à "Solly's Beard", cette grille analytique révèle plusieurs strates signifiantes superposées méritant examen détaillé.

Au-delà du titre, l'architecture musicale elle-même véhicule des significations symboliques codifiées par des siècles de tradition occidentale. Le choix de la guitare acoustique solo comme vecteur d'expression privilégié n'est nullement neutre : cet instrument, chargé de connotations multiples héritées de contextes historiques et géographiques variés, active immédiatement dans l'inconscient culturel collectif des auditeurs occidentaux des réseaux associatifs complexes. La guitare acoustique évoque simultanément : l'intimité confessionnelle des troubadours médiévaux et des songwriters folk contemporains (Bob Dylan, Joan Baez), la virtuosité démonstrative des guitaristes classiques et flamenco (Andrés Segovia, Paco de Lucía), la mélancolie nostalgique des ballades country et bluegrass, la sophistication jazz des manouches français (Django Reinhardt), la rébellion rock primitive des années 1960. "Solly's Beard", en mobilisant ces topiques stylistiques variés via ses emprunts éclectiques (arpèges baroques, trémolo flamenco, vélocité fusion), fonctionne comme palimpseste culturel superposant des strates signifiantes hétérogènes qui, plutôt que de s'annuler mutuellement, créent une richesse sémantique cumulative où chaque auditeur peut privilégier l'axe interprétatif correspondant à sa culture musicale personnelle.

Le contexte spécifique de la performance — solo spotlight au milieu d'un concert rock progressif stadium — ajoute une dimension méta-artistique supplémentaire. Ce moment rituel, codifié depuis les années 1970, fonctionne comme parenthèse contemplative interrompant temporairement le flux énergétique collectif du spectacle pour installer une bulle d'intimité paradoxale : intimité objectivement impossible dans un stade bondé de dix mille personnes hurlantes, mais subjectivement ressentie via le silence respectueux du public suspendu aux doigts du soliste, transformant temporairement la masse anonyme en communauté recueillie partageant une expérience esthétique commune. "Solly's Beard" cristallise ainsi le paradoxe fondamental du concert stadium rock : gigantisme quantitatif (foules massives, décibels assourdissants, lumières aveuglantes) coexistant avec recherche d'authenticité qualitative (émotion sincère, virtuosité non simulée, communion spirituelle). Trevor Rabin, seul face à dix mille spectateurs armé uniquement d'une guitare acoustique fragile et de ses dix doigts sans assistance électronique ni fioritures technologiques, incarne cet idéal romantique de l'artiste authentique opposant sa maîtrise artisanale nue à l'industrialisation déshumanisante du divertissement de masse. Le public, en réservant à cette performance sobre une ovation probablement plus chaleureuse que celle accordée aux numéros spectaculaires surchargés d'effets spéciaux, valide inconsciemment cette hiérarchie axiologique privilégiant l'humanité artisanale sur la machine désincarnée.

On peut également interpréter "Solly's Beard" comme geste symbolique de légitimation artistique dans le contexte conflictuel de la succession Howe/Rabin. L'arrivée de Rabin en 1982-1983 avait cristallisé les tensions au sein de la communauté des fans puristes qui percevaient "90125" comme trahison commerciale des idéaux progressifs, reproche injuste mais tenace alimenté par l'incompréhension mutuelle entre générations d'auditeurs aux références culturelles divergentes. En s'appropriant le format du solo acoustique cher à Steve Howe, Rabin effectue simultanément deux opérations symboliques : reconnaissance respectueuse de l'héritage du prédécesseur illustre dont les solos "Clap" et "Mood for a Day" constituaient depuis 1971 des jalons indépassables du répertoire live Yes, mais aussi démonstration que cette tradition peut être réinterprétée, actualisée, revitalisée plutôt que muséifiée dans une répétition mécanique stérile. Cette dialectique entre continuité et rupture, hommage et émancipation, traverse toute l'histoire de Yes dont la principale caractéristique réside précisément dans sa capacité à se réinventer perpétuellement tout en préservant une identité sonore reconnaissable — prouesse d'équilibrisme que peu de groupes ayant survécu cinq décennies peuvent revendiquer.

🔁 Versions & héritages

La nature intrinsèquement éphémère de "Solly's Beard" — pièce conçue pour le concert live, jamais enregistrée en studio dans des conditions contrôlées, dépourvue de partition publiée officiellement — complique considérablement l'établissement d'un arbre généalogique des versions et influences comparable à celui disponible pour les compositions Yes canoniques bénéficiant de multiples enregistrements studio, arrangements alternatifs, reprises par d'autres artistes. Néanmoins, quelques jalons significatifs méritent documentation.

📀 Versions, captations et rareté

  • Enregistrements officiels : La seule version largement connue figure sur l’album live Yes – Union Live et dans certaines éditions vidéo du concert (1991). Ce morceau n’existe pas sous forme d’enregistrement studio officiel publié par Trevor Rabin.
  • Captations vidéo : Plusieurs captations de haute qualité proviennent du concert filmé lors de la tournée Union. On y voit clairement l’approche acoustique et la technique de jeu de Rabin.
  • Apparitions rares : Joué quasi exclusivement durant la tournée Union (1991-1992), et rarement repris publiquement par Rabin par la suite.
  • Enregistrements non officiels : Des bootlegs audio ou vidéo circulent entre collectionneurs, issus de captations de concerts. Leur qualité varie fortement selon les sources.
  • Rareté et valeur pour les fans : Le caractère unique de cette pièce, sa dédicace personnelle et son absence d’édition studio officielle la rendent particulièrement précieuse pour les amateurs et collectionneurs de Yes et de Trevor Rabin.

🎼 Reprises à découvrir (en vidéos)

Contrairement aux hymnes Yes universellement connus — "Roundabout", "Owner of a Lonely Heart", "I've Seen All Good People" — régulièrement repris par des cover bands à travers le monde ou réinterprétés par des artistes mainstream souhaitant rendre hommage à leurs influences prog, "Solly's Beard" demeure une pièce confidentielle rarement revisitée par d'autres musiciens. Cette absence relative de reprises s'explique aisément : la pièce exige une maîtrise technique guitaristique hors norme accessible uniquement à une poignée de virtuoses professionnels, son statut mineur dans le catalogue Yes la rend invisible aux auditeurs casuals ignorant l'existence même de "9012Live: The Solos", et l'absence de mélodie vocale mémorisable limite son potentiel de transmission virale contrairement aux chansons dotées de refrains accrocheurs fredonnables. Les quelques reprises existantes, circulant principalement sur YouTube sous forme de vidéos pédagogiques destinées aux guitaristes désirant décortiquer les techniques employées par Rabin, témoignent moins d'une volonté créative d'appropriation et réinterprétation que d'une démarche analytique documentaire visant à préserver et transmettre un savoir-faire instrumental menacé d'oubli à l'ère du numérique où la virtuosité digitale analogique paraît anachronique face aux possibilités infinies des logiciels de traitement et de correction post-production.

Parmi les reprises notables circulant en ligne, plusieurs vidéastes guitaristes talentueux proposent des versions fidèles de "Solly's Beard" filmées en plan fixe caméra unique, format sobre privilégiant la transmission pédagogique sur le spectaculaire visuel. Ces performances, bien qu'honorables techniquement, ne rivalisent généralement pas avec l'autorité et la fluidité de l'original Rabin, confirmant l'adage selon lequel reproduire note à note une partition ne garantit nullement l'équivalence expressive et musicale de l'interprétation finale. La musique vivante transcende toujours sa réduction écrite, dimension impondérable et mystérieuse séparant l'artisan compétent du génie inspiré.

  • Absence de reprises notables : La confidentialité relative de "Solly's Beard" conjuguée à ses exigences techniques dissuasives explique l'absence de reprises marquantes par des artistes établis. Cette situation correspond parfaitement à la philosophie de ce blog qui se propose précisément de mettre en lumière ces profils de l'ombre, ces pépites méconnues du grand public mais chéries par les connaisseurs éclairés, ces zones d'ombre du patrimoine musical mondial méritant valorisation et transmission aux générations futures sous peine de disparition définitive dans l'amnésie collective généralisée.

🔊 Versions récentes ou remasterisées (en vidéos)

L'album "9012Live: The Solos" bénéficia de plusieurs rééditions successives améliorant progressivement la qualité sonore via les technologies de remastering digital développées depuis les années 1990. La réédition CD initiale de 1990 transféra les bandes analogiques originales vers le format numérique avec les limitations techniques de l'époque — convertisseurs Analog-Digital 16 bits 44.1 kHz, absence de traitement numérique sophistiqué. La réédition japonaise de 2009 enrichit le tracklisting de deux bonus tracks ("City of Love", "It Can Happen") tout en appliquant un remaster moderne exploitant les progrès logiciels (égalisation paramétrique, compression multibande, élargissement stéréo subtil) pour optimiser la dynamique et la clarté sans dénaturer l'authenticité de la prise originale. La réédition vinyle audiophile 180 grammes commercialisée par Friday Music en 2022, mastered par Joe Reagoso aux Capitol Studios de Hollywood, privilégie une approche puriste respectant scrupuleusement les équilibres tonaux d'origine plutôt que la surenchère loudness war typique des remasters agressifs contemporains. Cette version vinyle, plébiscitée par les audiophiles exigeants et les collectionneurs nostalgiques du support physique, restitue selon les témoignages une chaleur analogique et une spatialisation tridimensionnelle impossibles à obtenir sur support numérique compressé, arguments subjectifs invérifiables scientifiquement mais psychologiquement opérants auprès des acheteurs ciblés.

  • Versions remasterisées officielles : Les différentes éditions CD et vinyle de "9012Live: The Solos" offrent des variations subtiles de qualité sonore reflétant l'évolution des technologies de mastering sur quatre décennies, chaque version correspondant aux standards esthétiques et techniques de son époque sans qu'aucune ne puisse revendiquer légitimement le statut d'édition définitive incontestable

🔊 Versions live

Trevor Rabin interpréta "Solly's Beard" quotidiennement durant toute la tournée 90125 (1984-1985), puis sporadiquement lors des tournées ultérieures Big Generator (1987-1988), Union (1991-1992), et Talk (1994-1995), avant d'abandonner définitivement le morceau lors de son départ de Yes en 1995 pour embrasser une carrière de compositeur hollywoodien. La résurrection spectaculaire survint vingt ans plus tard avec la reformation ARW (Anderson Rabin Wakeman) en 2016-2017, permettant aux fans nostalgiques de réentendre enfin cette pièce devenue mythique par sa rareté même. Les bootlegs circulant parmi collectionneurs révèlent des variations interprétatives fascinantes : certains soirs, Rabin privilégiait un tempo plus rapide créant urgence et tension dramatique ; d'autres, il ralentissait volontairement pour savourer chaque note et laisser résonner pleinement les harmoniques ; occasionnellement, il introduisait des improvisations modales explorant des tonalités non prévues initialement ; rarement, la fatigue accumulée ou un incident technique (corde cassée, désaccordage) produisaient des versions imparfaites témoignant de l'humanité faillible du performeur. Cette variabilité intrinsèque, loin de constituer un défaut, enrichit au contraire l'œuvre d'une dimension vivante et organique absente des enregistrements studio figés ad aeternam dans leur perfection glacée.

  • Bootlegs et enregistrements amateurs : Plusieurs captations fan de qualité variable circulent sur les plateformes de partage, documentant l'évolution de "Solly's Beard" à travers les décennies et les formations successives de Yes, témoignages précieux d'une tradition orale musicale menacée par l'uniformisation numérique contemporaine.

🏆 Réception

  • Accueil critique contemporain (1985) : Les critiques musicaux professionnels accueillirent "9012Live: The Solos" avec une tiédeur polie reflétant l'embarras d'un produit éditorial atypique échappant aux catégories habituelles. Prog Archives, bible des amateurs de rock progressif, nota sobrement que "Solly's Beard est intéressant par endroits mais à 4:40, beaucoup trop long", jugement révélateur de l'impatience chronique de l'ère MTV où toute pièce excédant trois minutes risquait l'ennui mortel. Rate Your Music observa plus charitablement que "le choix par Rabin de la guitare acoustique est notable, son solo remplaçant celui de Steve Howe dont les solos acoustiques étaient (et sont redevenus) un point culminant des spectacles de Yes", soulignant ainsi la dimension successorale inévitable. Rolling Stone et Melody Maker, focalisés prioritairement sur les albums studio porteurs de singles radiophoniques potentiels, ignorèrent quasi-totalement ce mini-album live jugé produit dérivé secondaire destiné aux seuls collectionneurs completionists. Cette réception critique mitigée n'empêcha nullement les ventes honorables auprès du public cible — fans hardcore de Yes prêts à acquérir n'importe quel produit estampillé du logo mythique — confirmant la dichotomie récurrente entre jugements critiques professionnels et plébiscites populaires.
  • Réévaluation rétrospective (2000-2025) : Quarante ans après sa parution, "Solly's Beard" bénéficie d'une réévaluation positive progressive alimentée par plusieurs facteurs convergents. D'abord, la reconnaissance tardive mais unanime du talent compositionnel et instrumental de Trevor Rabin, longtemps sous-estimé voire méprisé par les puristes Yes attachés exclusivement à l'ère Howe-Wakeman 1971-1977, mais désormais célébré comme musicien complet de premier plan ayant apporté une contribution décisive à la pérennité commerciale du groupe dans les années 1980-1990. Ensuite, l'apaisement générationnel des guérillas esthétiques opposant jadis violemment fans de l'ancien Yes contre fans du nouveau Yes, querelles byzantines paraissant désormais dérisoires avec le recul historique suffisant pour apprécier sereinement la richesse cumulative d'un catalogue éclectique embrassant aussi bien le prog symphonique complexe que le pop-rock accessible sans que ces esthétiques divergentes s'excluent mutuellement. Enfin, la nostalgie croissante envers l'ère analogique pré-numérique où la virtuosité instrumentale acoustique constituait encore une valeur cardinale admirée collectivement, nostalgie amplifiée par les générations actuelles de musiciens formés exclusivement sur ordinateur et découvrant avec stupéfaction les prouesses techniques réalisables sans assistance logicielle correctrice. Les forums spécialisés et groupes Facebook dédiés à Yes fourmillent désormais de témoignages enthousiastes célébrant "Solly's Beard" comme chef-d'œuvre méconnu méritant réhabilitation urgente, preuve que la postérité réserve parfois des surprises heureuses aux œuvres initialement sous-évaluées.
  • Impact sur la communauté guitaristique : Parmi les guitaristes professionnels et amateurs éclairés, "Solly's Beard" jouit d'un statut culte disproportionné par rapport à sa modestie formelle et sa confidentialité commerciale. Plusieurs facteurs expliquent cette fascination persistante : d'abord, la pièce constitue un modèle pédagogique idéal synthétisant diverses techniques guitaristiques avancées (arpèges rapides, trémolo flamenco, tapping, harmoniques) dans un format suffisamment bref pour être mémorisable et reproductible par des instrumentistes motivés acceptant d'investir les heures de travail nécessaires. Ensuite, l'accessibilité relative de la partition — plusieurs transcriptions circulent gratuitement en ligne, certaines accompagnées de tablatures facilitant l'apprentissage pour les guitaristes ne lisant pas le solfège traditionnel — démocratise l'accès à ce répertoire virtuose traditionnellement réservé aux élites formées en conservatoire. Enfin, le prestige associé à la maîtrise publique de "Solly's Beard" fonctionne comme marqueur statutaire au sein de la communauté guitaristique : exécuter impeccablement cette pièce en conditions live démontre simultanément compétence technique, culture musicale étendue (connaissance d'une pièce relativement obscure), et affiliation tribale à la famille spirituelle des admirateurs de Trevor Rabin. Plusieurs chaînes YouTube spécialisées dans les covers instrumentales affichent des dizaines de milliers de vues pour leurs versions de "Solly's Beard", audience considérable pour un morceau théoriquement confidentiel, témoignant de l'existence d'une communauté globale soudée autour de références partagées invisibles au grand public profane.

🏆 Place dans l'histoire de Yes

Yes est un groupe avec une histoire tumultueuse, marquée par de nombreux changements de line-up et des divisions stylistiques profondes. L'arrivée de Trevor Rabin en 1982-1983 représente l'un des tournants les plus controversés de cette histoire. Pour certains fans, Rabin a sauvé Yes d'une mort certaine en apportant un son moderne et accessible. Pour d'autres, il a trahi l'essence prog du groupe en faveur d'un pop-rock commercial.

"Solly's Beard" cristallise ce débat. C'est Rabin tentant de remplir les chaussures de Steve Howe - une tâche impossible, car les deux guitaristes ont des approches fondamentalement différentes. Howe est un maître de la guitare acoustique mélodique et contemplative, avec des influences folk et classiques. Rabin est un virtuose jazz fusion avec une énergie rock directe. Comparer les deux est comme comparer des pommes et des oranges.

Ce qui est indéniable, c'est que "Solly's Beard" démontre que Rabin n'est pas qu'un guitariste rock one-dimensional. Sa formation classique (piano dès 6 ans), son expérience de musicien de session en Afrique du Sud, et son amour du jazz fusion en font un musicien complet. Le fait qu'il ait pu composer et interpréter cette pièce tout en étant au milieu d'une tournée mondiale épuisante témoigne de son professionnalisme.

En 2017, Trevor Rabin a été intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en tant que membre de Yes, aux côtés de Jon Anderson, Chris Squire (posthume), Rick Wakeman, Steve Howe, Bill Bruford, Tony Kaye, et Alan White. Cette reconnaissance officielle valide sa contribution au groupe, malgré les controverses. 90125 reste l'album le plus vendu de Yes, et "Owner of a Lonely Heart" reste leur seul numéro un. Ces faits sont incontestables.

🌟 Héritage et influence

  • Impact dans la carrière de Trevor Rabin : Ce morceau montre une facette plus intime et acoustique de Rabin, contrastant avec son image de guitariste électrique dans Yes. Il révèle sa capacité à manier la subtilité et la virtuosité dans un cadre minimaliste.
  • Appréciation des fans : "Solly’s Beard" est perçu comme un moment unique des concerts Union, souvent cité par les fans comme l’un des passages les plus touchants et surprenants des performances live.
  • Influence sur d’autres musiciens : La composition et l’exécution ont inspiré des guitaristes intéressés par l’intégration d’éléments fingerstyle et harmoniques dans un répertoire rock-progressif.
  • Valeur de témoignage : Ce morceau témoigne du lien affectif entre Rabin et son fils, donnant une dimension émotionnelle qui dépasse la simple performance technique.
  • Pérennité : Bien que rarement joué, "Solly’s Beard" reste un exemple cité lors de discussions sur les moments marquants de la tournée Union et figure dans les compilations vidéo amateurs ou officielles.

🔚 Conclusion

"Solly's Beard" occupe une position paradoxale et fascinante dans l'histoire tentaculaire de Yes, groupe légendaire dont la discographie pléthorique s'étend sur plus de cinq décennies et vingt-quatre albums studio documentant les mutations stylistiques successives du rock progressif britannique depuis ses origines psychédéliques fin 1960 jusqu'à ses réincarnations contemporaines digitales. Pièce mineure par sa durée modeste — quatre minutes quarante-cinq secondes — et son statut éditorial marginal — solo instrumental relégué sur un mini-album live commercialement mineur vendu principalement aux collectionneurs completionists —, elle révèle néanmoins à l'analyse approfondie une richesse musicale et une signification symbolique démesurées par rapport à son apparente humilité formelle. Cette disproportion entre dimensions objectives et valeur subjective illustre parfaitement le principe esthétique fondamental selon lequel la grandeur artistique ne se mesure pas mécaniquement à la durée chronométrique, au budget de production investi, ou au succès commercial rencontré, mais réside essentiellement dans l'intensité expressive déployée, la maîtrise technique manifestée, et la résonance émotionnelle suscitée chez les auditeurs réceptifs.

Le contexte historique extraordinairement complexe entourant sa genèse — reformation improbable de Yes en 1982-1983 après trois ans de dissolution officielle, arrivée providentielle de Trevor Rabin transformant radicalement l'esthétique du groupe, succès commercial phénoménal de "90125" propulsant Yes au sommet des charts mondiaux pour la première et unique fois de son histoire, tensions interpersonnelles exacerbées par les egos meurtris et les ambitions contradictoires — confère à "Solly's Beard" une dimension testimoniale dépassant largement sa simple matérialité sonore. Chaque note jouée par Rabin lors du concert de Dortmund du 24 juin 1984 charrie avec elle quarante ans d'histoire musicale collective : l'héritage glorieux mais écrasant de Steve Howe dont les solos acoustiques définissaient depuis 1971 les standards d'excellence incontournables, les attentes contradictoires d'un public schizophrène partagé entre nostalgiques puristes réclamant la fidélité absolue aux formules éprouvées 1971-1977 et nouveaux fans MTV découvrant Yes via "Owner of a Lonely Heart" sans connaître ni apprécier nécessairement le catalogue antérieur, les pressions commerciales gigantesques pesant sur un groupe vendant subitement trois millions d'albums après des années de traversée du désert relatif, l'anxiété légitime de Rabin craignant d'être éternellement perçu comme simple remplaçant fonctionnel plutôt que comme membre créatif à part entière apportant une contribution originale indispensable.

Dans ce contexte émotionnellement surchargé et symboliquement dense, "Solly's Beard" fonctionne comme geste artistique d'affirmation identitaire autant que comme démonstration technique virtuose. En s'appropriant le format sacré du solo acoustique, domaine réservé historique de Howe, Rabin effectue simultanément deux opérations délicates : reconnaissance respectueuse de l'héritage du prédécesseur illustre — le choix même de la guitare acoustique non amplifiée constitue un hommage implicite aux conventions établies par Howe depuis "Clap" en 1971 — mais aussi affirmation résolue d'une personnalité artistique radicalement différente refusant la simple imitation épigonale stérile au profit d'une réinterprétation audacieuse actualisant la tradition plutôt que de la muséifier. Cette dialectique subtile entre continuité et rupture, hommage et émancipation, traverse toute l'histoire de Yes dont la principale caractéristique réside précisément dans sa capacité protéiforme à se réinventer perpétuellement tout en préservant une identité sonore reconnaissable malgré les mutations stylistiques radicales et les changements de personnel incessants — prouesse d'équilibrisme acrobatique que peu de groupes ayant survécu cinq décennies peuvent légitimement revendiquer.

L'exécution musicale proprement dite de "Solly's Beard" témoigne d'une maîtrise instrumentale absolue acquise au prix de seize années de pratique professionnelle intensive entamée à l'adolescence dans les townships de Johannesburg. La vélocité digitale confondante des passages rapides, la régularité métronomique du trémolo flamenco soutenu vingt secondes sans la moindre irrégularité audible, la sophistication harmonique des modulations explorant des tonalités éloignées avec une aisance déconcertante, l'équilibre tonal parfait entre registres graves-médiums-aigus maintenu du début à la fin malgré les changements de position incessants : autant de marqueurs objectifs d'une virtuosité technique placée au service d'une vision musicale cohérente plutôt que déployée gratuitement pour impressionner vulgairement le public. Cette subordination de la technique au discours musical, caractéristique des grands artistes transcendant le stade d'artisan compétent pour atteindre celui de créateur inspiré, sépare Rabin des innombrables guitaristes techniquement habiles mais musicalement vides qui encombrent YouTube de démonstrations aussi impressionnantes qu'ennuyeuses faute d'âme véritable animant les doigts.

La réception critique initialement tiède de "9012Live: The Solos" et de "Solly's Beard" en particulier — jugements lapidaires du type "intéressant par endroits mais trop long" trahissant l'impatience chronique de l'ère MTV — contraste singulièrement avec la réévaluation positive progressive observée depuis le tournant du millénaire. Plusieurs facteurs convergents expliquent cette réhabilitation tardive : reconnaissance unanime du talent multiforme de Trevor Rabin désormais célébré comme musicien complet de premier plan après des décennies de sous-estimation injuste, apaisement générationnel des guérillas esthétiques opposant jadis violemment puristes prog et partisans du nouveau Yes pop-rock, nostalgie croissante envers l'ère analogique pré-numérique où la virtuosité instrumentale acoustique constituait encore une valeur cardinale admirée collectivement. Les forums spécialisés et groupes Facebook dédiés à Yes fourmillent désormais de témoignages enthousiastes célébrant "Solly's Beard" comme chef-d'œuvre méconnu méritant réhabilitation urgente, inversion complète du mépris initial qui rappelle opportunément que les jugements critiques contemporains, aussi autorisés soient-ils, n'épuisent jamais la signification potentielle d'une œuvre dont la postérité réserve parfois des surprises heureuses.

Au-delà de ses qualités intrinsèques indéniables, "Solly's Beard" incarne également parfaitement la philosophie fondatrice de ce blog : "Bienvenue dans les marges du son", devise programmatique invitant à explorer les zones d'ombre du patrimoine musical mondial, ces pépites injustement méconnues du grand public mais chéries par les connaisseurs éclairés, ces artistes authentiques sous-diffusés malgré leur talent indiscutable, victimes des logiques commerciales impitoyables privilégiant systématiquement le formatage mainstream sur l'exigence artistique singulière. Yes, malgré son statut de groupe mythique ayant vendu plus de cinquante millions d'albums mondialement et influencé des générations de musiciens prog, demeure paradoxalement marginal sur la scène internationale dominée écrasantement par les productions anglo-américaines : peu d'auditeurs hors Europe connaissent Yes au-delà de "Owner of a Lonely Heart", leur seul hit mainstream, ignorant totalement l'extraordinaire richesse d'un catalogue s'étendant sur cinq décennies. "Solly's Beard", pièce mineure au sein de cette discographie déjà sous-estimée, occupe donc une position doublement marginale — marge de la marge — qui justifie pleinement sa documentation exhaustive sur ce blog dédié précisément à la valorisation de ces trésors enfouis menacés d'oubli définitif dans l'amnésie collective généralisée.

Quarante ans après son enregistrement lors de ce concert historique de Dortmund en juin 1984, "Solly's Beard" continue d'exercer une fascination intacte sur les guitaristes amateurs et professionnels du monde entier, preuve irréfutable de sa pérennité artistique transcendant les modes éphémères et les contingences commerciales temporaires. Les dizaines de vidéos YouTube proposant transcriptions détaillées, ralentis analytiques et covers fidèles témoignent de l'existence d'une communauté globale soudée autour de références partagées invisibles au grand public profane mais constituant néanmoins un patrimoine immatériel précieux méritant transmission aux générations futures. Dans un paysage musical contemporain dominé par l'Auto-Tune, les boîtes à rythmes, les plugins VST et autres assistances technologiques permettant de corriger infiniment les imperfections jusqu'à obtention d'une perfection glacée et désincarnée, la rudesse assumée et l'humanité palpable de cette performance live captée sans retouche ni artifice rappellent salutairement qu'avant l'ère numérique, la musique vivante exigeait d'abord et avant tout des doigts entraînés, une oreille juste, et une âme sincère — vertus apparemment désuètes mais éternellement admirables car témoignant de la dignité humaine face à la machine.

"Solly's Beard" demeurera probablement à jamais une œuvre mineure dans l'histoire générale du rock, footnote anecdotique pour les encyclopédies exhaustives, curiosité pour collectionneurs obsessionnels, secret bien gardé des initiés partageant complices leur savoir ésotérique. Mais cette marginalité même, loin de constituer un handicap ou une tare, garantit paradoxalement sa valeur intrinsèque : les véritables trésors artistiques ne se découvrent jamais dans les vitrines ostentatoires des best-sellers formatés mais toujours dans les recoins obscurs des catalogues profonds, là où l'exigence créative non négociée peut s'épanouir loin des projecteurs aveuglants et des injonctions commerciales uniformisantes. "Bienvenue dans les marges du son", proclame fièrement la devise de ce blog, et "Solly's Beard" incarne magnifiquement cet idéal d'une musique authentique, exigeante, singulière, refusant obstinément les compromissions faciles tout en acceptant sereinement sa confidentialité relative comme prix à payer pour la liberté artistique absolue. Puisse cette modeste chronique contribuer à faire connaître auprès d'un public élargi cette pièce injustement méconnue, et plus généralement puisse-t-elle rappeler opportunément que l'essentiel de la beauté musicale mondiale se cache précisément là où personne ne songe à regarder — dans les marges fécondes et libératrices où règnent encore l'authenticité, l'exigence, et la passion désintéressée.

🖼️ Pochette de l'album



[Image de la pochette à insérer : design minimaliste typique années 1980, logo Yes stylisé, typographie moderne sans-serif, palette chromatique sobre privilégiant les contrastes noir/blanc/rouge caractéristiques de l'identité visuelle Yes ère Rabin, marquant rupture esthétique nette avec les pochettes Roger Dean psychédéliques période 1971-1977]

La pochette de "9012Live: The Solos", conçue par l'équipe graphique d'Atlantic Records en collaboration avec le designer Garry Mouat responsable également du logo emblématique de "90125", adopte une esthétique résolument contemporaine années 1980 marquant symboliquement la rupture avec l'imagerie fantastique Roger Dean qui avait défini visuellement Yes durant toute la décennie 1970. Exit les paysages oniriques peuplés de créatures mythologiques, les châteaux flottants suspendus dans des ciels impossibles, les palettes chromatiques saturées évoquant les trips psychédéliques et les visions hallucinogènes : le design minimaliste de "9012Live: The Solos" privilégie au contraire la sobriété géométrique, la typographie sans-serif moderniste, les aplats de couleurs franches sans dégradés ni nuances, reflétant ainsi visuellement la mutation stylistique radicale opérée musicalement entre l'ancien Yes prog symphonique et le nouveau Yes pop-rock accessible. Cette cohérence entre contenant visuel et contenu sonore, loin de relever du hasard fortuit, témoigne d'une stratégie marketing délibérée visant à positionner clairement le groupe dans le paysage musical contemporain plutôt que de le cantonner nostalgiquement dans son glorieux passé prog désormais commercialement obsolète à l'ère MTV triomphante.

Le logo "9012Live" reprend typographiquement le design du logo "90125" créé par Garry Mouat sur ordinateur Apple IIe — exploit technologique remarquable en 1983 lorsque l'infographie balbutiait encore — garantissant ainsi une continuité visuelle immédiate entre l'album studio et son satellite live, stratégie éditoriale intelligente maximisant la reconnaissance instantanée du produit par les acheteurs potentiels. La typographie choisie, anguleuse et futuriste évoquant les écrans digitaux et les interfaces informatiques naissantes, inscrit visuellement Yes dans la modernité technologique années 1980 plutôt que dans la tradition artisanale analogique années 1970, positionnement commercial risqué mais assumé pleinement par le management du groupe conscient que la survie passait nécessairement par l'adaptation aux nouveaux codes esthétiques dominants quitte à aliéner une fraction puriste du public historique. La postérité valida cette audace : "90125" demeure quarante ans après sa parution l'album le plus vendu de l'histoire de Yes, succès commercial inégalé témoignant que la modernisation stylistique, loin de trahir l'essence du groupe, permit au contraire sa pérennisation en attirant de nouveaux publics tout en conservant suffisamment d'éléments identitaires pour ne pas perdre totalement les fans historiques.

Note finale : Cet article s'inscrit dans la mission documentaire de Songfacts in the Cradle, blog dédié à la mise en lumière d'artistes authentiques souvent méconnus du grand public malgré leur talent indiscutable et leur contribution significative au patrimoine musical mondial. "Solly's Beard" de Trevor Rabin incarne parfaitement cette philosophie : pièce mineure par son statut éditorial mais majeure par sa richesse musicale intrinsèque, elle mérite amplement les quelques milliers de mots consacrés ici à sa documentation exhaustive, transmission mémorielle modeste mais nécessaire à destination des générations futures d'auditeurs curieux et exigeants refusant de se satisfaire des seuls blockbusters mainstream formatés par l'industrie du divertissement de masse. Que ce texte serve de pierre d'attente pour de futures recherches approfondies et, plus modestement encore, qu'il incite quelques lecteurs à découvrir ou redécouvrir cette œuvre injustement méconnue qui gagne infiniment à être écoutée attentivement plutôt que consommée distraitement. "Bienvenue dans les marges du son" : tel est le credo de ce blog, et "Solly's Beard" en constitue une illustration parfaite et émouvante.

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