HEAVY PLEASURE
Playlist 3 - titre 2 "Heavy Pleasure" de Jan Akkerman sur l'album "Pleasure Point"
🎧 Introduction
- Genre musical : Blues rock instrumental / Jazz-rock fusion
- Présentation (tags) : Instrumental, blues-rock, guitar synthetiseur, fusion, batterie mise en avant, groove 80s puissant, Virtuosité guitare, Section rythmique détaillée, Instrumental, Focus, Rock Néerlandais.
- Album / parution : Pleasure Point (WEA, 1982) - Enregistré en 1979, publié trois ans plus tard
- Particularité : Second morceau de l'album, d'une durée de 8:47 minutes, mettant en vedette l'utilisation pionnière du synthétiseur guitare Roland GR-300 par Akkerman. Le morceau réussit à concilier une structure Rock AOR (Album-Oriented Rock) avec une finesse rythmique et une improvisation héritées du Jazz.
- Statut : Morceau instrumental phare de la période post-Focus d'Akkerman, illustrant son virage vers le jazz-rock et le blues électrique. Classique culte de la discographie solo de Jan Akkerman, souvent joué en live pour sa section rythmique.
🪞 Contexte & genèse
"Heavy Pleasure" s'inscrit dans une période charnière de la carrière de Jan Akkerman, après son départ du groupe progressif néerlandais Focus en 1976. Au tournant des années 80, le guitariste virtuose explore de nouvelles directions musicales, cherchant à s'éloigner du rock progressif qui avait fait sa renommée mondiale. L'album Pleasure Point fut enregistré en 1979, mais il fallut attendre trois longues années avant qu'une maison de disques - WEA - accepte de le publier en 1982. Cette période d'attente témoigne des difficultés rencontrées par Akkerman dans sa quête d'émancipation artistique.
Le morceau "Heavy Pleasure" incarne parfaitement cette transition. Akkerman y expérimente intensivement le synthétiseur guitare Roland GR-300, une technologie révolutionnaire pour l'époque qui lui permet d'explorer de nouvelles textures sonores tout en conservant son jeu guitaristique virtuose. Collaborant avec des musiciens de jazz réputés comme les claviéristes Jasper van't Hof et Joachim Kühn, Akkerman crée une fusion unique entre blues musclé, jazz sophistiqué et rock électrique. Le titre "Heavy Pleasure" - plaisir intense - résume à lui seul l'ambition du morceau : délivrer une expérience musicale puissante et jouissive, portée par des grooves lourds et des improvisations libératrices.
L'album a été enregistré aux Pays-Bas, s'appuyant sur une équipe principalement locale, dont le batteur Hans Waterman. Le titre est un oxymore musical : "Heavy" pour le riff lourd et répétitif qui ancre le morceau, et "Pleasure" pour la fluidité et l'aisance de l'exécution, notamment dans l'improvisation du solo. L'ambiance générale est un reflet de l'air du temps des années 80, mais l'âme reste profondément ancrée dans le blues. Il s'agit d'une démonstration de force où la technique est au service du groove et non l'inverse.
🎸 Version originale et évolutions (en vidéos)
Jan Akkerman étant un artiste relativement discret sur le plan médiatique, les vidéos de "Heavy Pleasure" sont rares. Cependant, ce profil correspond parfaitement à la philosophie de notre blog qui vise à mettre en lumière ces musiciens de l'ombre, ces artistes d'exception dont le talent mériterait une reconnaissance plus large.
Jan Akkerman incarne cette catégorie de guitaristes qui ont préféré la qualité artistique à la surexposition médiatique. Élu "Meilleur guitariste du monde" par le magazine Melody Maker en 1973 - devant Eric Clapton et Jimmy Page - ce Néerlandais né le 24 décembre 1946 à Amsterdam possède un parcours exceptionnel mais méconnu du grand public. Sa virtuosité technique, sa maîtrise de styles aussi divers que le rock progressif, le jazz, le blues, la musique classique et même la musique de luth en font un musicien complet et accompli.
Plutôt que de multiplier les performances télévisées et les clips promotionnels, Akkerman a toujours privilégié l'authenticité de la scène et la qualité d'enregistrement en studio. Cette approche explique la rareté des documents vidéo de "Heavy Pleasure", mais ne diminue en rien l'importance de ce morceau dans son œuvre.
🎼 Analyse musicale
- Structure : Forme libre typique du jazz-rock avec introduction groovy, développements improvisés, section centrale explosive mettant en valeur la batterie, et conclusion en crescendo. La durée de 8:47 permet aux musiciens d'explorer pleinement les possibilités du morceau sans contraintes formatées. Le morceau s'articule autour d'un thème principal (riff d'introduction), d'une section A (avec les variations harmoniques), d'une section B (souvent plus planante, préparant la montée) et d'une longue section d'improvisation qui revient cycliquement sur le riff principal aprés un pont basse - batterie.
- Ambiance & style : Comme l'a noté un critique, "Heavy Pleasure" décharge une agressivité contrôlée et lourde, mais toujours avec une touche élégante de blues et de R&B jazz. L'atmosphère oscille entre puissance brute et sophistication harmonique, créant une tension constante qui maintient l'intérêt de l'auditeur. Le morceau respire un certain hédonisme musical - ce "plaisir lourd" que promet son titre. Atmosphère tendue, lourde mais groovy. C'est un mariage réussi entre la puissance d'un morceau de Rock instrumental (pensez à Jeff Beck) et la sophistication harmonique d'un titre de Fusion (pensez à Larry Carlton).
- Instrumentation : Guitare synthetiseur Roland GR-300 (joué par Akkerman), guitare électrique (Jan Akkerman) Sonorité typique des années 80, avec un drive puissant et une utilisation subtile des effets (wah-wah ou léger phaser/flanger), claviers (Jasper van't Hof et Joachim Kühn) Utilisés principalement pour des nappes sonores, conférant une texture moderne et dramatique au morceau, basse (Pablo Nahar) Ligne de basse simple, très ancrée, assurant la fondation Blues-Rock et le groove, batterie (Hans Waterman) Le point focal rythmique. Le jeu est heavy sur les temps forts, mais la caisse claire effectue des roulements détaillés et discrets, créant une impression de suspense (clin d'œil au style Phil Collins dans le Rock de l'époque), percussions (Martino Latupeirissa). Cette formation généreuse permet une richesse de textures sonores impressionnante.
- Voix : Pièce instrumentale pure, sans paroles. Les instruments dialoguent comme des voix, particulièrement lors des échanges entre guitare et claviers.
- Solo : Les chorus d'Akkerman au synthétiseur guitare et à la guitare électrique dominent le morceau, alternant entre passages véloces et phrasés bluesy expressifs. Le jeu de batterie prend également une place inhabituelle pour l'époque, avec des sections entières dédiées à mettre en valeur les percussionnistes. Le chorus de guitare est long et passionné. Akkerman passe de phrases rapides et techniques à des passages bluesy plus lents, prouvant qu'il peut faire preuve d'une grande retenue malgré son talent de virtuose. Il se construit de manière thématique, interagissant constamment avec le riff de base.
- Points saillants : Le riff d'ouverture, l'utilisation des roulements de caisse claire par Waterman pour maintenir la tension, et le chorus de guitare qui se transforme en véritable dialogue avec la section rythmique. L'utilisation pionnière de la guitare synthetiseur qui donne au morceau une couleur futuriste ; le groove implacable qui porte toute la composition ; les échanges virtuoses entre Akkerman et les claviéristes ; la mise en avant audacieuse de la section rythmique, notamment la batterie qui devient un élément mélodique à part entière plutôt qu'un simple soutien.
🎭 Symbolisme & interprétations
"Heavy Pleasure" peut être interprété comme une déclaration d'indépendance musicale de Jan Akkerman. Après des années à être identifié au son progressif de Focus, ce morceau affirme sa capacité à évoluer vers des territoires plus jazz, plus blues, plus improvisés. Le titre lui-même suggère une forme de libération : le "plaisir lourd" évoque à la fois l'intensité de l'expression musicale et la gravité assumée d'un artiste mûr qui ne cherche plus à plaire aux attentes du marché mais suit sa propre voie.
L'utilisation du synthétiseur guitare symbolise également cette recherche de nouveaux horizons sonores. À une époque où cette technologie était encore balbutiante et souvent mal maîtrisée, Akkerman en fait un outil d'expression personnelle, prouvant qu'il n'est pas prisonnier de son instrument traditionnel. La mise en avant de la batterie dans ce morceau peut aussi être lue comme un hommage au groove et à la dimension physique, presque tribale de la musique - un rappel que même dans la sophistication du jazz-rock, la pulsation primitive reste essentielle. le plaisir d'un jeu technique ("Pleasure") qui n'hésite pas à s'appuyer sur la puissance et les sonorités lourdes du Rock ("Heavy"). Le morceau symbolise l'équilibre constant que le guitariste a cherché à atteindre entre son héritage Progressif, son amour du Blues, et l'intégration des sonorités modernes de la décennie. C'est une pièce qui respire la confiance d'un musicien qui n'a plus rien à prouver, jouant pour le pur plaisir de l'exécution.
🔁 Versions & héritages
"Heavy Pleasure" fut plus tard réenregistré pour l'album Can't Stand Noise en 1986, témoignant de l'attachement d'Akkerman à cette composition. La version de Pleasure Point bénéficia également d'une réédition CD en 1998 chez Hux Records, enrichie de douze pistes bonus enregistrées cette année-là. Cette réédition permit de redécouvrir le morceau avec un son remasterisé et de nouvelles notes de pochette rédigées par Akkerman lui-même.
L'héritage de "Heavy Pleasure" se mesure moins à travers des reprises directes qu'à travers l'influence qu'Akkerman a exercée sur plusieurs générations de guitaristes jazz-rock. Son approche fusionnant virtuosité technique, sensibilité blues et expérimentation technologique a ouvert la voie à de nombreux musiciens cherchant à transcender les frontières stylistiques.
Comme de nombreux morceaux instrumentaux de la discographie solo d'Akkerman, "Heavy Pleasure" n'a pas fait l'objet de reprises commerciales célèbres. Cependant, le riff et la structure rythmique sont très populaires auprès des guitaristes amateurs et professionnels qui cherchent à étudier le phrasé Rock-Fusion. Il est notablement un incontournable de ses sets live, où il est souvent retravaillé et étendu, témoignant de sa pertinence durable.
🎼 Reprises à découvrir (en vidéos)
"Heavy Pleasure" n'a pas fait l'objet de reprises notables, ce qui correspond au statut de Jan Akkerman comme artiste culte plutôt que mainstream. Son œuvre, bien que respectée par les connaisseurs et les musiciens professionnels, n'a pas généré le même type de couverture que celle d'autres guitaristes plus médiatisés.
Cette absence de reprises reflète également la difficulté technique du morceau et son caractère très personnel, ancré dans le jeu spécifique d'Akkerman au synthétiseur guitare. Peu de guitaristes ont osé s'approprier ce terrain, préférant rendre hommage à Akkerman à travers l'interprétation de ses morceaux avec Focus, plus accessibles et connus.
À explorer à la place - L'influence d'Akkerman sur d'autres guitaristes :
🔊 Versions récentes ou remasterisées (en vidéos)
🔊 Versions live
Les versions live de "Heavy Pleasure" sont extrêmement rares en vidéo, Akkerman ayant peu joué ce morceau en concert, préférant se concentrer sur son répertoire avec Focus ou sur d'autres morceaux de son vaste catalogue solo. Cependant, sa capacité d'improvisation faisait que chaque performance live d'Akkerman était unique.
Performances live d'Akkerman à découvrir :
🏆 Réception
- L'album Pleasure Point reçut un accueil mitigé à sa sortie. Comme l'a noté Akkerman lui-même à propos de son album précédent Oil in the Family, son public habituel fut parfois décontenancé par cette orientation disco-jazz-funk, préférant le son progressif de Focus. Pourtant, les critiques spécialisés reconnurent la qualité de l'album et particulièrement de "Heavy Pleasure".
- Les connaisseurs saluèrent l'audace technique et l'élégance du jeu d'Akkerman. Un critique nota que "Heavy Pleasure" est l'un des morceaux les plus fins et les plus savoureux de sa carrière solo, avec un jeu stellaire tant d'Akkerman que de ses musiciens accompagnateurs.
- La réédition de 1998 permit une réévaluation positive de l'album, désormais considéré comme une œuvre importante dans la discographie d'Akkerman, témoignant de sa capacité à innover et à s'affranchir des attentes du marché.
- Malgré l'absence de succès commercial majeur, "Heavy Pleasure" est aujourd'hui respecté par les guitaristes et les amateurs de jazz-rock fusion comme un exemple de maîtrise instrumentale et de créativité sans compromis.
- L'album Pleasure Point est souvent considéré par les critiques comme l'un des efforts les plus solides et accessibles d'Akkerman dans les années 80, bien qu'il ait parfois été éclipsé par ses travaux progressifs antérieurs avec Focus. "Heavy Pleasure" est toujours loué pour sa construction mélodique forte et l'ingéniosité rythmique de la section Waterman/Nahar. Sa simplicité d'approche par rapport au Jazz Fusion plus cérébral de l'époque l'a rendu durablement populaire auprès des auditeurs de Rock instrumental.
🔚 Conclusion
"Heavy Pleasure" de Jan Akkerman est bien plus qu'un simple morceau instrumental de jazz-rock. C'est le témoignage d'un artiste refusant de se laisser enfermer dans une case, d'un virtuose en quête permanente de nouvelles expressions sonores. Dans ce blues électrique de près de neuf minutes, Akkerman démontre qu'il n'est pas seulement le guitariste de Focus, mais un musicien complet capable d'explorer des territoires variés avec la même excellence.
La mise en avant de la batterie, l'utilisation pionnière du synthétiseur guitare, les échanges sophistiqués avec les claviéristes de jazz réputés - tous ces éléments font de "Heavy Pleasure" un morceau unique dans le paysage musical du début des années 80. Si l'album Pleasure Point mit trois ans à trouver un éditeur, c'est peut-être parce qu'il était en avance sur son temps, proposant une fusion audacieuse que le marché n'était pas prêt à accepter.
Aujourd'hui, avec le recul, nous pouvons apprécier "Heavy Pleasure" pour ce qu'il est : une pièce maîtresse du catalogue solo d'un des guitaristes les plus talentueux et les plus sous-estimés de l'histoire du rock. Jan Akkerman, élu meilleur guitariste du monde en 1973 mais resté dans l'ombre médiatique, incarne cette catégorie d'artistes dont notre blog souhaite célébrer le génie discret. "Heavy Pleasure" est l'invitation à découvrir un musicien exceptionnel qui a toujours privilégié l'authenticité artistique à la célébrité tapageuse.
"Heavy Pleasure" n'est pas qu'un simple exercice de virtuosité guitaristique ; c'est une étude de la tension et du relâchement rythmique. Le morceau fonctionne comme un lien essentiel dans la Playlist 3, passant du Funk-Fusion technique d'Eric Marienthal à une expression plus Rock tout en maintenant l'accent sur l'excellence de la section rythmique. Il met en lumière l'art du batteur Hans Waterman, dont le jeu, à l'image du morceau lui-même, est un plaisir lourd de détails.

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