GENESIS
« Et la lumière s'éteint sur Broadway... »
« Nous avions toujours un faible pour les mélodies simples, même lorsque nous faisions de la musique progressive complexe. » – Tony Banks
📛 Origine du nom du groupe : Inspiré du livre de la Genèse dans la Bible, suggéré par Jonathan King, leur premier producteur, pour symboliser un nouveau commencement dans la musique progressive. Les membres fondateurs le trouvèrent pompeux, mais le conservèrent.
Genesis est l'un des groupes les plus influents du rock progressif britannique, ayant traversé plusieurs époques avec des mutations stylistiques majeures tout en conservant une identité artistique unique.
Géant aux deux visages de l'histoire du rock, Genesis a magistralement navigué entre les fresques complexes du rock progressif théâtral et les succès planétaires d'une pop sophistiquée, incarnant l'une des transitions stylistiques les plus audacieuses de la musique moderne.
Personnel passé et actuel
Formation fondatrice (1967)
- ▸ Peter Gabriel – Chant, flûte, hautbois, percussions
- ▸ Tony Banks – Claviers, piano, orgue, mellotron, chœurs
- ▸ Mike Rutherford – Basse, guitare basse 12 cordes, guitare, chœurs
- ▸ Anthony Phillips – Guitare, guitare 12 cordes
- ▸ Chris Stewart – Batterie (remplacé rapidement par John Silver puis John Mayhew)
Membres "classiques" et ultérieurs
- ▸ Phil Collins – Batterie, percussions (1970-1996), puis chant principal (1975- 1996)
- ▸ Steve Hackett – Guitare électrique et acoustique (1971-1977)
- ▸ Ray Wilson – Chant (1997-1998, album Calling All Stations)
Membres du trio stable et le plus commercial (1976-1995)
▸Tony Banks – claviers, synthétiseur
▸Mike Rutherford – basse, guitares (y compris la basse/guitare double manche)
▸Phil Collins – chant, batterie
Musiciens additionnels (tournées & lives majeurs)
- ▸ Bill Bruford – Batterie (tournée 1976, remplacement temporaire de Phil Collins)
- ▸ Chester Thompson – Batterie (1977-2007, toutes les tournées majeures)
- ▸ Daryl Stuermer – Guitare, basse (1978-2007, toutes les tournées depuis Duke)
- ▸ Anthony Drennan – Guitare, basse (tournée Calling All Stations, 1998)
- ▸ Nir Zidkyahu – Batterie (tournée Calling All Stations, 1998)
- ▸ Nick D'Virgilio : batterie (1997)
- ▸ Phenix horns - la section cuivres du groupe Earth, wind & fire composée de :
- Don Myrick : saxophone
- Louis Satterfield : trombone
- Rahmlee Michael Davis : trompette
- Michael Harris : trompette
- ▸ Nicholas Collins : batterie, percussions (2020-2022)
- ▸Daniel Pearce : chœurs, percussions (2020-2022)
- ▸Patrick Smyth : chœurs, tambourin (2020-2022)
Biographie concise
Formé en 1967 à la Charterhouse School dans le Surrey et après des débuts hésitants et fortement inspirés par le rock psychédélique et folk, Genesis émerge comme l'un des piliers du rock progressif britannique et trouve sa signature avec l'arrivée de **Phil Collins** (batterie) et **Steve Hackett** (guitare) en 1970-71.. Sous l'impulsion de Peter Gabriel, le groupe développe un style théâtral unique mêlant compositions complexes, récits fantastiques, paroles allégoriques, compositions fleuves (ex: Selling England by the Pound). et performances scéniques costumées spectaculaires.
L'ère Gabriel (1967-1975) produit des albums conceptuels ambitieux comme The Lamb Lies Down on Broadway (1974), consolidant leur réputation dans le prog rock. Le départ de Gabriel en 1975 aurait pu être fatal, mais Phil Collins, d'abord réticent, prend le micro et le groupe se réinvente.
Après le départ de Steve Hackett en 1977, le trio Banks-Collins-Rutherford simplifie progressivement son approche, passant du prog vers un rock plus accessible et commercial et une musique plus concise. Les années 80 marquent leur apogée commercial avec des albums comme Duke (1980), Genesis (1983) et Invisible Touch (1986), qui génèrent des tubes internationaux, adoptant un son pop rock avec des influences Funk et New Wave. La force de Genesis réside dans sa capacité à conserver une instrumentation complexe sous une production pop léchée.
Le groupe se met en pause lorsque Collins quitte en 1996, tente un renouveau avec Ray Wilson en 1997 (Calling All Stations), puis entre en sommeil. Une reformation triomphale a lieu en 2007 avec le trio classique Collins-Banks-Rutherford, suivie d'une ultime tournée The Last Domino? en 2021-2022, avec le fils de Phil, Nic Collins, à la batterie.
Techniques & matériel (signature sonore)
- ▸Tony Banks : Mellotron et orgue Hammond et utilisation massive des synthétiseurs (ARP Pro Soloist, Yamaha GX-1, Prophet 5, Korg Wavestation et Roland Jupiter) pour créer des nappes orchestrales et des textures complexes, donnant au groupe son côté symphonique. ▸Mike Rutherford : Guitare 12 cordes – Utilisée pour des textures riches et complexes, basse/guitare ou 12 cordes/6 cordes pour pouvoir alterner les rôles et maintenir une section rythmique riche tout en conservant le format trio sur scène. Bass pedals – Rutherford joue simultanément basse aux pieds et guitare aux mains en live
- ▸ Steve Hackett : Tapping à deux mains – Technique innovante sur guitare électrique
- ▸ Phil Collins : Batterie Gretsch – Kit signature avec caisse claire au son distinctif Célèbre pour son utilisation du gated reverb (réverbération portail), , un son inventé par l'ingénieur Hugh Padgham, qui est devenu la signature sonore des années 80. Collins utilisait initialement la batterie acoustique puis le kit électronique Simmons.
Style & influences
Genesis incarne l'une des évolutions stylistiques les plus remarquables du rock. Leur parcours musical se divise en trois grandes époques aux identités distinctes.
L'ère progressive (1969-1977) : Influencés par King Crimson, Yes, Van der Graaf Generator, Moody Blues, The Nice et les Beatles psychédéliques, Genesis développe un rock progressif théâtral et narratif. Les albums comme Foxtrot et Selling England by the Pound mêlent structures complexes en changements de tempo constants, passages instrumentaux virtuoses, mellotron atmosphérique et récits surréalistes. Peter Gabriel apporte une dimension théâtrale unique avec costumes, masques et maquillages extravagants.
La transition (1977-1980) : Réduit à un trio, Genesis simplifie ses compositions tout en conservant une sophistication musicale. ...And Then There Were Three... introduit des chansons plus courtes et accessibles comme "Follow You Follow Me", premier succès commercial réel du groupe. Cette période crée un pont entre prog et pop-rock.
L'ère pop-rock (1981-1991) : Avec Duke, Abacab et surtout Invisible Touch, Genesis devient un groupe stadium rock aux productions léchées typiques des années 80. Influencés par le funk, la new wave et utilisant massivement les synthétiseurs numériques, ils créent des tubes FM-friendly tout en maintenant une exigence d'arrangement. Phil Collins impose son style vocal soul et son sens mélodique.
Genesis a lui-même influencé des générations de groupes prog (Marillion, Spock's Beard, Porcupine Tree), de pop-rock sophistiqué (Tears for Fears, Prefab Sprout) et même de metal progressif (Dream Theater, Fates Warning). Leur capacité à fusionner complexité et accessibilité reste une référence.
Discographie officielle
Albums studio
- ▸ From Genesis to Revelation – 1969 (pop baroque, production Jonathan King)
- ▸ Trespass – 1970 (premier vrai album prog, avec Anthony Phillips)(Débuts Prog)
- ▸ Nursery Crime – 1971 (arrivée de Phil Collins et Steve Hackett)
- ▸ Foxtrot – 1972 (contient "Supper's Ready", épopée de 23 minutes)(Ère Gabriel classique)
- ▸ Selling England by the Pound – 1973 (sommet artistique de l'ère Gabriel)(Chef-d'œuvre Prog)
- ▸ The Lamb Lies Down on Broadway – 1974 (double album conceptuel, dernier avec Gabriel)
- ▸ A Trick of the Tail – 1976 (Collins au chant, retour triomphal)
- ▸ Wind & Wuthering – 1976 (dernier avec Hackett)
- ▸ ...And Then There Were Three... – 1978 (trio Banks-Collins-Rutherford)
- ▸ Duke – 1980 (transition prog-pop réussie)
- ▸ Abacab – 1981 (tournant pop-rock définitif)(Son plus New Wave)
- ▸ Genesis – 1983 (production Phil Collins, succès "Mama")
- ▸ Invisible Touch – 1986 (apogée commercial, 5 singles Top 5 US)
- ▸ We Can't Dance – 1991 (dernier grand succès commercial avec Phil Collins)
- ▸ Calling All Stations – 1997 (avec Ray Wilson, échec commercial)
Albums live
- ▸ Genesis Live – 1973 (ère Gabriel en concert)
- ▸ Seconds Out – 1977 (double live, dernière tournée avec Hackett) (Tous les morceaux ont été complètement reconstruits pour passer du Genesis Theatral au Genesis instrumental avec un effet reverb à couper le souffle)
- ▸ Three Sides Live – 1982 (trio en pleine transition)
- ▸ The Way We Walk Volume One: The Shorts – 1992
- ▸ The Way We Walk Volume Two: The Longs – 1993
- ▸ Live Over Europe 2007 – 2007 (reformation du trio classique)
Compilations & coffrets (sélection)
- ▸ Genesis Archive 1967-75 – 1998 (coffret 4CD ère progressive)
- ▸ Genesis Archive 2: 1976-92 – 2000 (coffret ère Collins)
- ▸ Turn It On Again: The Hits – 1999 (meilleure compilation grand public)
- ▸ Platinum Collection – 2004 (3CD couvrant toute la carrière)
- ▸ 1970-1975 – 2008 (coffret remasters ère Gabriel)
- ▸ 1976-1982 – 2007 (coffret remasters transition)
- ▸ 1983-1998 – 2007 (coffret remasters ère pop)
Morceaux phares (repères rapides)
- ▸ "The Musical Box" – Nursery Cryme – 1971 (récit gothique victorien, 10 min)
- ▸ "Watcher of the Skies" – Foxtrot – 1972 (intro mellotron iconique)
- ▸ "Supper's Ready" – Foxtrot – 1972 (suite épique 23 min, apothéose du prog Genesis)
- ▸"Firth of Fifth" – Selling England by the Pound – 1973 (Prog)
- ▸ "I Know What I Like (In Your Wardrobe)" – Selling England – 1973 (premier single à succès UK)
- ▸ "The Cinema Show" – Selling England – 1973 (instrumental virtuose)
- ▸ "The Carpet Crawlers" – The Lamb – 1974 (ballade emblématique)
- ▸ "In the Cage" – The Lamb – 1974 (medley live légendaire)
- ▸ "Squonk" – A Trick of the Tail – 1976 (Transition)
- ▸ "Ripples" – A Trick of the Tail – 1976 (ballade acoustique raffinée)
- ▸ "Follow You Follow Me" – ...And Then There Were Three – 1978 (premier tube pop)
- ▸ "Turn It On Again" – Duke – 1980 (signature rythmique 13/8)
- ▸ "Misunderstanding" – Duke – 1980 (Pop)
- ▸ "Mama" – Genesis – 1983 (titre dark avec gated reverb iconique)
- ▸ "Invisible Touch" – Invisible Touch – 1986 (n°1 US, apogée commerciale)
- ▸ "Land of Confusion" – Invisible Touch – 1986 (clip Spitting Image célèbre)
- ▸ "I Can't Dance" – We Can't Dance – 1991 (humour pince-sans-rire)
- ▸ "Hold on My Heart" – We Can't Dance – 1991 (dernière grande ballade)
Récompenses & reconnaissances
- ▸ Rock and Roll Hall of Fame – 2010 (intronisation avec Banks, Collins, Gabriel, Hackett, Rutherford)(par Phish)
- ▸ Grammy Award – 1987 (Meilleure performance vidéo pour "Land of Confusion")
- ▸ Brit Award – 1987 (Meilleur groupe britannique)
- ▸ Ivor Novello Award – 2012 (Contribution exceptionnelle à la musique britannique)
- ▸ Disque de platine – Invisible Touch (1986, plus de 6 millions d'exemplaires US)
- ▸ 5 singles Top 5 simultanés – 1986-87 (record rare dans le Billboard Hot 100)
- ▸ BMI Film & TV Award pour "Most Performed Song from a Film" ("In Too Deep") – 1988
- ▸ Progressive Music Awards – 2012 (Lifetime Achievement Award)
- ▸ Silver Clef Award – 1988 (pour l'ensemble de la carrière)
Anecdotes & faits marquants
- ▸ Le costume de renard de Gabriel – Durant "The Musical Box", Peter Gabriel portait une tête de renard géante qui limitait sa vision, causant plusieurs chutes sur scène. Il l'abandonna après s'être blessé sérieusement.
- ▸ Phil Collins trouve sa voix par hasard – Lors des auditions pour remplacer Gabriel en 1975, aucun candidat ne convenait. Collins chanta pour montrer ce qu'il attendait... et le groupe réalisa qu'il était leur nouveau chanteur.
- ▸ Le gated reverb accidentel – Le son de batterie révolutionnaire de "Intruder" (1980, album solo de Gabriel) fut découvert par accident aux studios Townhouse. Hugh Padgham laissa un micro de communication ouvert, créant l'effet massif qui définira les années 80.
- ▸ "Supper's Ready" refusé par la BBC – À 23 minutes, l'épopée était "trop longue" pour la radio. Le groupe la joua intégralement en live à l'émission The Old Grey Whistle Test, forçant un changement de format.
- ▸ Mike Rutherford joue basse et guitare simultanément – Il développa une technique unique avec des pédales de basse (bass pedals) pour jouer les lignes de basse aux pieds tout en jouant la guitare aux mains en concert.
- ▸ Le départ silencieux de Steve Hackett – Hackett quitta le groupe en 1977 par frustration de voir ses compositions rejetées. Il ne l'annonça qu'après l'enregistrement de Wind & Wuthering, surprenant Banks et Rutherford.
- ▸ Genesis refuse Live Aid 1985 – Le groupe déclina l'invitation car ils étaient en pause. Phil Collins y participa solo à Londres ET à Philadelphie le même jour grâce au Concorde, performance historique.
- ▸ Le clip Spitting Image de "Land of Confusion" – Utilisant les marionnettes satiriques de l'émission britannique, le clip moquait Reagan, Thatcher et d'autres leaders mondiaux. Il devint l'un des clips les plus mémorables des années 80.
- ▸ Anthony Phillips rate la gloire – Le guitariste original quitta Genesis en 1970 à cause de sa peur de la scène (stage fright). Il manqua ainsi toute la période de gloire, poursuivant une carrière solo confidentielle.
- ▸ La reformation 2007 rapporte 300 millions $ – La tournée "Turn It On Again" avec Banks-Collins-Rutherford devint l'une des plus lucratives de l'histoire, prouvant la nostalgie massive pour le trio des années 80.
- ▸L'Unité malgré les ruptures :** Contrairement à de nombreux groupes, les membres de Genesis (Banks, Rutherford, Collins) ont toujours maintenu des relations amicales, même après les départs de Gabriel et Hackett, permettant des réunions et des collaborations futures.
Influence & héritage
Genesis occupe une place unique dans l'histoire du rock, ayant dominé deux époques stylistiques radicalement différentes avec un succès égal.
Impact sur le rock progressif : Genesis définit le prog britannique théâtral aux côtés de Yes et King Crimson. Leur approche narrative, leurs suites longues et leurs performances scéniques costumées inspirent Marillion (qui reprend explicitement leur formule), IQ, Pendragon et toute la scène neo-prog des années 80-90. Porcupine Tree, Saga, Spock's Beard et même Dream Theater citent Genesis comme influence majeure sur leurs compositions multi-parties.
Révolution du son des années 80 : Le "gated reverb" de Phil Collins devient LE son signature de la décennie, copié jusqu'à la saturation. Sa production sur Genesis influence toute la pop-rock FM des années 80, de Simple Minds à a-ha en passant par Tears for Fears. Son style vocal soul-pop devient un standard du rock adulte contemporain.
Modèle de longévité et d'adaptation : Peu de groupes survivent à la perte de leur chanteur emblématique. Encore moins réussissent à le faire DEUX fois (Gabriel puis Collins). Genesis prouve qu'un groupe peut évoluer radicalement tout en conservant son identité. Ce modèle inspire Fleetwood Mac, Rush et d'autres formations à longue carrière.
École de talents : Genesis fonctionne comme pépinière de talents solo. Gabriel devient une icône world music et art-rock. Collins domine les charts solo dans les années 80-90. Hackett poursuit une carrière prolifique de guitariste progressif. Même Rutherford connaît le succès avec Mike + The Mechanics et Tony Banks fait une incartade pour un album solo qu'il intitule ironiquement The fugitive en rapport avec tous les départs que le groupe a connu. Rares sont les groupes dont TOUS les membres majeurs réussissent en solo.
Influence transversale : Au-delà du rock, Genesis influence le metal progressif (Fates Warning, Queensrÿche), la pop sophistiquée (Prefab Sprout, Radiohead cite "The Musical Box"), et même des artistes électroniques fascinés par leurs textures de synthétiseurs. Leur capacité à fusionner complexité et accessibilité reste un idéal poursuivi par des générations de musiciens.
L'héritage de Genesis est double. L'ère Prog a influencé des groupes néo-progressifs (Marillion, IQ) et des artistes reconnus pour leur narration complexe (Rush, Dream Theater). L'ère Pop a prouvé qu'un groupe Prog pouvait réussir la transition commerciale sans perdre totalement son identité, influençant de nombreux groupes qui ont fusionné l'Art Rock avec les sons des années 80.
Liens internes
- ▸ Article détaillé - In too deep
- ▸Playlist : Playlist 3
Ressources externes
- ▸ Site officiel : genesis-music.com
- ▸ Discographie complète : AllMusic - Genesis
- ▸ Biographie détaillée : Britannica - Genesis
- ▸ Chaîne YouTube officielle : Genesis Official YouTube
- ▸ Genesis Museum (archive fan): The Genesis Movement
Parcours (condensé) des membres majeurs
Peter Gabriel (chant, 1967-1975)
Après Genesis, Gabriel entame une carrière solo visionnaire avec des albums éponymes numérotés, puis l'immense succès de So (1986) et "Sledgehammer". Pionnier de la world music et des droits humains (fondateur de WOMAD), il développe un style art-rock expérimental tout en obtenant un succès commercial massif.
Phil Collins (batterie 1970-1996, chant 1975-1996)
Collins devient l'artiste solo le plus vendu des années 80 avec Face Value (1981), Hello, I Must Be Going! (1982) et surtout No Jacket Required (1985). Acteur dans Buster, producteur prolifique, il domine les charts mondiaux avec des ballades soul-pop. Sa voix et sa batterie définissent le son d'une décennie entière.
Tony Banks (claviers, 1967-présent)
Le seul membre présent du premier au dernier jour, Banks est l'architecte sonore de Genesis. Sa carrière solo (albums instrumentaux et orchestraux) reste confidentielle, mais il est reconnu comme l'un des plus grands claviéristes du rock. Compositeur de musiques de films, il privilégie l'art à la célébrité.
Mike Rutherford (basse/guitare, 1967-présent)
Co-fondateur fidèle, Rutherford connaît un succès solo significatif avec Mike + The Mechanics ("The Living Years", "All I Need Is a Miracle"). Musicien discret mais essentiel, il assure la cohésion du groupe à travers toutes ses mutations.
Steve Hackett (guitare, 1971-1977)
Hackett développe après Genesis une vaste carrière solo explorant prog, classique et world music et même en duo dans le groupe GTR qu'il fonde avec Steve Howe (Yes) pour un seul album. Pionnier du tapping à deux mains, il reste vénéré dans la communauté prog et tourne régulièrement en interprétant les classiques de Genesis, devenant le gardien de l'héritage progressif du groupe.
Anthony Phillips (guitare, 1967-1970)
Parti avant la gloire à cause du trac, Phillips mène une carrière solo discrète d'albums instrumentaux atmosphériques. Collaborateur fréquent de Rutherford, il reste "celui qui aurait pu" dans la mythologie Genesis.
Connexions cachées / Line-up à la loupe
Chester Thompson, batteur de tournée de 1977 à 2007, joue également avec Weather Report et Frank Zappa. Sa complicité avec Phil Collins est légendaire, les deux batteurs formant un duo rythmique redoutable en concert.
Daryl Stuermer, guitariste/bassiste de tournée depuis 1978, est aussi le musicien live de Phil Collins en solo. Sa présence assure une continuité sonore entre Genesis et les projets Collins.
Bill Bruford (Yes, King Crimson) remplace temporairement Collins à la batterie en 1976, créant une connexion prog royale entre les trois géants britanniques du genre.
Concert intégral
Genesis Shepperton Studios Live 1973 16mm Film (HD) Film Studios, 1973 – Filmed concert avec Peter Gabriel en costumes complets.
Performances légendaires
▸Genesis Old Medley (The Way We Walk) Live - ▸ The Lamb Lies Down on Broadway Tour, 1974-75 – Tournée conceptuelle intégrale avec projections de diapositives synchronisées, récit narratif et costumes futuristes. Performance marathon de 2h30 considérée comme le sommet du Genesis progressif.
- ▸ Knebworth Festival, 1978 – Premier grand festival post-Gabriel avec 80 000 spectateurs. Genesis prouve qu'il peut tenir une foule massive sans théâtralité costumée, marquant sa transition vers le stadium rock.
- ▸ Wembley Stadium, 1987 – Quatre soirs sold-out (288 000 spectateurs) durant l'Invisible Touch Tour. Écrans géants, effets pyrotechniques, Genesis devient un spectacle stadium à l'américaine.
- ▸ Turn It On Again Tour, 2007 – Reformation triomphale du trio Collins-Banks-Rutherford après 15 ans. 48 concerts en Europe et Amérique du Nord, démontrant une nostalgie massive pour Genesis.
- ▸ The Last Domino? Tour, 2021-2022 – Dernière tournée d'adieux avec Nic Collins (fils de Phil) à la batterie. Phil chante assis mais livre des performances émouvantes, bouclant 55 ans de carrière.
Approche scénique
L'ère Peter Gabriel (1969-1975) : Genesis invente le "rock théâtral" avant qu'Alice Cooper ou Kiss ne popularisent le concept. Gabriel porte des costumes élaborés racontant visuellement les histoires des chansons : la tête de renard géante ("The Musical Box"), la robe rouge de "Watcher of the Skies", la fleur géante de "Supper's Ready", le costume de chauve-souris de "The Musical Box". Ces métamorphoses physiques transforment chaque concert en performance théâtrale immersive. Le groupe joue dans l'ombre pendant que Gabriel, seul sous les projecteurs, incarne ses personnages.
La transition Collins (1976-1980) : Phil Collins refuse les costumes, privilégiant l'humour britannique pince-sans-rire entre les morceaux. Il descend de sa batterie pour chanter debout, créant une dynamique nouvelle. La scénographie se simplifie mais reste soignée, avec éclairages sophistiqués et premiers écrans de projection pour les visuels atmosphériques.
L'ère stadium (1981-1998) : Genesis adopte le gigantisme des années 80 : écrans vidéo géants diffusant gros plans et clips, rampes d'éclairage robotisées, effets pyrotechniques, lasers. Phil Collins devient un frontman charismatique qui arpente la scène, interagit constamment avec le public entre anecdotes humoristiques. La musique reste centrale mais le spectacle visuel devient essentiel. Chester Thompson et Daryl Stuermer, musiciens de session virtuoses, complètent le quintet live, permettant de recréer fidèlement les arrangements studio complexes.
Interaction avec le public : Genesis maintient une distance aristocratique britannique jusqu'aux années 80, puis Collins popularise une approche plus chaleureuse et accessible. Il raconte des histoires, fait des blagues auto-dérisoires, transforme les concerts en événements conviviaux. Cette humanisation du groupe contraste avec la froideur technique souvent reprochée au prog rock.
Éthique de travail & production
Méthodes de composition collectives : Genesis fonctionne comme une démocratie créative stricte. Chaque membre apporte des idées (riffs, progressions, mélodies) que le groupe développe ensemble par "jam sessions" en studio. Les décisions se prennent au vote. Cette approche égalitaire crée des tensions (frustration de Hackett face aux rejets de ses idées) mais garantit une cohérence sonore où aucun ego individuel ne domine.
Studio comme laboratoire : Genesis privilégie l'expérimentation en studio, testant longuement arrangements et sonorités. Les albums progressifs nécessitent des mois d'enregistrement minutieux. Dans les années 80, ils adoptent les technologies numériques émergentes (Fairlight CMI, LinnDrum) tout en conservant une exigence d'arrangement. Phil Collins, devenu producteur reconnu, raffine leur son vers plus de clarté et d'impact radio.
Perfectionnisme et répétitions : Le groupe répète intensivement avant chaque tournée, parfois plusieurs mois, pour maîtriser parfaitement le répertoire complexe. Cette rigueur de préparation assure des concerts d'une précision horlogère, même lors des passages instrumentaux les plus techniques.
Le groupe a toujours été très démocratique dans l'écriture, chaque membre contribuant à l'ensemble. Dans la période Pop, ils ont souvent écrit en studio, par *jam sessions* enregistrées et structurées par la suite (la méthode *Abacab*). Ils ont toujours eu des relations très étroites avec leurs producteurs/ingénieurs du son (surtout Hugh Padgham) pour définir leur signature sonore.
Vision artistique
Narrativité et surréalisme : Durant l'ère Gabriel, Genesis explore des récits fantastiques et surréalistes inspirés de la littérature (Tolkien, mythologie, contes victoriens). Leurs chansons fonctionnent comme des mini-films mentaux où l'auditeur visualise les scènes décrites. Cette approche "cinématique" de la musique distingue Genesis des autres groupes prog plus abstraits ou psychédéliques.
Sophistication dans l'accessibilité : À partir de 1980, Genesis cherche consciemment à simplifier ses structures tout en maintenant des arrangements riches. Ils visent la "chanson pop parfaite" : accroche mélodique immédiate, production léchée, mais harmonie sophistiquée et développements instrumentaux subtils. Ce compromis entre art et commerce devient leur signature des années 80.
Évolution sans renier : Contrairement à d'autres groupes prog qui stagnent ou se sabordent, Genesis assume totalement ses mutations stylistiques. Ils ne renient jamais leur passé progressif mais refusent d'en être prisonniers. Cette capacité d'évolution pragmatique reflète une vision entrepreneuriale de la musique : s'adapter aux époques sans perdre son identité fondamentale.
Musique comme artisanat : Genesis voit la composition comme métier exigeant technique, patience et travail acharné plutôt que comme inspiration divine. Cette approche "artisanale" explique leur longévité et leur régularité qualitative, même si elle les prive parfois de la spontanéité brute d'autres formations rock.
La vision du groupe a évolué de la **Fantasy allégorique** (Gabriel) au **réalisme émotionnel et social** (Collins). Mais au fond, la vision est restée celle de musiciens explorant les possibilités des claviers et des rythmes, utilisant la structure du rock progressif pour créer des chansons émotionnellement résonnantes, quel que soit le format.
Conclusion
Genesis incarne l'une des trajectoires les plus remarquables de l'histoire du rock : rares sont les groupes ayant dominé deux époques stylistiques aussi différentes avec un succès égal.
Pionniers du rock progressif théâtral dans les années 70, ils ont défini avec Peter Gabriel un genre où complexité musicale et narrativité visuelle fusionnaient en spectacles totaux. Leur capacité à survivre au départ de leur frontman charismatique, puis de leur guitariste virtuose, témoigne d'une résilience et d'une cohésion rares.
Réinventés en machine pop-rock des années 80 avec Phil Collins, ils ont conquis les stades mondiaux tout en conservant une sophistication d'arrangement qui les distinguait de leurs contemporains. Leur production léchée et leurs mélodies accrocheuses ont défini le son d'une décennie sans jamais sombrer dans la facilité.
Au-delà des ventes massives (plus de 100 millions d'albums), Genesis laisse un héritage artistique double : celui d'architectes du prog britannique ET de maîtres du pop-rock adulte. Peu de formations peuvent revendiquer une telle dualité.
Leur influence traverse les générations et les genres, du metal progressif à la pop sophistiquée. Chaque membre majeur a connu le succès solo, faisant de Genesis une véritable école de talents.
Genesis, c'est l'histoire d'un groupe qui a su évoluer sans renier, s'adapter sans se perdre, et traverser trois décennies au sommet en maintenant une exigence artistique constante. Du mellotron atmosphérique aux synthés numériques, des costumes de Gabriel aux stades sold-out, ils ont écrit l'une des sagas les plus fascinantes du rock.
Genesis n'est pas un groupe unique, mais une entité à deux vies. C'est l'un des rares groupes à avoir réussi une double mutation, passant de maîtres d'œuvre d'un rock progressif exigeant à des icônes de la Pop mondiale, et ce, après avoir perdu deux de leurs membres fondateurs. Leur force réside dans la **maîtrise technique** de Tony Banks et Mike Rutherford, et dans le rôle de **Phil Collins**, le batteur devenu chanteur, dont la vulnérabilité vocale a paradoxalement propulsé le groupe au sommet. Pour ce blog, Genesis est l'exemple parfait d'un groupe majeur capable de placer des morceaux d'une sincérité rare, comme "In Too Deep", au sein de compilations moins visibles, offrant ainsi à l'auditeur critique l'occasion de les redécouvrir loin du matraquage initial. Leur héritage est celui de la complexité rendue accessible, une leçon d'adaptabilité et de longévité dans l'histoire du rock.
🎭 "And the light dies down on Broadway..." 🎸



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